Solidarité Nord-Sud

Elisabeth, une humanitaire entre révolte et le bonheur de la rencontre


22/09/2016

Elisabeth Griot n’aime pas dire son âge. On peut comprendre pourquoi, son dynamisme ne laisse pas deviner ses 66 printemps. Ancienne médecin généraliste, aujourd’hui retraitée installée en Mayenne, elle est devenue bénévole pour plusieurs associations dont Médecins sans Frontières. Son expérience auprès des migrants, l’hiver dernier, l’a marquée et révoltée. Elle l’a souvent été.




Elisabeth, une humanitaire entre révolte et le bonheur de la rencontre

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De son enfance dans le village de Mauléon au Pays Basque, Elisabeth Griot a gardé son accent. Elle s’en étonne encore : « Après tant d’années, c’est fou quand même ! » Quand elle était petite, elle hésitait entre devenir ingénieure agronome « pour sauver l’Afrique et faire de l’humanitaire » ou devenir médecin. Elle choisira finalement la médecine, épousera un ingénieur agronome et se dirigera vers l’humanitaire à l’aube de sa retraite. Mais avant de réaliser des missions humanitaires, Elisabeth a exercé la médecine généraliste en Mayenne. Dans une commune de 1800 habitants, située à 15 kilomètres de Laval, sa patientèle était composée de populations rurales et semi-rurales. 

« J’ai toujours voulu avoir un métier auprès des gens, constate-t-elle. Mais c’est dur d’expliquer pourquoi on décide de faire médecine ou de se lancer dans l’humanitaire. On a ça en soi. »

Elle goûte à l’action humanitaire, lors de la Seconde Guerre du Golfe, en 1990. Sa première mission a lieu auprès de réfugiés, dans un camp en Jordanie. « C’était gratifiant mais en même temps je découvrais le monde humanitaire avec toutes ses erreurs, ses problèmes d’organisation ou de gaspillage. » Elle note aussi les différences entre les nationalités des réfugiés. Les Philippins, par exemple, se montrent incroyablement organisés et disciplinés : ils viennent chercher à manger en fil d’attente, menés par un de leurs représentants qui parle anglais. Et puis, les visages qu’elle n’oublie pas. Bref, elle a attrapé le virus. 

Ebola, les migrants, les camps...

Bien des années après ce premier voyage, elle décide de prendre sa retraite de manière anticipée pour se consacrer aux missions humanitaires. « Après 30 ans de médecine générale, mes enfants étaient grands, j’avais bien gagné ma vie, je pouvais arrêter. » Elle collabore avec diverses associations comme Santé Sud ou MSF. L’an passé, elle s’est rendue auprès de malades d’Ebola. « C’est dur d’être confrontée à la mort surtout que le virus était plus fort que nous », résume-t-elle avec pudeur. Paradoxalement, elle a eu plus peur avant d’y aller que sur place. « Vous vous sentez très protégée avec la combinaison de cosmonautes et tout ce protocole de sécurité sanitaire très lourd mais nécessaire. » Elle ne tenait pas plus d’une heure à prodiguer les soins en combinaison. 

Ce genre de détails qui font le quotidien des travailleurs humanitaires, Elisabeth a pris l’habitude de le raconter dans des mails qu’elle envoie à une liste d’amis. Ses mails ont deux fonctions : celle de donner de ses nouvelles mais également celle d’informer ses connaissances des réalités sur place. En octobre 2015, elle effectue une mission de deux mois dans les camps de migrants du nord de la France : la Jungle de Calais et de petits camps sauvages installés entre Calais et Dunkerque. Dans un mail d’octobre 2015, envoyé après son arrivée, elle pose le décor.

« Je n’ai pas de mot pour décrire mon ressenti devant ce que je vois. Dans mes séjours en Afrique, je n’ai jamais vu un bidonville d’une telle insalubrité. Calais le bidonville est appelé la "jungle", le mot me semble convenir. » Et de décrire les toilettes et les points d’eau inutilisables, les douches en nombre insuffisant, la déchetterie à ciel ouvert, les tentes inondées, la boue qui envahit tout. Un Irakien qu’elle reçoit en consultation résume la situation et le sentiment de révolte des migrants : « On nous traite comme des animaux. » Comment le contredire ? Un autre détail qui marque Elisabeth : le vent. Le vent du Nord comme un ennemi supplémentaire qui vient insidieusement compliquer des conditions de vie déjà si difficiles pour les occupants du camp. Ce vent qui fatigue et qui empêche de se réchauffer. « C’est la première fois que je rentre d’une mission fatiguée. »

Des rencontres extraordinaires

Les sentiments de honte et de révolte quant aux conditions d’accueil des migrants sont palpables en écoutant le récit d’Elisabeth. Il y a parfois de belles histoires « et des rencontres extraordinaires » faites sur place qui permettent de ne pas noircir le tableau. La belle histoire, c’est quand le logisticien de MSF trouve un camion aménagé qui pourrait servir pour les consultations. La caisse locale de la Mutualité Sociale Agricole qui le vend, décide d’en faire don en apprenant qu’il servira pour des consultations médicales pour les migrants.

Les rencontres extraordinaires sont plus nombreuses tant du côté des bénévoles que de ceux qui se font soigner. « C’est la nature humaine qui est présente dans tous ses noirs, ses gris et ses blancs », résume-t-elle. « Je crois qu’il y a un message à faire passer : ces migrants fuient la guerre et leur pays. Pour eux, c’est un déchirement. Ils ne viennent pas parce qu’ils rêvent d’Europe, d’Angleterre ou de France. Ils fuient, c’est tout. » Et de conclure en disant qu’elle retournera sans doute bientôt à Grande Synthe, sans doute accompagnée par quelques amis. Apparemment, les mails envoyés ont fait effet. Finalement, c’est ça qui lui plait dans l’humanitaire, c’est qu’elle a l’impression d’agir « pour que les choses aillent dans le bon sens ».  

Servane Philippe




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