Solidarité Nord-Sud

Une jeune française en Inde, avec les enfants des rues


07/08/2012

Aller-retour entre l’Inde et la banlieue parisienne pour une jeune enseignante de Drancy, engagée volontaire dans un orphelinat de Chennai. Une belle expérience entre émerveillement et exaspération : Véronique Gira l'a racontée dans un livre et sur un blog.




Une jeune française en Inde, avec les enfants des rues
Avec un père américain et une mère française, Véronique Gira revendique une « double culture » et reconnaît qu’elle a « toujours baigné dans un univers très ouvert sur l’ailleurs ». Pourtant, son arrivée en Inde comme volontaire des Missions Etrangères de Paris fut un choc culturel auquel rien ne l’avait préparée. Quand elle débarque un soir de septembre 2009 à Chennai (ancienne Madras dans la province du Tamil Nadu), rien ne lui est familier. Ni la langue (le tamoul) ni le climat ni l’inconfort du mode de vie.

Elle doit s’habituer à des conditions d’hygiène assez rudimentaires et à la nourriture fort peu variée du foyer où elle vient travailler auprès des enfants recueillis par une communauté religieuse salésienne. Elle le reconnaît les premières semaines ont été dures : « Tout nécessitait un effort d’adaptation énorme », dit-elle aujourd’hui en riant.

Loin des clichés

Avec le recul, la jeune enseignante de Seine-Saint-Denis qui a retrouvé son collège de ZEP depuis la rentrée 2010, se dit que, finalement, « c’était la position la plus confortable pour découvrir l’Inde ». Loin des clichés, elle a vécu une année complète entourée de 80 enfants des rues. « Être volontaire là-bas, dit-elle, permet de ne pas sentir cette culpabilité que beaucoup de touristes ressentent à venir en Inde, à regarder, à repartir très vite. » 

La pauvreté des enfants, elle la partage. « On n’est pas là pour imposer du changement, dit-elle encore, ni pour bouleverser tout un système. » Mais c’est au quotidien, au service des enfants, qu’elle et les autres volontaires européens, qui se succèdent au centre d’Anbu Illam, prennent « en pleine figure tous les dysfonctionnements (…) d’une société extraordinairement violente. »


Une chose essentielle : la tendresse

Arrivée avec l’envie de mettre au service des petits indiens ses compétences d’enseignante, elle doit se résoudre très vite à un tout autre rapport avec eux. On lui fait comprendre que son rôle n’est ni d’éduquer ni de veiller à la discipline, des fonctions réservées aux frères présents à ses côtés. Avec deux autres volontaires, des jeunes allemandes,  elle devient la confidente des enfants et des adolescents du centre.

« On s’occupait de ceux qui étaient malades, on récupérait les petits qui pleuraient ; il a fallu accepter d’être une présence un peu gratuite. Au début, c’était un peu frustrant mais au bout du compte, tout ce qui a été problème s’est ensuite révélé source de beaucoup de joie. » Et aujourd’hui, Véronique Gira pense même avoir apporté à ces enfants une chose essentielle qui manquait à leur bon développement : la tendresse.
 
Rentrée en France en juillet 2010, la jeune femme retourne en Inde dès qu’elle peut comme l'hiver dernier à l’occasion des vacances de février. « Chaque fois que je passe du temps avec eux, dit-elle, je me rends compte que les relations qu’on a tissées sont vraiment fortes et représentent quelque chose pour eux. J’y retourne parce que je me dis que c’est important pour eux de sentir qu’il y a des gens qui ne font pas que passer, des gens pour qui ils comptent vraiment. »

Une jeune française en Inde, avec les enfants des rues

Un exercice indispensable : écrire

Véronique Gira a écrit durant cette année de volontariat en Inde. Au fil des jours, elle a alimenté un blog devenu aujourd’hui un livre (voir ci-dessous) . « Un exercice indispensable (…) des temps de solitude, de relecture » pour éviter que sa tête explose ! « Ça m’a aidé à gérer plein de choses sur place,  sinon il y aurait eu plein de non-dits qui se seraient transformés en rancœur, en crispations : mettre des mots sur tout ça m’a pacifiée. »
 
Une année pas comme les autres durant laquelle Véronique aura aussi beaucoup appris sur elle-même. « Quand on est confronté à une autre culture avec des expériences très fortes, raconte-t-elle, on est forcément confronté à ses limites mais aussi à son potentiel. (…) Ça fait grandir, ça fait travailler la souplesse intérieure. »

Une simplicité qui rend libre

Et si elle est revenue changée, son regard sur la société française lui aussi a évolué. « Quand on s’est habitué à ce tourbillon, ce chaos perpétuel, l’ordre ça déstabilise », dit-elle. Une fois passé le constat qu’en France on manque de couleurs – « tout le monde était vieux, tout le monde était triste, habillé en gris et noir » - Véronique apprécie aussi l’organisation d’une société solidaire, avec « un système social extraordinaire » et un vrai sens de la liberté et de l’égalité. Même si beaucoup de choses restent à faire en France, quel progrès face au système inégalitaire des castes !
 
Malgré tout, ce qu’elle garde de ce séjour en Inde, c’est l’image d’une « vie très joyeuse, pleine d’élan, toute en couleurs ». Et le souvenir de ces enfants qu’elle appelle des « maîtres de vie ».
 
« J’ai fait l’expérience, écrit-elle en introduction de son livre,  auprès de mes petits orphelins indiens d’une joie et d’une énergie qui semblent avoir déserté notre Occident. (…) Le dénuement et la simplicité ne sont pas un obstacle au bonheur, bien au contraire. Ne rien posséder rend incroyablement libre. » Elle se défend d’idéaliser la pauvreté ou l’inconfort mais reconnaît qu’aujourd’hui cette expérience l’aide à dépasser « les petites insatisfactions bêtes » du quotidien parfois peu gratifiant d’une prof de banlieue.
 
Geneviève Roy

Un livre : « À la rencontre de enfants des rues », Éditions Bayard, 320 pages, 19,90 €.

Un blog : voir ici le récit et les photos de Véronique Gira sur son expérience indienne.






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Michel Rouger

21/09/2017

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