Solidarité Nord-Sud

Révolution au désert avec Joseph Le Bour


25/05/2017

Il y a bientôt quarante ans, Joseph Le Bour, jeune ingénieur agronome breton, arrivait en coopération au Pérou. Il y est resté. Depuis, aux franges du désert d'Atacama, est survenue comme une révolution où des centaines de gens pauvres cultivent leurs carrés de terre grâce aux techniques inventées par cet agronome sans frontières et sans repos.




joseph_le_bour.mp3 Joseph Le Bour.mp3  (10.21 Mo)


A cinquante kilomètres au  sud d’Arequipa « la blanche », somptueuse cité coloniale couronnée de sommets aux neiges éternelles dont le célèbre Misti (seigneur en quechua), 5000 mètres,  se déploient les  franges du désert d’Atacama. Mais là, nulle dune rose et or comme au nord du  Chili. 
  
De ce côté, au Pérou, c’est un plateau gris- poussière, aride, caillouteux, en bref inhospitalier que l’on traverse pied sur la pédale par une route toute droite de 30 km. Les bolides du Dakar y sont passés une fois, pas deux, manque de télégénie.  Cela pourrait changer. Car voici qu’apparaissent au milieu de nulle part des dizaines de cabanes de parpaings ponctuant l’espace tous les cent mètres. 

Près d’un abribus improbable stoppe un instant un taxi collectif. Une silhouette aux cheveux blancs en descend, un sac de jute sur le dos. Des tiges de maïs et de pousses diverses en dépassent.  S’il fallait incarner la persévérance, Joseph Le Bour, bientôt 70 ans, serait notre homme. 

Révolution au désert avec Joseph Le Bour

400 à 500 citoyens pauvres en coopérative

Plusieurs fois par semaine, il quitte sa maison d’Arequipa et rejoint, après une heure de route, son carré de 100 m de côté où, sous le cagnard, il a planté des variétés de choux et d’échalotes dont il observe l’acclimatation. Il les a recouverts de tontes d’herbes et de déchets végétaux transportés jour après jour par sac jusqu’à son coin de désert… qui commence doucement à verdir. 

De 400 à 500 carrés, délimités par des vagues de fil de fer et parfois par des rangées d’arbustes chétifs, s’étalent ainsi sur une cinquantaine d’hectares. De 400 à 500 citoyens, pour la plupart « des gens pauvres mais pas misérables » se sont ainsi  rassemblés en une sorte de coopérative autour de Joseph Le Bour et de quelques magistrats et médecins pour nourrir leur espoir et dans quelques années, leur famille. 

Chacun de ces pionniers s’est engagé à mettre en culture son carré de poussière. Des réservoirs à eau en parpaings ont été construits le long des chemins de cet immense jardin en devenir. Tout le monde verse une cotisation pour rémunérer la seule famille qui vit sur place. Plantée de maïs rustique et de cactus, sa parcelle est un ilot de verdure au milieu des autres où quelques plantes peinent à émerger. 

Révolution au désert avec Joseph Le Bour

Sur le plateau, les associations ont fleuri

Trois fois par semaine, au volant d’un camion-citerne, l’homme va chercher l’eau qui dévale des Andes à cinquante kilomètres de là, l’unique eau de cette côte du Pacifique où il ne pleut jamais. Il en approvisionne les tanks. La femme arrose les carrés de ceux qui le demandent.

Joseph Le Bour expérimente de nouvelles variétés de céréales et de plantes potagères, certaines spécifiques aux Andes. Le travail est dur, il faut creuser des rigoles entre les rangs de semis, sans cesse les entretenir  pour que l’eau s’écoule, couvrir le sol contre l’évaporation, pour contenir l’érosion. 

Dix-sept associations de ce type se sont constituées sur ce vaste plateau. Environ 6 000 personnes disposent donc de parcelles dont beaucoup restent à verdir. Chacune a un nom qui s’affiche sur de grands panneaux de bois le long de la route. Des noms de futurs quartiers dans une ville pour l’instant utopique…

Un jour, sans doute, naîtront des villages

Incultes, ces vastes terrains n’ont pas de véritable statut juridique et jusqu’à présent l’Etat laisse faire les pionniers qu’on a un temps appelé «  les envahisseurs ». Eux, aidés par un avocat,  tiennent à payer un impôt à l’arroya de la région pour que leur occupation soit un jour prochain légalisée. Un montage juridique organise une propriété collective qui empêche l’Etat de récupérer ces terrains, carré après carré. Dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, le travail, la persévérance, l’intelligence collective auront sans doute produit des sols fertiles. Des villages lèveront tout autour. 

Ingénieur agronome formé à Rennes et à Toulouse, Joseph Le Bour conseille ses amis de la coopérative qu’il contribue largement à animer. Né dans une ferme à Bégard, non loin de Guingamp dans les Côtes du Nord, aujourd’hui Côtes d’Armor, il est arrivé en coopération au Pérou en 1978 dans des Andes au climat rude. Agronome sans frontières, il a travaillé au développement rural du pays d’Arequipa. Il enseigne toujours l’agronomie à l’université d’Arequipa et donne à l’Alliance française des cours très fréquentés.

Le père de la spiruline au Pérou

Sans repos, bien qu’il dise ressentir parfois de la fatigue, ce Breton-Péruvien au regard vif est connu comme le lama blanc au pied du Misti. Il a en effet été l'initiateur de la culture de la spiruline,  cette minuscule algue bleue qui a réduit la malnutrition des enfants dans les quartiers pauvres de la deuxième ville du Pérou, Arequipa.  Elle existe depuis toujours, résistant à tous les bouleversements climatiques. Composée de protéines complètes, d’acides aminés, d’oligoéléments, elle constitue un fortifiant extraordinaire, désormais reconnu par l’OMS, l’organisation mondiale de la santé. 

Joseph l’a fait connaître par des conférences aux ingénieurs et techniciens agronomes. Il a lancé sa commercialisation qui fait vivre des centaines de producteurs. Sa femme, María Lourdes Bellatín, assistante sociale, s'occupe activement de la promotion et de la diffusion de cette algue dans les centres nutritionnels de la région d'Arequipa. 

L'auteure sur le terrain avec Joseph Le Bour
L'auteure sur le terrain avec Joseph Le Bour

Du maïs de 2 m sur des terres salées...

En croisant brebis cubaines qu’il est allé chercher et moutons  israéliens, il a aussi réussi à créer une nouvelle race tropicale très prolifique : 6 petits par an en 2 portées. La vente constitue un apport substantiel de revenus à des paysans d’Ika à Tubes, de la côte à la forêt vierge, la selva. Ces moutons, noirs, sont à poil et non à laine !

Les techniques d’élevage et de culture, Joseph Le Bour les a expérimentées sur ses trois petites fermes. « Dans l’une, huit hectares à 4 kilomètres de l’océan pacifique, stérile, sans un brin d’herbe depuis le quaternaire,  je me suis offert le luxe de planter des mauvaises herbes et j’ai vu celles qui résistaient au sel. En trois mois, des terres salées sont devenues cultivables. Du maïs de 2 mètres y pousse. » 

Dans la deuxième, sujette aux tremblements de terre, il a installé un système antisismique sur un tank à eau de 18 m3 et  irrigue en sécurité  des ares d’alfa-alfa, de luzerne et d’avoine. 

La troisième est sa parcelle de désert  et d’espoir pour des milliers de Péruviens. « Autant le désert peut gagner, autant il peut reculer. » Le rêve de ces pionniers est d’être enterré sur leur terre chèrement gagnée.

Joseph Le Bour revient chaque année à Bégard ; il n’a pas encore choisi la terre de son éternité.

Paula Fourdeux






1.Posté par LE HERISSE le 26/05/2017 10:22
fabuleux témoignage: merci

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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

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