Solidarité Nord-Sud

Jean-Yves Riaux, le maître-charpentier sans frontières


18/01/2012

Restaurer un temple au Cambodge, édifier une église au Cameroun, Jean-Yves Riaux sait faire. On peut lui faire construire n'importe quelle habitation sur la planète, à condition qu'elle soit en bois. Et quand il y a du bambou à couper, c'est parfait : il adore travailler avec.




Au milieu d'une équipe de jeunes, sur le chantier d'une église en bois en Côte d'Ivoire
Au milieu d'une équipe de jeunes, sur le chantier d'une église en bois en Côte d'Ivoire
A 67 ans, Jean-Yves Riaux a sa vie professionnelle derrière lui. Mais ce maître-charpentier ne se résoud pas à l'idée de tirer un trait sur son savoir-faire. Il a besoin de le transmettre aux autres. Et en plus, il a la bougeotte, toujours prêt à se frotter au choc des cultures, car lui aussi veut apprendre. « C'est simple, j'aime voyager et j'ai toujours aimé rencontrer des gens. Je me dis que j'ai eu de la chance. La vie m'a bien aidé. Aujourd'hui, je redonne aux autres ce qu'elle m'a apporté. » 





En deudeuche

Jean-Yves Riaux, le maître-charpentier sans frontières
Jean-Yves Riaux appartient à la génération des jeunes retraités qui avaient 20 ans autour de mai 68. Beaucoup ont senti souffler le vent de liberté au volant de leur 2CV, un engin rustique qui leur faisait traverser des frontières à peu de prix. Tandis qu'il rêvait de devenir architecte, Jean-Yves a accumulé les kilomètres dans les pays d'Europe. La "deudeuche", une autre de ses passions. Il en a collectionné un bon nombre et pas seulement pour le musée ou la balade du dimanche. Revue et corrigée par ses soins, l'une des voitures participera à un raid en Turquie fin 2012.

Jean-Yves Riaux, le maître-charpentier sans frontières

Une idée neuve: les maisons préfabriquées en bois

Au départ, c'est à l'école des Beaux-Arts que Jean-Yves apprend le dessin et le trait. Finalement, il atterrit dans le travail du bois, au sein de l'entreprise familiale située à Montgermont, près de Rennes. En 1974, il est appelé à en prendre la direction. Les 15 salariés ont l'habitude des chantiers difficiles menés avec les Monuments historiques. Mais Jean-Yves veut élargir le carnet de commandes.

Au cours de voyages en Scandinavie et au Canada, il étudie les maisons en bois et adapte à la France des technologies innovantes dans le préfabriqué. « A cette époque, personne n'en faisait. » L'entreprise compte une cinquantaine de salariés quand il décide de la vendre au groupe Pinault tout en restant dedans. Au cours des années 80, il ouvre une fenêtre sur le cinéma. « On construisait des décors de films. J'ai aussi restauré le château de Depardieu en Anjou. »
 
A 50 ans, Jean-Yves quitte définitivement l'entreprise, mais pas le bois. Il s'engage dans un comité professionnel en charge de la promotion du bois, notamment auprès des architectes. En même temps, il s'occupe de formation et d'apprentissage. Il fait partager sa passion aux Compagnons du devoir. Encore dix ans, et c'est le moment de dire stop. « Pour fêter mes 50 ans de charpente, j'ai invité 400 personnes. C'était émouvant, mes amis m'ont offert un établi. Je me suis remis à la sculpture. »

Jean-Yves Riaux, le maître-charpentier sans frontières

Une église au Cameroun, un temple au Cambodge

Aujourd'hui expert ou conseiller technique, comme on voudra, Jean-Yves apporte son expérience sur les chantiers les plus improbables. Il est devenu membre de l'association des Architectes sans territoire (Aster), qui regroupe des professionnels bénévoles pour la plupart issus du réseau breton.

« J'étais en mission sur une scierie au Cameroun quand un prêtre est venu me voir. Il avait besoin d'un autel pour la messe de Noël. Je lui ai fait l'autel. C'était un endroit perdu. A la messe de minuit, j'ai eu un choc. Je lui ai promis de revenir pour construire une église. J'ai amené un compagnon, j'ai embauché sur place. L'église a été construite en six mois avec un clocher de 18m. »

Dans la foulée, Jean-Yves a édifié une autre église en Côte-d'Ivoire, une école professionnelle au Congo, ainsi qu'un prototype de logement social. Le charpentier s'entend bien avec les Africains, mais il a plus de mal en Asie. « Au Cambodge, j'étais appelé pour restaurer un temple sur une île du Mékong. Mais quand je suis arrivé, il ne restait plus rien. Les villageois l'avaient démoli. »

Un restaurant à construire sur un lac

Son prochain chantier lui permettra peut-être de se réconcilier avec les Cambodgiens. Toujours avec Aster, il s'agira de construire un restaurant communautaire près d'un village lacustre. « On compte utiliser les matériaux du pays, comme le bambou. » Un restaurant en bambou flottant sur un lac Tonle-Sap ? A visiter dans les quelques mois. Le projet vise à développer le tourisme. Sur place, des femmes devraient trouver du travail grâce à de l'artisanat basé sur la cueillette des jacinthes d'eau.
 
Alain THOMAS.

- Pour mieux connaître Aster

- Voir aussi Architectes sans frontières


Pour aller plus loin


Jean-Yves Riaux, le maître-charpentier sans frontières

Un habitat en expansion : le bidonville

A l'échelle du monde, ceux qui construisent le plus, ce sont les habitants des bidonvilles. Selon l'ONU, près d'un tiers de la population urbaine mondiale, soit 1 milliard de personnes, vit en bidonville et d'ici à 2050 on devrait passer à la moitié soit 2 milliards de personnes, rappellent les organisateurs d'une exposition instructive sur le sujet : « Bidonville, l'autre ville ».

Ils se sont rendus à Addis Abeba, Amman, Bombay, Bucarest, Lima, Manille, Ouagadougou, Tokyo... Ont rencontré habitants, géographes, démographes, économistes, anthropologues, architectes, urbanistes... Ils ont analysé les causes de ce scandale planétaire et aussi ce qui fonctionne.

« Malgré les difficultés »,notent-ils, les bidonvilles sont des quartiers populaires qui fonctionnent, la grande force de l‘être humain étant d‘être créatif. Ainsi avons-nous observé ce que cette forme urbaine auto-construite, auto-planifiée, peu capitalisée, mais pourvue d'une vie sociale riche, peut apporter à nos villes planifiées. En filigrane, nous nous interrogerons sur ce que la ville moderne a perdu (...) en détruisant largement la vie sociale de proximité. » On peut, suggèrent-ils, « imaginer une ville plus douce, plus courte, plus écologique, plus vivante, plus solidaire, moins gourmande... Toutes choses qui constituent un bidonville. »

  

Le retour de la voûte nubienne

Le bois est devenu rare, la tôle est chaude et chère : la vieille technique africaine de la voûte nubienne pour la construction de toits en terre connaît une nouvelle jeunesse au Sahel. Séri Youlou est le cofondateur de l'Association "la Voûte Nubienne" qui tente de vulgariser  la technique à grande échelle.

- A consulter : le site de l'association La voûte nubienne  -

- Voir aussi un reportage de TV5
 
- En savoir plus sur la technique : wikipedia

 





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Le billet de la semaine

​Le mal des soignants

Un mal ronge le milieu de la santé : la violence sur les jeunes en formation. Un nouveau diagnostic révèle même un aggravation chez les futurs infirmier.e.s. Ils se déclarent stressés (78%), épuisés psychologiquement (62%), usagers parfois de psychotropes (27%) et pas seulement à cause du poids des études ou de la précarité qui les oblige à bosser : ils se disent aussi victimes de discriminations (36,5%), de harcèlement (33,4%)... Le milieu n'a jamais été d'une grande douceur mais l'austérité injectée à haute dose depuis des années a mis les soignants eux-mêmes sous tension. Le mal frappe à tous les étages mais le principal c'est que les comptes de la Sécurité Sociale, eux, se portent mieux. 

Michel Rouger

21/09/2017

Nono



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