Solidarité Nord-Sud

Les bonnes graines de Bernard Jouan, chercheur-paysan sans frontières


05/01/2017

Enfant, Bernard Jouan rêvait d'être paysan breton comme ses parents. Mais il était trop bon à l'école... Alors il  est devenu chercheur en agriculture, spécialiste de la biologie des sols et des cultures de plein champ. Et il a voyagé, il voyage toujours, d'une terre à l'autre, des sols de son enfance à ceux de l'Afrique. En vous disant que partout les Humains pourraient manger à leur faim.




Les bonnes graines de Bernard Jouan, chercheur-paysan sans frontières

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Bernard Jouan est né à Grâces, commune bénie  des Côtes d'Armor où l'on ne se plaint pas de naître pauvre. « Je suis un fils de petit paysan et paysanne », souligne-t-il. Ses origines, il les revendique, elles s'accrochent à lui comme des racines. « J'ai vécu en étroite intimité avec la terre. Je savais traire les vaches avant de savoir écrire... », dit-il avec ce sourire malicieux qui enveloppe chacun de ses mots.

C'est en mai 1940, trois semaines avant l'arrivée des troupes allemandes, qu'il a débarqué sur terre. Ses parents ont pour toute richesse « quatre hectares, deux vaches, une brouette ». Le propriétaire passe régulièrement surveiller s'ils n'ont pas abattu des arbres. Les jeunes paysans serrent les dents. Quand le petit Bernard a 4 ans, la mort vient faucher son père. La maman s'accroche. « On était très pauvre mais on n'a jamais eu faim. » 

Un va-et-vient entre petits paysans d'ici et de là-bas

Dans une nouvelle ferme, qui montera jusqu'à 15 ha, on pratique la polyculture. « C'est un système d'autonomie très robuste, analyse aujourd'hui Bernard Jouan, c'est le système dont les paysans et paysannes du Sud ont besoin. » Tout Bernard Jouan est là. Dans ce va-et-vient entre son bout de terre breton et la Planète. Entre petits paysans d'ici et de là-bas. D'hier et de maintenant. « Je suis né dans une maison en terre battue, sans eau, ni électricité : pas loin des conditions de vie dans les villages africains, je n'y suis pas dépaysé. »

Cet après-midi, il parle au milieu des légumineuses qu'il expose en graines et en images dans une MJC avec le concours d'aquarellistes des alentours. Avec lui, pois et lentilles, trèfle et lupin, fèves et haricots s'animent, font étalage de leurs vertus, nourrissent les peuples. Le scientifique vous entraîne dans les mystères de ce monde familier avec le même savoir, la même passion qui le portent quand il vous parle de la pomme de terre dont il est aussi un grand expert.

Les bonnes graines de Bernard Jouan, chercheur-paysan sans frontières

La découverte de l'Afrique grâce à Marie-Pascale

Sur son CV, il a gardé ses premiers diplômes acquis à Rennes : contrôleur laitier et beurrier, inséminateur artificiel... Mais, poussé par des profs vers l'École Nationale d'Horticulture de Versailles, c'est avec les végétaux qu'il a trouvé son jardin. Ingénieur horticole, diplômé de microbiologie des sols, chercheur en pathologie végétale, Bernard Jouan aura fait une belle carrière à l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA). 

Mais celle-ci a été enrichie par une rencontre majeure : Marie-Pascale. « Elle a orienté ma vie vers d'autres horizons. Je prévoyais de faire mon service militaire, elle m'a dit : "Moi, je rêve d'aller découvrir l'Afrique". » Les amoureux partent au Niger deux ans, de 1965 à 1967. Bernard Jouan est coopérant à l'IRAT (Institut de recherche agronomique tropicale) ancêtre du Cirad. Il expérimente en brousse ses jeunes connaissances en pathologie végétale sur les maladies du mil et du sorgho. L'Afrique est devenue sa seconde patrie. « Au retour, on a toujours eu des étudiants africains et j'ai envoyé pas mal d'étudiants là-bas. »

Les bonnes graines de Bernard Jouan, chercheur-paysan sans frontières

Un chercheur offensif

Le destin de cet enfant de la Bretagne, du pays de Guingamp plutôt rouge, est maintenant solidement planté. Le fils de paysan qui remettait volontiers à place le fils du notaire ou du gendarme à la sortie l'école publique, se battra toute sa vie sur deux fronts : en France, la protection des cultures autrement que par la chimie ; en Afrique, la souveraineté alimentaire par l'agriculture familiale.

À l'Inra, le directeur de recherche, qui arrachera au fil des ans jusqu'à 50 postes pour ses deux départements, quitte volontiers la paillasse pour le terrain. Il a besoin du contexte, de « faire le lien entre les champs et les gens ». « On s'est pas mal battu », dit-il. Battu contre l'invasion des engrais et produits phytosanitaires : « Quand il recevait un technicien agricole neutre, l'agriculteur avait dix fois la visite d'un technico-commercial contraint d'augmenter ses ventes de 10% par an. »

Un milieu et un métier complexes

« Le comportement des plantes dépend des sols mais aussi du paysage, poursuit-il. On avait fait tout un programme sur le rôle du bocage : quand on allait expliquer ça, il fallait presque arriver avec un gilet pare-balles ! Quarante ans après, les gens se sont aperçus qu'on n'avait pas tort... » Autre front : l'agriculture biologique. « Même à l'Inra, afficher ça dans nos programmes a été mal pris pendant longtemps. » Les choses n'ont commencé à évoluer qu'à la fin des années 70.

« Le milieu micro-biologique des sols est complexe ! », explicite Bernard Jouan avec, au coin de l'œil, cette flamme qui souvent se réveille ; de ce fait, « le métier de paysan est l'un des plus complexes qui soit ! Entre les espèces, les variétés, la biologie, l'économie... » Fierté des origines, respect des pros de la nature, éleveurs ou cultivateurs. Et cultivatrices.

Les bonnes graines de Bernard Jouan, chercheur-paysan sans frontières

L'économe et nourricière pomme de terre

Voilà Papa, comme on l'appelle au Niger, « Papy, disent-ils maintenant ! », de retour au village, au Sahel, avec les associations féminines trop peu soutenues. Seuls Dieu, les esprits et les ancêtres savent combien de temps il aura vécu auprès des paysans africains depuis sa découverte du Niger avec Marie-Pascale il y a plus de cinquante ans. Combien de nuits il aura passé sur une natte ou un lit de camp, sous un arbre et les étoiles. Combien de jours il aura travaillé là-bas sur la pomme de terre, la plus importante de ses actions.

Bernard Jouan, membre actif durant une vingtaine d'années de l'Association européenne pour la recherche sur la pomme de terre, qu'il a présidée de 1990 à 1993, connaît tout de la troisième culture vivrière au monde, du tubercule économe en eau, de cette patate aux grandes qualités nutritives, essentielle dans la lutte pour l'auto-suffisance alimentaire : il a beaucoup aimé faire découvrir aux paysans de Konna qu' « avec 1 kg de semence, ils pouvaient obtenir 21 kg de pomme de terre ».

Un acteur infatigable du combat alimentaire

Konna, au Mali, dans la région de Mopti, jumelé avec sa commune de Pacé. L'un des principaux terrains d'action humanitaire du vice-président national et délégué Bretagne d'Agro Sans Frontières, du vice-président de la Maison Internationale de Rennes, qui accumule les engagements à la retraite comme il empilait les missions à l'Inra dans les pays du Sahel et ailleurs : une bonne douzaine en comptant bien.

À 76 ans, il semble toujours infatigable. Cette semaine-là, il était intervenu le lundi dans un lycée ; s'était levé tôt le mardi matin pour filer sur Paris ; avait organisé l'expo à la MJC ; s'en était libéré pour notre entretien ; était intervenu dans un collège au moment de midi ; avait un conseil d'administration dans la soirée... On se demande avec quel légume Bernard Jouan se nourrit ! En fait, chez le fils de paysan breton quelque chose un jour a germé, au Niger, avec Marie-Pascale : « J'ai trouvé un sens à ma vie », aime-t-il à dire.

Michel Rouger






1.Posté par Bouju le 07/01/2017 10:14
toujours une fervente pomme de terre, je la préfère juste cuite avec une pointe de beurre , si j'en ai, un peu de persil...et surtout ne pas avaler après le premier coup de dent, savourer, emmagasiner , aucune frite ne peut donner de pareille joie,

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​Penelope

On peut le révéler : l'affaire Fillon est finie. Ouvrage il y a eu. Dans la solitude de son château, Penelope tricotait ardemment au coin du feu des chandails et des chaussettes pour les pauvres que son mari opiniâtrement créait à Paris, avec son parti. L'assistante parlementaire assistait. Ça fait cher la pelote mais la laine du mouton noir du natal Pays de Galles n'est pas donnée. Penelope aurait bien aimé aussi, pour l'abbé Pierre, abriter quelques familles sans logement mais il est difficile de cohabiter avec ces gens-là. Comprenons bien que François et Penelope souffrent en ce moment tant ils se sentent en accord avec leur foi catholique qui leur répète que les pauvres sont habillés pour le paradis. Avec Penelope et Les Républicains, prions pour que François Fillon devienne président et applique son programme : développer la pauvreté et aider Penelope à faire sa pelote.

Michel Rouger

01/02/2017

Nono



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