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16/03/2026

Candice et Louis, sobres et heureux sur une micro-ferme

Reportage : Jean-François Bourblanc


A Langouët (Ille-et-Vilaine), sur moins d'un hectare, Candice et Louis, maraîchers, conduisent une micro-ferme diversifiée en bio depuis 2019. Ils racontent leur bonheur à travailler en cohérence avec leurs idées.


Candice et Louis mènent une vie sobre. Ils cherchent à réduire les charges plutôt qu'augmenter le chiffre d'affaires.
Candice et Louis mènent une vie sobre. Ils cherchent à réduire les charges plutôt qu'augmenter le chiffre d'affaires.
Le « Champ de patates » réunit trois activités principales sur une petite surface : le maraîchage et les plantes aromatiques, la fabrication de  pain et les animations pour enfants. 
Candice gère la production de légumes, la multiplication des graines et des plants. Elle planifie les légumes avec une rotation de trois ans sur 80 planches de 10 m2. Ils produisent tous les légumes qu'ils aiment. Des « légumes du soleil » précise-t-elle : une dizaine de  variétés anciennes de tomates (sous serre), des courgettes... Mais aussi des carottes, navets, petits pois,  fèves, haricots,  salades, une bonne centaine  de plantes différentes qui ne sont pas des légumes. Les patates seront désormais cultivées  sur leur terrain. 
Ils vendent leurs productions au marché chaque mercredi devant la bibliothèque de Langouët. « On propose aussi , sans marge, des légumes de copains, ça permet d'élargir la gamme » : tisanes, confitures, miel, pickles, champignons, courgettes, jus de pomme... 
 

Louis Maillard. Originaire de Nantes, après une formation  à l’École des métiers de l'environnement (Kerlann, Bruz) travaille sur le compostage dans un bureau d'études  pour une métropole de la région parisienne jusqu'en 2018..

Être autosuffisants

« Nous aimerions être autosuffisants : c'est l'objectif ! ». Ce souci d'autonomie se traduit par la production de semences : « ça nous tient à cœur de faire nos graines, sauf les carottes et les tomates qui ne coûtent pas cher !» Par exemple, ils cultivent, pour les graines, une planche de fèves qu'ils ne récoltent pas. Ils ne peuvent quasiment plus fournir la cantine scolaire (1)  car l'essentiel de leur production est en juillet et août.

Depuis plusieurs années, Louis assure des animations pour enfants  dans le cadre du Relais petite enfance de la communauté de communes du Val d'Ille-Aubigné et du centre social  de La Chapelle-Chaussée. Les enfants de moins de trois ans viennent dans la ferme : « ils se baladent, on fait une dégustation de légumes, de plantes, de fleurs». Louis fournit aussi des conseils pour la plantation d'arbres et l'aménagement de jardins. Dès le départ, il a fait du pain. Et depuis 2025, il utilise leur propre farine à partir de blé cultivé par eux.  Ils sont devenus « paysan-boulanger », une activité régulière toute l'année.
 

Avant sa mise en culture, le terrain de foot était une prairie naturelle.

Fiers de leurs réalisations

Le « Champ de patates » était un  terrain de foot en mauvais état, non aménagé, sur une prairie naturelle, jamais cultivée. Pourquoi ce nom ? « Les footballeurs l'appelaient ainsi, le champ de patates !» Il couvre 8000 m2 dont une partie humide. Il a été drainé et en partie couvert de remblai. Le terrain était nu : « il a fallu tracer un chemin, planter des arbres». Candice et Louis sont fiers de leur réalisation. Dans cette micro-ferme, «On est des jardiniers naturels, ça nous a aussi permis de rencontrer des anciens». Daniel Cueff, ancien maire, à l'origine du projet, souligne :
Ils  valorisent, mine de rien, les pratiques des gens ordinaires de la commune, qui ont des jardins, qui sont plutôt des anciens, et qui cultivent au naturel. Ils n'appellent pas ça bio, parce que ce n'est pas leur mot. Mais ils ont toujours fait ça.
 
L'humidité du sol est l'une des principales difficultés :
 
On ne peut pas aller trop tôt sur le terrain,  pas avant avril ou mai. Il faut attendre et trouver le bon moment selon la météo. Ce n'est ni comme dans les livres ni comme chez les voisins. 

Maria (à droite) est une militante quilombola, descendante d'esclaves qui ont fui les plantations.

Une convention de cinq ans

« Le Champ de patates » est une entreprise individuelle créée en 2019 (la formule juridique la plus simple), au nom de Candice avec un conjoint collaborateur, Louis. « L'idée, c'est que les deux soient responsables ». La vente de légumes a démarré en 2020. Le terrain est mis  à disposition gratuitement par la mairie . La convention de cinq ans avec la municipalité a été renouvelée récemment. «Cette activité a créé une dynamique sur la commune» précise Jean-Luc Dubois, le maire.

Les habitants de Langouët voulaient avoir une ferme comme ça. Et ça continue. Ils ont créé des liens et beaucoup de relations informelles.
Ils peuvent faire appel à nous. Et je peux demander un coup de mains. Notre activité sur la commune est importante , économique et aussi sociale. Ça correspond à notre vie. On a du temps.

Candice aime organiser des rencontres sur le terrain, comme celle initiée par l'association Amar avec Maria, une Quilombola brésilienne, en septembre dernier. «Je le ferai bien davantage, mais je n'ai pas d'occasion». Souvent, «Les gens aiment bien venir car c'est joli ! » C'est vrai, le lieu est accueillant.
 

Candice Petitclair, originaire de l'Eure a fait un BTS à l’École des métiers de l'environnement (Kerlann, Bruz). Travaille ensuite chez Ludik énergie pour sensibiliser les entreprises au développent durable.

Travailler ensemble

Tous deux avaient un travail salarié. Pourquoi avoir changé ? Louis reprend une parole qui l'a marqué : «On passe plus de temps avec le patron qu'avec la personne qu'on aime ! ». D'où leur choix de travailler ensemble. Pour se décider, ils parcourent la Bretagne à vélo durant les deux mois de l'été 2018, en travaillant dans une douzaine de petites fermes bio en échange du gîte et du couvert. Tous deux  suivent ensuite une formation d'un an en permaculture avec Mikaël Hardy (2) . Grâce à cette formation, ils rencontrent des habitants de Langouët et répondent à un appel à projet afin de cultiver cette parcelle.
 
Ils investissent 15000€
 
Sans formation professionnelle agricole reconnue, ils ne peuvent bénéficier de la DJA  (dotation jeune agriculteur) et ne souhaitent pas emprunter. La DJA oblige a dégager un « revenu agricole suffisant » en quelques années (4 ans). Mais ils ne veulent pas subir cette pression. Ils investissent 15000€ de leurs économies, 7500€ chacun : une première serre, des outils et, pour abriter les outils, ils construisent un cabanon avec des matériaux de récupération. « La commune a financé la mise en état du terrain », précise Daniel Cueff. Leur projet a ainsi été possible avec peu d'argent.  

Dans le même temps, Louis a créé une micro-entreprise pour des animations sur l'environnement dans les écoles. des animations pour la communauté de communes. « J'aimerais que ce soit davantage ! » . L'essentiel de leurs revenus c'est le maraîchage et le pain.

 

Grâce à un réseau

Ils mènent une vie sobre : «on n'a pas d'enfant, pas d'emprunt, on ne part pas en  vacances régulièrement, mais trois ou quatre jours en saison creuse». Leur but ?  Se nourrir, nourrir leurs amis, sans objectif de revenu important. Ils cherchent à réduire les charges plutôt qu'augmenter le chiffre d'affaires. Ils pratiquent le troc avec un réseau de fermes sur lesquelles ils s'appuient : échange de fumier, de paille,  de tracteur, vente de légumes et achat de graines, coup de mains pour les légumes. Chez un couple d' amis éleveurs ils utilisent le fournil, le four à pain, une parcelle de deux hectares pour le blé, en rotation sur trois ans. «Il n'y a pas de ferme exemplaire, mais ça crée du lien, ça permet aux gens de s'intéresser à l'agriculture. Et en plus, elles produisent, elles alimentent  les habitants» estime Mikaël Hardy à propos de telles petites fermes.
 

Intégrés dans la commune

Un tel projet pourrait-il exister sur une plus grande surface ? « Ça dépend de ce qu'on veut faire ! » Candice et Louis estiment le  besoin à un hectare par personne. Intégrés dans la commune, ils participent  à la bibliothèque associative. L'association « Chamotte et compote» gère un four à pain très actif mais devenu trop petit pour eux. « On rend la campagne vivante ».  Et Louis  s'exclame : «on est quand même les rois du monde !»  (Voir ci-contre la vidéo La belle vie). En dehors du travail, ils aiment, par exemple, aller voir des amis, faire des balades à vélo...
Quand Candice a une baisse de moral, (ça peut arriver !) elle se rappelle ses rencontres au Brésil en janvier 2025 :  les petits paysans nourrissent le monde. « Quand je doute, ce sont les petits paysans qui dominent...»

(1) Depuis 2004, dans la cantine, deux agents communaux, cuisinent des produits bio et locaux. Pour 90 élèves en 2026 précise le maire Jean-Luc Dubois.
(2) Mikaël Hardy s'est réinstallé près de Granville sur 6000m2. https://www.facebook.com/profile.php?id=100009886867421

Pour en savoir plus sur le Champ de patates :
Curiocité sur Canal B :  https://canalb.fr/curiocite/6860

https://lechampdepatates.fr/
https://www.facebook.com/champdepatates/
contact contact@lechampdepatates.fr


Maxi-travail, mini-revenu mais le plein de sens.
Les micro-fermes sont un système de maraîchage bio-intensif sur de petites surfaces.  C'est du maraîchage sur sol vivant ou permaculture, avec apports importants de matière organique. Quelle est  la viabilité des micro-fermes en maraîchage biologique ? Yann Kerveno dans la revue Sésame tente d'y répondre (1).
Le maraîchage et l'horticulture sont la seule catégorie d'exploitations agricoles qui progresse entre 2010 et 2020 (+9%). le taux d'abandon est semblable à celui constaté en élevage.
Le chiffre d'affaires et la viabilité constituent le point crucial. Le revenu disponible sur un échantillon de 42 micro fermes est de 14000€ par actif et par an (2023). Le maraîchage peut, parfois, être complété par une autre activité. Question majeure : quel revenu est-il  possible de dégager par rapport au temps de travail ? Si l'on densifie les productions, on dégage plus de chiffre d'affaires au m2 mais avec davantage de temps de travail.
Il y a deux aspects à équilibrer : être utile à la société et avoir plus de temps libre. Un point à explorer :  celui des capacités d'organisation en fonction des objectifs.

(1) Revue Sésame N°17 mai 2025 « Retour sur les micro-fermes »


Le plan de la ferme est affiché sur le cabanon.




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