Je suis Charlie

« Vive Charlie ! »

Par Alberte Skoric


08/01/2015




Le dernier défi de Charb
Le dernier défi de Charb
« Vive Charlie !

Aujourd’hui, j’ai perdu des amis ! Des amis qui toutes les semaines honoraient un rendez-vous  avec l’anonyme que j’étais pour eux. Cela faisait un quart de siècle que je les fréquentais avec gourmandise et assiduité. Même si je ne les avais jamais rencontrés, je connaissais le principal de chacun d’entre eux : ses valeurs, ses idées, ses combats et même ses marottes…. Ceux avec qui j’étais systématiquement d’accord et en harmonie et celui qui, quelques fois, me faisait soupirer de désolation devant ses dessins « pipi-caca » ou certains sujets de ses fatwas mais qui au global appuyait là où ça fait mal avec une justesse, voire une outrance, tout à fait justifiée. Alors, oui, j’ai perdu des amis, ceux qui m’avaient intégrée dans une communauté de valeurs, de pensée, ceux qui faisaient que chaque semaine, j’attendais avec impatience le moment de découvrir qui serait la cible de leur humour, de leur analyse, celui qui d’un magistral coup de crayon soulignerait l’évidence de l’actualité de la semaine écoulée. 

Charlie était en difficulté pour la deuxième fois en peu de temps et comme bon nombre de ses fidèles lecteurs, j’avais envoyé mon obole, pour que continue ce travail salvateur, pour qu’un jour mes petits-enfants puissent à leur tour se lier d’amitié avec cette fine équipe toujours renouvelée, toujours enthousiaste et puiser auprès d’elle quelques ouvertures divergentes à la pensée unique.

Aujourd’hui, jour noir et jour de rassemblement - qui vraisemblablement durera ce que durent les roses - beaucoup ont parlé de communauté, de religions, d’ensemble, mais je n’ai pas entendu une seule fois prononcé le mot « laïcité » pourtant je suis persuadée que ce mot aurait été prononcé et dessiné par mes amis aujourd’hui disparus. 

Qui va reprendre le flambeau ? J’ose espérer que la corporation va prêter main forte aux survivants pour qu’une équipe recomposée trouve la force et les ressources pour poursuivre le combat. Celui de l’intelligence sur la bêtise, de l’humour sur la violence et l’intolérance, de l’ouverture d’esprit sur l’obscurantisme.

A l’heure où j’écris ces lignes, seuls les noms d’Oncle Bernard, Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski et des deux policiers ont été donnés, les autres victimes  sont encore anonymes mais qu’ils soient journalistes, dessinateurs ou collaborateurs à Charlie, et pour cette raison, ils étaient aussi mes amis. Face à la perte de proches, il n’y a qu’infinie tristesse, profonde détresse, immense désarroi et… colère contre les assassins. Ma seule consolation ce soir est de penser que Cavana n’aura pas vécu cette abomination même si je suis convaincue qu’il aurait préféré être avec ses camarades et amis en ce sinistre moment.. »
 






1.Posté par pilou helene le 09/01/2015 18:48 (depuis mobile)
Nous sommes charlie

2.Posté par TREVETIN Gildas le 10/01/2015 14:51
La liberté d'expression est en deuil. Cette liberté d'expression il faut l'obtenir, la gagner, la faire valoir. Il faut des mois, des décennies pour l'asseoir, pour s'en servir, pour l'utiliser. Mais en quelques minutes, en quelques secondes elle peut mourir, laissant ses combattants dans un désarroi immense.
Mercredi dernier l'équipe de CHARLIE HEBDO était réunie pour préparer leur prochain numéro, leur prochain feu d'artifice, leur prochaine mise au point. Deux individus, deux fanatiques d'une religion qu'ils participaient à créer ont fait irruption dans la salle de rédaction; ont tiré, ont tué des dessinateurs. Des dessinateurs dont a besoin une démocratie réelle et forte. Ces deux fanatiques visaient également cette démocratie qui nous permet en fin de compte d'écrire, de peindre, de rire, de faire des projets et de combattre ceux et celles qui considèrent la violence comme un mode d'expression.

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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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