Témoignages - Citoyenneté / Libertés

16/12/2010

"De vieilles souches en sarkozie"


Alain Jacob, agriculteur à Sizun, dans le Finistère, a voulu un jour ôter de vieilles souches d'un coin de champ. Mal lui en a pris! Police, gendarmerie, fichage ADN...



"En 2002, j’achète une petite parcelle de 80 ares dont 30 ares de sapins coupés par le propriétaire avant la vente ; une parcelle très humide et peu praticable. Les souches ont pourri pendant quelques années et le printemps 2010, très sec, m’a permis de pratiquer le dessouchage. Un entrepreneur local est venu avec tracto et bull pour faire le travail. Objectif : remettre en herbe ce coin de champ après plus de  30 ans de sapins. Le temps est bien sec ; les travaux avancent  vite, les souches étant bien pourries. Allez ! Un coup de chisel et roto-herse  et enfin, ce coin de champ sera de nouveau accessible aux vaches.

Un garde-chasse et un gendarme dans la cour

Patatras ! La Police de l’Environnement rôde : une action d’une semaine a été diligentée par l’Office  National de la Chasse qui est aussi habilité à faire respecter la Loi sur l’Environnement. Un garde-chasse, flanqué d’un gendarme, débarque dans la cour de la ferme et m’apprend que je suis en infraction vis-à-vis de la loi : j’ai dessouché une parcelle sans déclaration préalable de travaux.  De plus, habitant dans les Monts d’Arrée en « site inscrit »,  les travaux entrepris sont considérés comme une dégradation, voire une mutilation pour l’environnement, notre patrimoine commun.

Le garde-chasse dresse un procès-verbal et me demande d’arrêter les travaux et de faire une déclaration de travaux à la préfecture. Le chantier est arrêté ; les quatre mois (délai administratif) passent ; aucun objection aux travaux n’est faite : le PNRA apporte son accord. Tout roule, l’affaire est close. Enfin pour moi... mais pas pour la justice.

Prise d'ADN, empreintes, photo...

Samedi 28 novembre, la gendarmerie de Sizun me convoque pour m’entendre sur le sujet. J’arrive à 9 h 30 et ressors à 11 h 30 et encore, j’ai frôlé la garde à vue. !! Le procès-verbal du garde-chasse s’est transformé en deux délits : - Exécution de travaux sur un monument naturel ou site inscrit sans information préalable à l’administration. - Dégradation ou mutilation volontaire d’un site inscrit. 
Qui dit “délit” dit inscription au Fichier  National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG), c’est-à-dire fichage ADN. J’en reste sans voix. 

 Abasourdi, je refuse d’abord. Les gendarmes (un peu gênés mais pressés d’en finir) m’annoncent qu’un refus, c’est de nouveau un délit et que, cerise sur le gâteau , ils peuvent me mettre en garde à vue !!  

 On est samedi matin. Il a neigé cette nuit . Il faut amener du foin aux génisses, pailler sous les vaches qui ne sortent plus avec la neige, aller livrer les fromages… Je me laisse faire… :  prise d’ADN dans la bouche, empreinte de tous les doigts, des mains, deux fois les index, et la photo de face et de profil !!!

1, 25 million de Français au fichier des empreintes génétiques

Les gendarmes me lâchent, je sors de la gendarmerie, j’ai changé de monde, de société. Je suis fiché au FNAEG comme 1 257 182 français dont seulement 285 140 personnes condamnées (chiffres du 30/01/10 source CNIL). Tout citoyen soupçonné d’un crime ou d’un délit est susceptible d’un relevé ADN., sauf ….les délits d’abus de confiance, abus d’autorité publique, banqueroute ou favoritisme, c’est-à-dire les abus de biens sociaux, la corruption ou le trafic d’influence !!! C’est la LSI (Loi de Sécurité Intérieure) dont l’auteur est un certain Nicolas SARKOZY, loi votée en 2003 alors qu’il était ministre de l’Intérieur. 

 Loin de moi l’idée de stigmatiser la défense de l’environnement ! Ce papier se veut surtout le témoignage de la dérive policière d’un état et de son président, plus enclin à bichonner les banques (le grand capital) et les nantis (le profit) qu’à construire une société basée sur la création de richesses réparties équitablement et en totale cohérence avec notre environnement (oui je sais, on le saurait déjà). 

 A l’heure actuelle, l’affaire suit son cours , elle est entre les mains du procureur. Je ne suis pas inquiet mais il existe des matins bruns…..  

 Au printemps, lorsque vous retournerez dans vos champs,  dans vos jardins, vous promener à la campagne, méfiez-vous : vous êtes (peut-être) déjà COUPABLE ! »   

 Alain JACOB, Sizun (29)  

 NDLR.   
 - Le titre est de l'auteur, les intertitres de la rédaction. 
 - Alain Jacob a finalement fait l'objet d'un “rappel à la loi” mais reste, en cas de nouveau “délit', sous la menace de trois ans de prison avec sursis et d'une amende pouvant aller jusqu'à 45 000 €.




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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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