Arts Plastiques

17/08/2011

Les "Murales" de Geronimo Rodriguez


Enraciné dans la terre rouge de sa province, le plasticien argentin Geronimo Rodriguez  a unifié dans son travail artistique les morceaux épars d’une vie rude. Sa vie a basculé alors qu'il était collégien. Quand une enseignante architecte a ouvert à l'adolescent pauvre le monde de la culture et de l'art.


Les "Murales" de Geronimo Rodriguez
J’ai rencontré Geronimo Rodriguez à Posadas, la capitale de la province de Misiones, au nord-est de l’Argentine, celle où a été tourné le film « Misiones ». Chez lui, le portail d’entrée, les murs, les sols, tout est couvert de tableaux, de sculptures, de créations plastiques diverses. L’accueil y est chaleureux, le sien, celui d’Ursula sa femme, peintre, et aussi de son fils Gabriel, 15 ans, passionné de musique hard rock et lui-même compositeur… 

Geronimo Rodriguez, 50 ans aujourd'hui, n'affiche aucune amertume, aucun regret... et pourtant il n’a pas eu la vie facile. Mais il a fait feu de tout bois en intégrant dans ses compositions plasticiennes l'ensemble des savoirs accumulés dans les multiples emplois exercés depuis son enfance : rechapage de pneus, maçonnerie, scierie, menuiserie, briques, soudure, dessin d'architecture, scénographie...

Les "Murales" de Geronimo Rodriguez

Une enfance difficile et puis, un jour...

La force de vie et le sourire de Geronimo Rodriguez sont communicatifs, ses œuvres d'une originalité et d'une diversité étonnantes : l'effet, sûrement, de son parcours atypique. Au bout de sa province du nord-est argentin, il a vécu une enfance créole austère.Son père était un petit revendeur de fruits.  Dès 8 ans, le jeune Geronimo a  dû s'armer de ténacité pour apprendre à l'école, à tout prix, tout en faisant des travaux éreintants.

C'est ainsi qu'il est parvenu à entrer au collège. Et que la grâce d’une rencontre a changé sa vie. Celle d'une enseignante, Pelusa,  à la fois architecte et chargée de la culture dans sa ville d'accueil. Avec Pelusa, Geronimo a découvert le monde de la culture et de l'art. Devenu étudiant, il a mené en parallèle une formation artistique et un travail de scénographe. Puis est venue la maturité, le bonheur d'une famille,  une vie unifiée et apaisée, la reconnaissance de son talent exprimé dans une œuvre aux multiples facettes. 

Les "Murales" de Geronimo Rodriguez

La nature, le travail, les gens de tous les jours

Geronimo dessine, peint, fait des collages, soude des pièces de métal de récupération : des morceaux de moto, des bonbonnes de gaz, par exemple,  avec lesquels il a composé le violoniste ou le buveur de maté. Il est surtout un grand « muraliste ».
 
Ses thèmes favoris sont de trois ordres : 
 
La nature, et tout particulièrement les paysages de Misiones, sa province, aux chemins rouges de latérite, aux oiseaux riches de couleurs, ou la forêt tropicale avec ses arbres immenses et ses plantes luxuriantes, les champs de maté, le fleuve Parana…
 
Le travail des hommes, ceux qui construisent les routes goudronnées, ceux  de la radio, ceux qui rapportent les balles de feuilles de maté… 
 
Les personnes qu'il aime, sa famille, les grandes figures de la province et du pays et plus encore les gens de tous les jours comme ces paysans dont il a partagé la vie difficile mais qui ont toujours su, aussi, danser et jouer de la musique après le travail.
 

Les "Murales" de Geronimo Rodriguez

Faire un « mural »

Entre tout, ce sont les « Murales », les compositions murales, qui frappent le plus dans l'œuvre de Geronimo Rodriguez. Et faire un mural, ce n'est pas rien ! 

Il faut une grande diversité 
D’ingrédients et de talents,
L’expérience du maçon,  
Celle du rechapage des pneus 
Et du travail du bois.
 
Souvent construire un échafaudage 
Puis bâtir un mur 
Ou lisser la surface existante
 
Sept couches d’enduit
Avec du ciment, du sable et de l’eau, 
De la couleur la plus foncée
À la couleur la plus claire
 
Des thématiques
Propres à  ce pays de terre rouge,
De « colonos », de paysans et d’artisans
De tous les coins du monde
 
Puis gratter selon des profondeurs diverses
Pour retrouver le dessin initial
 
Et souvent intégrer des matériaux,
Pneus, morceaux de camion ou de métal...
 

Geronimo Rodriguez est un travailleur de la matière, il se la coltine comme il s'est coltiné la vie. Tout est dur dans son monde mais il y transmet de la douceur.
 
Marie Bruneau




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​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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26/11/2020

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