Le billet

08/02/2017

Les 13 000 de Saidnaya



Tour à tour affligés, amusés, révoltés, nous dévorons les feuilletons de Trump le bouffon et Fillon le cupide. Quand soudain, mardi, une nouvelle fait exploser le cœur et l'esprit. Un « abattoir humain », dit Amnesty. Quel Picasso viendra révéler pour l'éternité ce Guernica syrien dix fois pire que le massacre franquiste ? Qui peindra les 13 000 pendus de Saidnaya ? Chaque semaine, de 2011 à 2015, des gardiens les ont humiliés, torturés puis tués, méthodiquement, à la nazie. Usine de la mort. Banalité du mal. Nous sommes jeudi maintenant : qui parle encore des 13 000 martyrs de Saidnaya ? L'oubli les recouvre déjà au milieu des 300 000 morts de la guerre syrienne. Seuls les réfugiés peuvent encore nous interpeller mais leurs voix sont couvertes par les chiens de Marine Le Pen qu'on laisse trop facilement aboyer.

Michel Rouger
2017_02_09_les_13_000_de_saidnaya.mp3 2017 02 09 Les 13 000 de Saidnaya.mp3  (1.65 Mo)




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Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
vocal_001_14.mp3 Vocal 001.mp3  (563.39 Ko)


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