Maghreb

16/12/2010

Le défi des instit's du Dadès


Comme en Bretagne jadis, des fils de paysans devenus instituteurs se mobilisent dans la vallée du Dadès, au Maroc, pour améliorer la vie. A l'origine: une correspondance scolaire avec de jeunes rennais...


La ville de Boumalne
La ville de Boumalne
Marie-Thé Aissaoui en parle toujours avec émotion. En 1996, la prof de Segpa rennaise entreprend de motiver ses collégiens en difficulté en lançant une correspondance avec l'école de Souk El K'miss, dans la vallée du Dadès, au Maroc. Le courant passe bien entre les élèves de Saint-Vincent et ceux du Dadès, la relation s'enracine et en mai 1998, le consul du Maroc vient inaugurer une très belle expo en seize panneaux: « "J’ai rarement vu un tel travail, loin des clichés, il faut aller voir les correspondants sur place", a dit le consul, il avait les larmes aux yeux!», raconte aujourd'hui Marie-Thé Aissaoui devant la délégation d'amis marocains de passage à Rennes. 

Marie-Thé Aissaoui
Marie-Thé Aissaoui

Quatre au départ, en mars 2000

Fin du premier acte. Le second a lieu un an plus tard. En mai 1999, vingt-neuf élèves de 4° passent dix journées « fabuleuses » dans les familles de la vallée du Dadès. En octobre suivant, les jeunes marocains viennent à leur tour. Parmi les instituteurs qui les accompagnent, il y a Brahim El Aissaoui:  « Après ce voyage, on s’est dit "il faut faire quelque chose dans la vallée", c’était tout nouveau à l’époque dans la région », dit-il en souriant. Une véritable aventure vient de commencer.  

 Avec trois autres collègues, Ali Moujanne, Ahmed El Amrani et Ahmed El Ghazi, Brahim se lance. Le quatuor, aidés par un militant de la vie associative, crée dès mars 2000 l’Association Dadès M’gouna pour le Développement (ADMD). Promis: les deux vallées du Dadès et de M'gouna vont mieux vivre. «Chez nous,  les gens s'entraident pour l’eau ou les moissons, ils se réunissent pour danser, explique Brahim, mais il n’y a pas de tradition associative organisée.» 

Brahim El Aissaoui
Brahim El Aissaoui

D'abord les plus démunis, les femmes et les enfants

En 2001, voilà les instituteurs en stage pour onze jours à Nantes. « Une première pierre solide, dit Ali Moujanne, on a rencontré par exemple les associations de quartier pour voir comment elles parviennent à calmer les choses, on a découvert le vrai travail associatif. » Au retour, ils passent un partenariat avec l’Association marocaine de solidarité et de développement (AMSD) basée à Rabat. Une opération a lieu pour promouvoir les initiatives locales dans leur région de Souss-Massa-Drâa: leur association fait partie des dix pôles retenus.  

 Quinze personnes s'activent désormais dans l'association, au service des quelque 40 000 habitants des deux vallées. Faire participer la population et travailler pour les plus démunis, les femmes et les enfants, telle est leur double priorité. Éducation, santé et environnement sont les trois domaines privilégiés. Premières réalisations: une crèche et un centre d'activités féminines. Pour cela, l'équipe peut compter sur des partenaires parmi lesquels l’ASDD (Association Solidarité Dadès Développement) de Rennes. 

Ali Moujanne
Ali Moujanne

Avec les prostituées

La priorité allant notamment aux femmes démunies, l'une des grands actions des instituteurs concerne les maisons closes. «La vallée est un lieu de passage, souligne Ali, il y passe beaucoup de chauffeurs de taxi, de camionneurs, la région attire donc les travailleuses du sexe; mais les tabous ne sont pas faciles à casser. » 

L’action a commencé en 2007 et court jusqu’en 2011. Elle s'appuie, comme le préconise le Fonds mondial de lutte contre le sida sur les « pairs éducateurs », en l’occurrence les paires-éducatrices: l’association forme d'abord dix prostituées à la prévention contre le sida et les MST, lesquelles en forment dix  autres, etc.  

 Ce n’est pas facile. Dans l’association elle-même, les femmes sont rares : « Dans les vallées, il y a peu de femmes ayant fait des études; les enseignantes viennent d’autres régions et partent au bout de deux ans. »  Ali, Brahim et leurs amis vont donc eux-mêmes à la rencontre des patronnes des maisons closes. Ils travaillent aussi avec les clubs santé des lycées. 

L’action dépasse de loin la distribution de préservatifs. « On a ciblé des lieux comme les souks, on a fait de l’IEC (information éducation communication) sous la tente; étape par étape, on a pu aller de plus en plus loin pour que les femmes défendent leurs droits, notamment sur le préservatif », poursuit Ali avec passion.   

 Le sigle de leur association, l'ADMD, est devenu populaire. Avec elle, des associations féminines se forment au développement (trente associations en 2009); depuis 2003, plus de huit-cents femmes sont passées dans les centres d'alphabétisation avec le soutien de l’association rennaise ASDD; celle-ci permet aussi à des 3-6 ans d'être accueillis en maternelle...  

« Je suis attaché à ma mère, ma terre, ma région »

À côté de ça, il y a le travail sur l'environnement, les déchets, la valorisation des produits locaux, la cohabitation à organiser entre deux produits phares, les rosiers et les oliviers. Mais pourquoi donc, en plus de l'école, donnent-ils tant de temps à leurs vallées ? 

 Brahim : «On ne cherche pas la notoriété. L'association est apolitique et laïque. En fait, j’ai quitté la famille jeune pour mes études secondaires à Ouarzazate et c’est là que j’ai appris à comprendre la vie. On découvre nos valeurs en vivant avec l’autre. Et puis, si je suis instituteur, je gère aussi des petites parcelles avec mon frère. »

 Ali : « C’est une habitude à la campagne : on sent que les gens ont besoin de nous. Je suis issu d’une famille pauvre. J’ai le devoir de faire quelque chose pour les gens avec mes compétences, mon expérience. »

 Mohamed: « Je suis attaché à ma mère, ma terre, ma région. Celle-ci est isolée, loin du pouvoir, on se sent un peu responsable. » 

 Michel ROUGER.
Photos Christophe LEMOINE.





1.Posté par khmis dades le 25/12/2015 12:09
el aissaoui + moujjane= association DMD ,personne d autre n a pas le droit de parler

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​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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26/11/2020

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