La coopérative "Toutenvélo" a créé un réseau de transport en "communs"

Reportage : Jean-Yves Dagnet


23/06/2020

Si vous habitez Caen, Grenoble, Dijon, Marseille, Rouen ou Rennes, vous les avez certainement croisés dans les rues tirant avec leurs vélos des remorques chargées de colis, d’électroménager ou de lourdes armoires… C’est "Toutenvélo", une coopérative de transport et de déménagement née à Rennes en 2012, pionnière d'un développement basé sur les "communs".




toutenvelo.mp3 Toutenvélo.mp3  (3 Mo)


Jérôme Ravard
Jérôme Ravard

Une idée folle venue du Quebec

Jérôme Ravard est la tête et les jambe du projet. Titulaire d’un master en sciences politiques et développement durable, il travaille d’abord comme coursier à vélo avec le statut d’auto-entrepreneur. En 2009, il décide de faire un stage au Québec chez Myette à Montréal, une entreprise de déménagement. Là-bas, tous les baux se terminant en juin, les déménagements se font sur une période très courte, il faut être rapide et efficace dans une ville encombrée par les voitures. Depuis près de vingt ans, l’entreprise Myette a résolu le problème en mettant au point des remorques tractées à la force des mollets.

Jérôme rentre en France avec deux remorques capables de transporter 300 kg. Son projet : monter une entreprise sur le mode "coursier à vélo" en  remplaçant les sacs à dos par les remorques conçues pour transporter des colis et  des objet encombrants, des canapés ou des armoires. Il crée d’abord "Travert courses" (Transport Rennais Alternatif Vert) qui deviendra "Toutenvélo ".

Il est rejoint en 2015 par Olivier Girault. C’est ce dernier que nous avons rencontré. Très jeune, il est tombé dans la marmite de l’écologie. Petit il était jardinier, adolescent il était forestier et adulte il travaille dans plusieurs structures dont Enercoop Bretagne et une association de producteurs bio avant de rejoindre "Toutenvélo". D’emblée, il tient à se présenter comme salarié de l’entreprise co-gérant associé.

Une entreprise oui mais une scop, une Société Coopérative et Participative

Pourquoi une Scop ?
« Parce que nous adhérons à des valeurs dans lesquelles se reconnaissent beaucoup de jeunes aujourd’hui, des valeurs éthiques, environnementales et de solidarité. » 
Si le choix du transport de marchandises à vélo n’est pas un hasard - « Il faut proposer des solutions qui permettent de se passer de  la voiture en ville » -  le choix du  statut non plus :
« Dans une scop, les  salariés partagent leur savoir-faire, ils ont les mêmes pouvoirs sur les décisions dans une entreprise qui leur appartient collectivement, les bénéfices restent dans l’entreprise, ils servent à pérenniser l’emploi et le projet, pas à  à rémunérer des actionnaires. »

Olivier Girault
Olivier Girault

Une traction écologique et des remorques recyclables

A Rennes, aujourd’hui, la scop  "Toutenvélo" compte neuf salariés. Son marché s’est développé autour du déménagement.
« C’est ce qui surprend le plus, voir dans les rues des vélos tirer des remorques chargées de meubles ou de gros électroménage… Ça plaît aux télévisions mais ce n’est pas notre activité principale. »
L’essentiel du transport aujourd’hui, ce sont les colis.
« Le dernier kilomètre,  est celui qui coûte le plus cher aux entreprises de livraison classiques : en ville une voiture roule en moyenne à 15 km/h et un camion encore moins vite. Le vélo avec la remorque roule à la même vitesse et passe partout. En plus il ne pollue pas et cela nous permet d’avoir notre dose de sport quotidien. »
Il est vrai qu’au début, les vélos étaient des vélos de sportifs conçus pour la montagne avec un système de dérailleur permettant de redémarrer progressivement dans les côtes. Aujourd’hui ils sont à assistance électrique, «c’est moins crevant mais ça reste sportif. » 

Une  autre spécialité de l’entreprise est devenue une activité à part entière : la remorque.
« Elle est non seulement costaude pour transporter des charges lourdes et  encombrantes, adaptée et sécurisée pour être tractée par un vélo mais en plus tous les matériaux qui la composent sont recyclables sauf les pneus. »
Un savoir-faire que l’entreprise a développé dans ses propres ateliers. Elle en fabrique une centaine par an pour ses besoins et pour la vente. 

La coopérative "Toutenvélo"  a créé un réseau de transport en "communs"

La freechise  : "Faire commun en développant des réseaux"

Si le concept "Toutenvélo" a été inventé à Rennes, il se développe dans plusieurs villes françaises comme Caen, Grenoble, Marseille, Dijon… et là encore sur un modèle atypique en cohérence avec l’esprit coopératif de départ. « Nous ne proposons pas des franchises mais des freechises. » La freechise est un système sans droit d’entrée ni redevance, "Toutenvélo" aide les groupes qui souhaitent se monter en partageant ses savoir-faire et ses  connaissances.
« Nous leur demandons seulement  de s’organiser en scop comme nous, avec le même nom et le même logo et ensuite nous agissons comme des facilitateurs de manière à développer des réseaux autour de Sociétés Coopératives et Participatives  autonomes, nous préférons le partage de connaissance autour de projets de territoires au Top down de l’économie classique. » 
La seule chose qu’ils vendent ce sont les remorques, « des remorques anti obsolescences et bon marché ». Une logique économique qui n’a pas manqué de surprendre  leur comptable. Le succès aidant, ils souhaitent pousser la logique encore plus loin.

Une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) nationale

Toutes les scop "Toutenvélo" sont des projets territoriaux autonomes, elle se financent via l’activité transport, sauf Rennes qui se finance aussi via la construction de remorques et le conseil logistique. L’objectif de la SCIC va être  de "faire commun" c’est-à-dire partager un projet collectif national.
« Nous allons mutualiser certaines activités, notamment l’activité construction de remorques, le conseil, l’activité comptable, les services juridiques dont toutes les scop territoriales vont bénéficier. »
Ce projet s’inscrit dans une perspective de développement partagé et solidaire de l’activité transport à  vélo dont la crise liée au confinement a souligné la pertinence. "Toutenvélo" a été impacté comme tout le monde mais de manière moins dramatique car l’arrêt des déménagements, par exemple, a été compensée par le développement de nouveaux partenariats notamment dans la distribution alimentaire de proximité.
« L’effet rebond est non seulement énorme mais surtout vertueux. Les vieilles croyances tombent, les citoyens veulent des villes plus agréables et moins polluées. La crise a eu un effet indéniable sur le développement de la pratique du vélo et nous sommes convaincus que les zones à faibles émissions (ZFE) qui encouragent la circulation des véhicules les plus propres vont se développer. »
 Et qui dit vélo dit aussi transport des marchandises à vélo dans d’autres villes !
 
Jean-Yves Dagnet





1.Posté par FOUILLET CLEMENT le 28/10/2020 11:09
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