26/04/2021

Falmarès, le "réfugié poétique" guinéen, est passé tout près d'une expulsion !

Texte : Alain Jaunault


Vendredi 22 Avril, une alerte sur les réseaux sociaux lancée par Armel et Joëlle Mandart, des Editions Mandarines, a attiré notre attention : le jeune poète guinéen Falmarès menacé d'expulsion par la préfecture de Nantes ! " J'ai honte, écrit Armel Mandart, cette histoire se passe en France, dans l'Ouest, à Nantes, en 2021 ! D'un côté, un adolescent talentueux qui a su allier intelligence et sens pratique. De l'autre, un pouvoir administratif aveugle, irrespectueux de la condition humaine ! " La mobilisation a payé : le jeune réfugié poétique ne sera pas expulsé.


A 14 ans il fuit son pays

Falmarès, le "réfugié poétique" guinéen, est passé tout près d'une expulsion !
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Et de conter l'histoire ordinaire d'un jeune adolescent Guinéen qui s'est retrouvé seul en France en 2018 et a pu bénéficier, heureusement et jusqu'à sa majorité, des mesures de prise en charge des mineurs étrangers isolés sous la responsabilité de l'ASE (aide sociale à l'enfance).
"Il était une fois, raconte Armel, un petit garçon, né en 2001 en Guinée. A 14 ans et demi, à la mort de sa maman, il quitte son pays. Il traverse le Mali, travaille en Algérie, subit mille misères en Libye et finit par franchir la Méditerranée sur un rafiot improbable. Il arrive à Catane, est envoyé au nord de l'Italie. Comme il ne parle pas italien mais français, il arrive à Paris. Le parcours finalement ordinaire de milliers de jeunes africains qui fuient la misère et les guerres et portent rivé au corps l'espoir d'une belle vie

Un boulimique de lecture

Les services de l'Etat ont rapidement dirigé vers Nantes Mohamed Bangoura - c'est son nom d'état civil - avec un groupe de Guinéens échoués comme lui à Paris. Il vit trois mois dans une famille d'accueil avant d'être envoyé au Bono près de Vannes où il sera hébergé dans un hôtel transformé en centre d'accueil d'urgence.
" Tout de suite, il fréquente assidument les médiathèques et bibliothèques publiques. Il lit un maximum et se met à écrire, pour se soulager dit-il, rapporte Armel ".
Un jour, à la médiathèque de Vannes, il rencontre Michel Lhostis poète reconnu et éditeur de "Mots à mots" une revue littéraire nantaise. Celui s'étonne  de la boulimie de lecture de Mohamed et plus encore de ce qu'il écrit. "C'est de la poésie !" 
"Mohamed découvre qu'il est poète sans le savoir et cela va changer sa vie. Sans pour autant le faire dévier de son objectif : il veut se former à la logistique car, il le sait, ce métier peut lui offrir de réelles opportunités de travail, donc d'intégration en France."
 
Mis en confiance par Michel Lhostis qui édite deux de ses poèmes dans la revue "Mots à mots" , Mohamed continue d'écrire et aussi de lire ses poèmes en public. Il prend goût à la performance et rencontre un franc succès, notamment auprès d'un auditoire de jeunes de son âge, dans les écoles ou dans des associations environnementales où il s'engage pour des opérations de nettoyage de plages. Il y croise un jour Erwann, petit fils d'Armel et Joëlle Mandart. La rencontre avec le couple d'éditeur morbihannais, le jour de fête de la musique de 2018, au Bono va être déterminante pour structurer son œuvre poétique.
" Le public est subjugué par le talent d'écriture et de diction de ce jeune homme noir, se souvient Armel, et beaucoup viennent nous voir : "Vous êtes éditeur, pourquoi ne pas le publier Nous sommes conquis et promettons mais il va falloir passer par la case ASE (Aide sociale à l'enfance) dont l'éducatrice prendra trois mois avant d'autoriser le contrat d'édition avec le jeune mineur.

Falmarès, le "réfugié poétique" guinéen, est passé tout près d'une expulsion !

Falmarès garde la tête sur les épaules malgré le succès médiatique

En octobre 2018 sort le premier volume de "Soulagement", le poète "Falmares" est né et il sera très vite reconnu.
" Falmarès, (palmares avec un F...) est invité dans des lycées. Il rencontre des littéraires subjugués par la langue et la force de ce jeune homme noir."
Le JDD fait un bel article sur lui, le Canard Enchaîné aussi. Toutes les chaînes de télé veulent le recevoir sur leurs plateaux. Ses mots lui ont déjà valu d'être parrainé par Joseph Ponthus (récemment décédé). Une association franco-suisse le nomme : "Ambassadeur de la Paix".
 
Les éditions Mandarines éditent rapidement un second tome de "Soulagement". Mais la préfecture du Morbihan s'inquiète de cette médiatisation et demande aux éditeurs de tout arrêter.
 
Mohamed désormais est majeur et ne bénéficie plus de la protection réservée aux mineurs étrangers. On le contraint de quitter le lycée où il est en première générale pour suivre un bac pro logistique en alternance. Il est employé sous contrat à la compagnie des tramways de Nantes.  Mohamed - Falmares est très heureux de cette réorientation correspondant à sa volonté de pouvoir travailler et progresser professionnellement pour garantir son autonomie.
Son succès littéraire et médiatique ne lui monte pas du tout à la tête, souligne Joëlle, ce garçon est très équilibré et réaliste."
Les Editions Mandarines projettent dans deux ou trois mois la publication d'un troisième recueil d'une veine différente : Les lettres Griotiques.
Et Falmares a mis en chantier une anthologie des poètes guinéens qui fera découvrir des textes d'une quarantaine d'auteurs. Mais, précise l'éditrice, il nous faut d'abord régler la question des droits d'auteurs."

Une forte mobilisation contre la décision du préfet de Nantes

La semaine dernière, tout semble s'effondrer : cette lettre de la préfecture de Nantes sommant Mohamed Bangoura, citoyen guinéen séjournant illégalement en France, de quitter lui même le territoire, sinon il sera expulsé. Comme vont l'être le groupe des Guinéens de Nantes accusés d'avoir menti sur leur date de naissance ! Pourquoi l'Etat lance-t-il soudain cette action ciblée  ? Et pourquoi, pour Mohamed, quatre ans après son arrivée alors que la République a soutenu et financé sa formation et qu'il s'est particulièrement bien inséré ? Une chose semble sûre, le préfet de Nantes n'a pas agi spécifiquement contre Mohamed Bangoura alias Falmares qui n'a pas été rencontré par ses services et dont il ignorait semble-t-il la notoriété !
 
A l'heure où nous écrivons, la préfecture de Nantes vient d'annoncer qu'elle a révisé sa position : Mohamed Bangoura obtient un sursis de 6 mois pour avoir le temps d'obtenir de l'ambassade de Guinée à Paris la preuve de l'authenticité de ses papiers. C'est un premier résultat de la mobilisation éclair sur les réseaux sociaux où tourne une pétition, portée par un comité de soutien,  des personnalités politiques dont Mathieu Orphelin, député de Nantes. L'écrivain Sorj Chalandon a interrogé directement le Préfet. Il y a une semaine il avait fait la connaissance de Falmarès lors d'une visio-conférence réunissant les jeunes membres d'un des jurys littéraires du "festival Etonnants Voyageurs" de Saint-Malo.

On peut davantage espérer aujourd'hui que Falmarès  pourra poursuivre, en France, son étonnant parcours de "réfugié poétique" . Mais quel sort sera réservé aux autres Guinéens de Nantes, concernés par ces mesures d'expulsion mais ne bénéficiant pas de la protection médiatique de leur compatriote ?

Témoignage de Armel et Joëlle Mandart recueilli et rédigé par Alain Jaunault

Nous avions, en décembre 2011, tiré le portrait de Joëlle et Armel MANDART, les mandarines du Pays d'Auray.


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Le billet de la semaine

​Bolloré en Indochine


Frappé en ce moment par la fuite de journalistes craignant de subir à leur tour, avec l’intrusion du Groupe Bolloré, la dérive droitière de Cnews, le journal L’Express va pouvoir au moins, dans un premier temps, conter les belles histoires du dit Groupe. La dernière se passe au Cambodge. Par amour du caoutchouc, le groupe  français accapare en 2008 des terres ancestrales de l’ethnie Bunong et y plante des hévéas. En 2015, des paysans se rebellent. Suivent divers épisodes. Le dernier a eu lieu le 2 juillet devant le tribunal de Nanterre et a été marqué par une belle victoire du droit français : celui de Bolloré contre les paysans cambodgiens incapables, ces indigènes, de fournir des droits de propriétés en bonne et due forme. Pour prix de leur toupet, ils devront payer en outre une indemnité de procédure au planteur français. L’avocat des Bunongs a aussitôt fait appel. Suspense. Le prochain épisode de Bolloré en Indochine sera à suivre, dans L’Express bien sûr. 

Michel Rouger
20210708_bollore_en_indochine.mp3 20210708 Bolloré en Indochine.mp3  (1.17 Mo)


08/07/2021

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