Le billet

20/02/2014

État d'urgence



Ils s'appelaient Bouna et Zyed, avaient 15 ans et 17 ans, vivaient à Clichy-sous-Bois, et il y eut le feu cet hiver-là en France. En revenant du foot, ils avaient aperçu la police et pris la fuite, ensuite croisé la mort, cachée dans un transformateur. Électrocutés. Martyrs. Les émeutes éclatèrent dans les cités. La France de l'hiver 2005-2006 affronta une révolte populaire. État d'urgence, deux mois durant, dans vingt-cinq départements. On promit alors d'éteindre enfin les braises. On cassa d'abord. Simple de casser. Des immeubles de Clichy et Montfermeil tombèrent en poussière. Quatre ans plus tard, on installa la police. Simple de soupçonner, arrêter, condamner. Huit ans après, les copains de Bouna et Zyed restaient assignés à résidence, chômeurs souvent. Lundi dernier, Pôle Emploi est enfin arrivé. Le tramway devrait suivre, dans trois ans au mieux : l'urgence des États pour les habitants des ghettos.
 
Michel Rouger
 



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Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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