23/04/2021

Des professionnelles de la santé s'immergent dans un quartier populaire

Texte : Clotilde Chéron


Elles sont quatre, médecins généralistes : Charlotte le Vacon, Elinore Lapadu-Hargues, Claire Terra et Ana Gonzalo. Autour de Fanny Guillon, coordonnatrice de projet, avec Nabiha Guerbaa à l'accueil et Enit Tsela médiatrice, elles viennent d’ouvrir un Centre de santé communautaire dans le quartier populaire du Blosne à Rennes.


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Fanny Guillon, la coordinatrice de ce Centre de santé communautaire, chargée de mission solidarité santé à la ville de Rennes, explique :
« Je voulais travailler autrement, être plus proche du terrain. C’est toute la philosophie d’un centre de santé communautaire (CSC). On part des besoins de la population du quartier pour créer les conditions d’un mieux-être global prenant en compte les déterminants sociaux de la santé (le logement, l’emploi, la culture …), pour monter l’offre de soins et d’activités collectives.

J’avais rencontré Elinore, Charlotte, Claire et Ana, lors de réunions professionnelles ou d’engagements associatifs et nous nous sommes découvert un même intérêt pour les CSC. Nous nous sommes rapprochées de la Ville qui avait lancé dès 2018 une concertation sur le Blosne. Le quartier compte 17 000 habitants et l’offre de soins apparaissait de plus en plus insuffisante, avec le départ en retraite de médecins libéraux et le départ programmé de l’hôpital Sud, très fréquenté par la population pour les premiers secours pédiatriques et gynécologiques. » 

Des professionnelles de la santé s'immergent dans un quartier populaire

Lier la santé et les questions sociales

Chez Charlotte le Vacon, cet engagement s’inscrit dans la logique de son expérience professionnelle.
« Chaque projet est unique selon le quartier et les initiateurs du projet mais tous viennent du travail social et veulent aller plus loin dans la prise en charge des personnes. Après mes études, je suis partie en stage dans un CSC à Toulouse et j’ai découvert une autre façon de travailler qui m’a beaucoup plu, notamment grâce aux échanges entre médecins et à une approche commune du lien existant entre santé et questions sociales. C’est un modèle déjà présent à Marseille, Toulouse, en Seine-Saint-Denis et plus fréquemment au Canada et en Belgique.

A Rennes, mes activités professionnelles et associatives, en particulier au Planning familial, m’ont permis de rencontrer mes collègues médecins puis Fanny. Notre idée d’implantation d’un CSC a été bien reçue par les divers intervenants, la Ville, L’ARS, le CHU et nous nous sommes lancées. » 

Un projet bien accueilli

Nous avons constitué notre équipe dès 2019. Tout au long de 2020, nous avons rencontré les professionnels du quartier et les habitants pour réaliser un travail en commun. Nous avons été très présentes au centre social, sur le marché, nous avons participé à différentes activités comme la fête de quartier organisée par la Maison des squares (maison de quartier), organisé des promenades dans le quartier, un atelier de socio-coiffure, …avec l’idée de s’insérer dans le quartier sans concurrencer l’existant. Le projet a été bien accueilli, une fois que qu’on a expliqué le concept. » 
Le financement est une des questions clés du montage : la Ville, la métropole et le département, la CPAM et l’ARS ont apporté leur soutien à l’association porteuse du projet, ce qui a permis de débloquer des fonds auprès de France Active Bretagne (au titre de l’ESS).
« Grâce à ces aides, reprend Fanny, nous avons monté un plan de financement pour accueillir une médiatrice en santé, deux accueillants, une seconde coordinatrice, donc financer les postes qui ne génèrent pas d’acte mais peuvent bénéficier des financements sur projet pour les quartiers Politique de la ville. »

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Une médiatrice, Enit

Enit Tsela est médiatrice en santé. Arrivée à Saint Malo depuis trois ans, Enit a participé pendant cinq ans à un programme d’intervention sociale avec l’université d’Athènes. 
« Ce projet conjoint de l’Union européenne et du ministère grec de l’éducation m’a amenée à travailler auprès de la minorité musulmane, pour faciliter le parcours scolaire des enfants et la mixité culturelle. Je suis ensuite partie à Londres pour suivre un master portant sur l’éducation et les droits de l’homme. Avec la crise migratoire de 2015, j’ai rejoint des ONG, Médecins Sans Frontières et « Save the children » sur les îles de Samos et Lesbos, pour des actions de prévention en santé mentale. »
En France, Enit a travaillé avec l’ARASS (Association pour la Réalisation d'Actions Sociales Spécialisée), toujours dans le domaine de la protection de l’enfance. « J’ai vu l’offre du CSC qui recherchait une médiatrice pour faciliter les parcours de soins et j’ai voulu rejoindre une équipe motivée pour un projet innovant. » 

Au CSC, Enit vient vers le visiteur pour créer un échange - elle parle français, anglais, grec et albanais ! - expliquer le fonctionnement de la structure et proposer une solution pour débroussailler des situations complexes. Elle anime aussi une permanence le lundi au centre social et elle met actuellement en place un comité des usagers. « A terme, j’irai voir chez elles les personnes les plus éloignées du système de santé. »

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​Un sourire dans la voix de Nabiha

Nabiha Guerbaa, c’est un sourire qui s’entend dans la voix. Celle qui rassure quand on décroche le téléphone, celle qui vous accueille quand on pousse la porte du CSC. Chargée de l’accueil et de la gestion administrative, Nabiha a été séduite par le projet :
« Le projet met en valeur l’humain, même dans l’administratif. Je connaissais le quartier, la grande diversité de sa population, la précarité qui en frappe une partie. J’ai voulu aller au-delà de la demande, créer du lien. »
Forte de son expérience comme coordinatrice de projet dans une maison de quartier puis dans divers postes à la Ville ou à la mairie de Cesson, elle définit le rôle qui lui revient.
« Il faut aller plus loin dans l’accueil, comprendre que derrière une simple demande de renseignement, peut se cacher une question que je peux résoudre car je connais les rouages de l’administration. Par exemple, un monsieur est venu demander un rendez-vous, j’ai pu lui ré-expliquer les démarches pour renouveler la carte d’identité qu’il avait perdue. J’aime aussi la priorité donnée au collectif et l’autonomie dont je dispose dans mon travail. On échange beaucoup et en même temps, on se fait confiance, chacune travaille comme elle l’entend. »

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Une forte demande de lien social

L’équipe actuelle va bientôt se renforcer avec l’arrivée d’un infirmier, chargé de l’éducation thérapeutique, d’une sage-femme, d’un orthophoniste, ainsi que d’une nouvelle accueillante. Un accord a été trouvé avec un psychologue et un médecin et des liens ont été établis avec le centre Louis Guilloux en cas de besoins d’interprétariat. Le programme d’actions collectives se met en place. « Alimentation, santé féminine, santé mentale, ce sont les trois priorités du CSC, suivies du diabète, de l’obésité, des addictions. Le centre va aussi organiser une filière courte pour la prise de rendez-vous avec le CHU pour l’ophtalmologie et la cardiologie.
« Nous avons surtout constaté une demande forte de lien social, reprend Fanny. Nous avons un projet de café accueil de permanence avec un endocrinologue et un dermatologue, un groupe de marche pour les femmes dans le quartier… »
Le centre a seulement quelques semaines et le lien avec la population est déjà bien établi : 
« Les habitants n’hésitent pas à pousser la porte du CSC, même pour simplement poser des questions. C’est bon signe ! » 

Clotilde Chéron

(Photos : Centre de santé communautaire)


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Dimanche soir


Ainsi, avançant l’été d’une journée, le gouvernement nous permet de fêter jusqu’au bout de la nuit le dimanche électoral. A quatre jours du scrutin, cette largesse ne peut que ravigoter les candidats Marcheurs qui ont dû mal à masquer leur gêne devant le mauvais coup porté à la Loi Molac et à diverses volontés populaires. Elle devrait permettre aussi aux présidents, secrétaires et assesseurs des bureaux de vote de célébrer autour d’un pot bien mérité un engagement citoyen qui fait bien défaut à chaque rendez-vous électoral. Car la démocratie, frappée par l'abstention, pourrait bien, elle, ne pas être à la fête dimanche soir. 

Michel Rouger
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17/06/2021

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