13/04/2021

A écouter, des récits de vie pour raconter la grande histoire

Reportage : Clotilde Chéron


L'association rennaise Ars Nomadis réalise des créations sonores dans l'espace public au plus près des habitants. Elle intervient notamment sur le quartier du Blosne à Rennes. Sont nés ainsi "Les Chants du Blosne", réalisés entre 2016 et 2019. Ont suivi depuis et jusqu'en 2021, des récits de vie liant les habitants du Blosne à ceux du quartier Hay Mohammadi à Casablanca.


Enregistrement pour l'opération Casa-Rennes ©ArsNomadis
Enregistrement pour l'opération Casa-Rennes ©ArsNomadis
Vingt portraits sonores : "Les chants du Blosne" 

Réalisés en association avec le Conservatoire de Région de Rennes, les vingt portraits sonores qui constituent  "Les Chants du Blosne" : peuvent être écoutés ici  ou en cliquant sur la photo, également sur son smartphone (application "Les Chants du Blosne") ou encore, pour les habitants du quartier, sur une dizaine de bornes.  Ces portraits  témoignent des questions et des espoirs de ce "quartier-monde" du Blosne  en même temps qu'ils révèlent des trésors cachés, tels les chants restés dans la mémoire de chacun. 

Des récits de vie entre Casablanca et Rennes 

Depuis 2019, des habitants des quartiers Hay Mohammadi à Casablanca et du Blosne à Rennes sont invités à raconter ce qui les attache à leurs deux pays. Ces "petites histoires" personnelles racontent la richesse des relations tissées entre les deux pays et celles possibles, ici, entre voisins. Quelques phrases cueillies dans ces enregistrements : 
"Mon bled, c'est Le Blosne. C'est mon quartier, c'est une partie de moi. L'air qui se respire, une mélodie, un chant, un parfum de repas, ça va me parler ici. Je trouve que c'est une force."

"A l'âge de 8-9 ans, j'étais dans une école publique comme tout le monde au Maroc. Je ne parlais pas français, juste deux ou trois mots..."

"Il y avait des femmes qui filaient la laine. Elles étaient dans la rue, sous les arbres, toujours au même endroit, au bas de l'immeuble d'Aziza.

Entretien avec Antoine Beaufort, directeur artistique
"Révéler les relations qui unissent ces terres étrangères bien que familières"

©ArsNomadis
©ArsNomadis
Quand Hassan, 52 ans, arrivé au Blosne à l’âge de cinq ans, déclare « je suis Marocain et citoyen français », n’exprime-t-il pas là toute la philosophie du projet Casa-Rennes ?

Les liens qui unissent la France et le Maroc sont profonds, anciens, solides, c’est ce qui ressort de ce témoignage et de l’ensemble des portraits que nous réalisons depuis 2019 dans les quartiers Hay Mohammadi à Casablanca et le Blosne à Rennes. C’est aussi le fondement de notre démarche, l’idée d’un projet d’échanges artistiques et culturels entre les deux quartiers. Sur trois années consécutives, de 2019 à 2021, les habitants des deux quartiers sont sollicités pour raconter leurs représentations du Maroc et de la France.

Par le prisme de ces « petites histoires », le projet met en lumière la « grande histoire » des liens entre le Maroc et la France, particulièrement au Blosne, où les Marocains forment la plus grande communauté d’origine étrangère. L’objectif était de révéler les relations qui les unissent, que ce soit au travers de parcours de vies ou bien de représentations associées à ces terres étrangères bien que familières (la connaissance d’un cousin parti là-bas, un aïeul resté au pays, des artistes originaires de ce quartier…), ou encore un imaginaire – parfois fantasmé – associé au quartier, à la ville, voire à cette région du monde.

Ars Nomadis n’en est pas à sa première collaboration avec le Théâtre Nomade ?

Tout a démarré en 2010 au Centre international de Théâtre itinérant (CITI)  quand notre compagnie a rencontré Mohammed El Hassouni, figure reconnue du théâtre de rue au Maroc. Mohammed a fondé le Théâtre Nomade, compagnie intervenant principalement dans les quartiers populaires, à Casablanca mais aussi dans d’autres villes marocaines. Il a ainsi recruté et formé une grande partie de la vingtaine de jeunes comédiens qui composent son équipe.

Nos deux structures ont pour univers commun l’espace public et la mobilité artistique. Depuis dix ans, nous avons ainsi mené plusieurs projets d’échanges. 

Le premier, un projet euro-méditerranéen intitulé « Art de la rue, un espoir pour les jeunes exclus », s’est conclu par la Fête populaire en 2010. Deux ans plus tard, grâce au don d’un bibliobus et de plus de 3 500 ouvrages par la médiathèque du Morbihan, nous avons créé une bibliothèque itinérante et formé des bibliothécaires au Maroc. 

En 2014, nous avons été présents au Festival Les Accroches-Cœurs, à Angers. En 2019, répondant à un appel à projet de l’Institut français au Maroc portant sur la mise en valeur du patrimoine matériel et immatériel, et avec le soutien de différents institutions mécènes (Ambassade de France au Maroc, DRAC Bretagne, Rennes Métropole/Ville de Rennes/Institut Français, Région Bretagne), nous avons signé une convention de coproduction sur trois ans, qui s’exprime dans le projet Casa-Rennes.

Une des forces de ces projets est donc d’associer formation et création culturelle ?

Coproduction franco-marocaine, ce projet est articulé en effet autour d’un programme de formation professionnelle et d’actions artistiques, et de rencontres à Casablanca et à Rennes.
La première année de ce projet a principalement été consacrée à la formation des habitants des deux quartiers à la prise de son, au montage et à la collecte de paroles, de témoignages et de musiques.

En 2020, nous avons reçu l’équipe du Théâtre Nomade qui a pu découvrir le Blosne (certains d’entre eux n’étaient jamais venu en France), et rencontrer plusieurs responsables d’équipements et d’associations locales, comme Ar Maure, ASL, Avenir (Centre Philippe Grenier), Rennes Dadès ou encore les centres sociaux Carrefour 18 et Ty’Blosne. Au total 24 portraits sonores ont été réalisés en 2019 : 13 en France et 11 au Maroc.

2021 va -t-il marquer la conclusion du projet ?

Si la crise sanitaire le permet, la dernière année du projet sera consacrée d’une part à la diffusion du spectacle à Rennes, en Bretagne et en France et d’autre part, à la création d’une installation artistique pérenne dans l’espace public de Casablanca. Deux formations seront organisées au Maroc sur le même principe que les deux années précédentes.

Recueilli par Clotilde Chéron
Casa-Rennes en images

Casa-Rennes © Ars Nomadis_Dec19_2
  • Casa-Rennes © Ars Nomadis_Dec19_2
  • Casa-Rennes © Ars Nomadis_dec19
  • Casa-Rennes © Ars Nomadis_Janv21_2
  • Casa-Rennes © Ars Nomadis_janv21_3
  • Casa-Rennes © Ars Nomadis_juin-juillet 2019 6
©ArsNomadis



1.Posté par Jean Julien L''''Azou le 16/04/2021 09:23
Bonjour,

Notre grand quotidien Ouest-France en a-t-il fait un bel article ?

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Le billet de la semaine

​Bolloré en Indochine


Frappé en ce moment par la fuite de journalistes craignant de subir à leur tour, avec l’intrusion du Groupe Bolloré, la dérive droitière de Cnews, le journal L’Express va pouvoir au moins, dans un premier temps, conter les belles histoires du dit Groupe. La dernière se passe au Cambodge. Par amour du caoutchouc, le groupe  français accapare en 2008 des terres ancestrales de l’ethnie Bunong et y plante des hévéas. En 2015, des paysans se rebellent. Suivent divers épisodes. Le dernier a eu lieu le 2 juillet devant le tribunal de Nanterre et a été marqué par une belle victoire du droit français : celui de Bolloré contre les paysans cambodgiens incapables, ces indigènes, de fournir des droits de propriétés en bonne et due forme. Pour prix de leur toupet, ils devront payer en outre une indemnité de procédure au planteur français. L’avocat des Bunongs a aussitôt fait appel. Suspense. Le prochain épisode de Bolloré en Indochine sera à suivre, dans L’Express bien sûr. 

Michel Rouger
20210708_bollore_en_indochine.mp3 20210708 Bolloré en Indochine.mp3  (1.17 Mo)


08/07/2021

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