Voyager

13/10/2011

Mathieu Lamour part vivre autrement


Mathieu, 26 ans, est à la croisée de deux mondes : l'informatique, avec son diplôme d'Ingénieur en Télécommunications et Réseaux, et l'alter-mondialisme par son parcours militant et associatif. Le 10 novembre, il part vers l'Inde en vélo, smartphone en poche.


Le 10 novembre 2011, Mathieu Lamour, quitte ses amis et sa famille pour aller en Inde, en vélo. Sur le chemin, le jeune homme de 26 ans expérimentera la vie en communauté et le travail de la terre, sans rémunération. À la fois lucide et idéaliste, il part à la découverte de solutions pour aider à construire un monde où le progrès serait au service de la Nature. 


Pourquoi partir?

« Pendant plusieurs années, je n'ai jamais été trop d'accord avec tout ça, j'ai essayé de contrebalancer les choses à mon échelle, en écrivant un peu pour des journaux, en militant pas mal, en proposant des choses concrètes comme un projet sur l'internet libre... J'ai donné des cours aussi, sur internet et les internet alternatifs à des étudiants en Licence, donc ça c'était quelque chose de chouette. Je me suis retrouvé à mener une manif' une fois, un peu par surprise, enfin voilà, j'ai fait des choses, il y en a plein d'autres où j'ai essayé de militer ...

Le départ est lié au fait qu'en restant dans ce système, je ne changerai rien. Il faut commencer par soi avant tout. La réalité de ce départ est là. Je commence d'abord par m'exclure de tout ça. Pour moi, c'est une réaction concrète. Essayer de changer les choses en convainquant les gens, ça n'a pas de sens puisque de toutes façons, de quoi je vais leur parler ? Par exemple d'aller vivre comme ci ou comme ça? Je ne sais même pas de quoi je parle ! Donc autant le faire !


Je continuerai à écrire, peut être que des gens viendront me voir ou iront voir des gens qui font des choses similaires, ça permettra d'ouvrir un petit peu les perspectives des autres... Peut-être que c'est une manière de continuer à aider aussi... Bon, c'est un petit peu idéaliste comme manière de voir les choses, mais en tous cas, aujourd'hui, j'ai besoin d'y aller, je ne peux plus rester, ça devient trop dur, c'est aussi pour ça que je pars, je ne peux pas rester plus longtemps. Il fallait que j'y aille. »

Violette Goarant
 


---- Mise à jour : la retraite de Mathieu ----

Six ans plus tard, le mardi 18 avril 2017, Mathieu envoie une lettre de nouvelles, comme à son habitude depuis son départ. Mais cette fois, il s'agit d'un au revoir car Mathieu se retire d'Internet et de la vie au mode occidental.
 
Bonjour,

Avant la fin juillet, je me rendrai au Mexique où j'ai été invité à rejoindre une tribu. Ses membres vivent comme ils ont toujours vécu, loin d'Internet et proches de la nature. J'affirme aujourd'hui le choix de cette nouvelle aventure en vous écrivant afin de vous dire au revoir. Quand il y a 6 ans j'annonçais un voyage vers l'Inde qui m'a mené jusqu'ici, je comprends maintenant que ma route allait vers moi-même. J'écris ce courrier à quelques kilomètres de l'endroit où j'avais enfourché un vélo... Je n'ai jamais cru que j'irai en Inde. C'était une histoire que j'arrivais à présenter plus simplement. Je me satisfaisais de la teneur du message qui pouvait passer par ce biais. Grâce à cette invitation c'est différent car j'ai une adresse bien réelle où aller, les moyens de me déplacer rapidement au Mexique et même un bel ami pour me livrer à bon port !

Cette envie de partir est ancrée dans ma tête depuis toujours. Quand j'étais petit, je regardais vers les étoiles pour qu'on vienne me chercher. Je me demandais sans cesse ce que je faisais dans un endroit aussi absurde alors que tout autour de moi me criait que c'est moi qui en faisais trop. Pourtant, tout le monde semblait d'accord sur les constats.

À bientôt 32 ans je comprends un peu mieux pourquoi on construit des murs. Je crois que ça cache des réalités qui feraient s'écrouler les mensonges que l'on bâtit derrière. À court terme c'est plus facile de maintenir une illusion que de s'en libérer. Mais qu'en est-il de ce terme justement ? Est-il court, moyen ou long ? Peut-être est-ce un calcul qui se tient ? Pour celles et ceux qui sont déjà morts et ont profiter de ce modèle, dans un sens ils ont eu raison. En ce qui me concerne, ce n'est pas une question de raison. Même si ça allait fonctionner encore longtemps, je ne peux pas y croire et j'ai besoin de croire en ce que je vis.

À la fin de l'été 2015, j'étais à deux doigts de sauter le pas. Je n'étais pas encore invité à rejoindre une tribu, mais j'étais tellement lassé que j'envisageais très sérieusement de partir. C'est à ce moment que je me suis plongé dans une nouvelle matrice, celle de la spiritualité. En plus de nouveaux espoirs, elle m'aura offert un chemin pacificateur. Ça valait le coup de rester un peu plus longtemps ! Elle était comme le travail et l'argent, une illusion pour me guider dans mes expériences. Les espoirs auxquels je me suis raccrochés en proviennent et m'ont nourri jusque là. (...) 

Pour qui souhaiteraient obtenir des renseignements sur cette tribu, je crois que c'est à chacun de trouver la sienne. En ce qui me concerne, elle est est arrivée au moment opportun. Je crois que quand on marche vers soi, on finit par se retrouver et j'ai encore à marcher. J'ai un seul conseil à donner : à sa propre manière, prendre le temps de méditer.(...)

Avec amour, Mathieu



Pour aller plus loin

Workaway : l'hospitalité en échange de travail

Revoir le discours du "Dictateur" de Chaplin
 





1.Posté par Carlotz le 23/10/2011 18:19
Bonne route aventurier des temps moderne, enrichis toi encore et encore, nourris toi de cette liberté loin de la société capitaliste!
Et racontes nous aussi!
BiZzZ

2.Posté par Mathieu Lamour le 21/06/2012 23:09
Je viens de voir ce commentaire, oups !

Le voyage est toujours en cours et nous sommes maintenant plusieurs à faire ce type de voyage. Nous sommes tous sur le site http://voyageurs.en-transition.fr/ qui s'est comme nous, bien enrichit depuis le début de nos aventures.

Mathieu L.

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​La vague

Regarder la mer et laisser l'esprit voyager. Surtout ne plus se laisser submerger par la peur. La peur de la « seconde vague » que croient voir arriver au loin, dans la brume, un de ces jours, l'épidémiologiste, le sous-préfet, le journaliste, la cousine dont la nièce travaille à l'hôpital. Regarder la mer. Regarder dans le flot d'abstentions de dimanche la vague verte portée par un courant socialiste que l'on croyait disparu. Regarder la mer et le temps d'un été laisser l'espoir voyager... 

​Michel Rouger

01/07/2020

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