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08/06/2022

A leur "Basse Cour", musique, plantes et ginguette tissent des liens

Reportage : Jean-Yves Dagnet


Le site de la Prévalaye est l’un des poumons verts de la ville de Rennes. 400 ha d’anciennes prairies, de zones boisées, d’étangs… On y trouve aussi les restes d’un château, détruit par les bombardements de 1944. Ses dépendances, réhabilitées, aujourd'hui revivent : Eva Luzano, Nicolas Bon et Maxime Vignon y ont créé ‘La Basse Cour », l’un de ces « tiers-lieux » où se tissent de nouveaux liens sociaux par diverses activités : ici, l’agri, la culture, une guinguette...


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De haut en bas : Eva Luzano, Nicolas Bon et Maxime Vignon
De haut en bas : Eva Luzano, Nicolas Bon et Maxime Vignon

Des parcours de vie très divers

Eva la baroudeuse

Eva est originaire de Madrid. Elle est titulaire d’un master en écologie et pédagogie complété d’une formation en permaculture et plantes médicinales. C’est la baroudeuse de l’équipe, elle a travaillé en Croatie sur la biologie marine, au Canada sur le grizzli et au Brésil dans les favelas où elle a participé à la création d’une ferme en permaculture chargée de produire la nourriture pour une Crèche. Elle est arrivée à Rennes en 2017.
« J’étais à la recherche de projets autour de l’agriculture et de l’alimentation »
Nicolas l’agronome

Nicolas est originaire de Paris, par l’intermédiaire de son grand père ingénieur agricole il s’est très jeune passionné pour l’agriculture et la nature. Il choisit une formation d’ingénieur agronome à l’ESA d’Angers. Il fait des stages en Afrique, Australie puis Hollande, c’est là qu’il s’intéresse au bio et aux circuits courts. Il fait un stage sur ce thème dans un CIVAM (Centre d’Initiative pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) puis travaille six ans à la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) ) en Ille-et-Vilaine.
« Ces expériences professionnelles très riches m’ont permis de découvrir la diversité de l’agriculture et d’avoir une bonne compréhension du milieu agricole. »
Maxime le cuisinier solitaire

Maxime est le local de service, originaire de Bain de Bretagne, il ne se passionne pas pour les études mais… pour la cuisine. Il fait l’école hôtelière et travaille dans de grands restaurants avant d'opter pour des bistrots rennais :
« Les grandes brigades c’est très bien pour apprendre mais pas pour s’exprimer en cuisine. Dans les bistrots, j’ai pu y expérimenter la cuisine solitaire et inventer des recettes. »
Un jour en déplacement à la Prévalaye, Nicolas passe devant l’ancienne métairie du château, une grande maison avec des dépenses mal en point.  Elle est délabrée mais située à proximité de la ville sur un site arboré avec d’un côté, le jardin des mille pas, des terres qu’une association vient de défricher pour y produire des légumes en permaculture et faire de la formation auprès des habitants et des écoles. C’est là qu’Eva a posé ses valises en 2017. De l’autre côté Perma G’Rennes, une exploitation maraichère elle aussi en permaculture. Il se met à rêver : « Il y a un truc à faire avec tout cela. »

A l’époque, Nicolas fréquente l’un des bistrots ou travaille Maxime :
« Il m’a demandé, comment on fait pour ouvrir un restaurant alors que moi je souhaitais quitter la restauration classique pour m’engager dans autre chose de plus personnel avec du sens. »
Ils créent l’association CAP (Collectif agriculturel de la Prévalaye), un groupe informel auquel participent la plupart des acteurs déjà engagés dans des projets à la Prévalaye, parmi eux, le jardin des mille pas ou travaille Eva :
 « L’idée de créer un restaurant à côté des jardins, direct du champ à l’assiette nous a semblée très pertinente. »

Une Société coopérative d’intérêt collectif
Une Société coopérative d’intérêt collectif

Rencontres et opportunités se transforment en projet d'entreprise

Reste à pouvoir disposer des bâtiments qui appartiennent à la ville de Rennes. Une chance, cette dernière souhaite développer l’agriculture péri-urbaine sur ce secteur géographique et envisage de lancer un appel à projet pour le site. Une aubaine pour le collectif qui se réunit depuis plusieurs mois « parfois dans l’enthousiasme, parfois dans la douleur ». Il doit cependant répondre avec un business plan, autrement dit un plan pour lancer une entreprise. « On ne savait pas très bien comment prendre ce gros machin. » Et c’est là qu’Eva entre en scène.
« Traduire un projet en réalité économique ce n’est pas simple, il se trouve que ça me passionne depuis l’enfance, ça vient de mes parents, mon père était avocat et ma mère gérait un théâtre, c’est dans mon parcours. »
L’organisation en SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) est envisagée. 
« C’est une forme d’organisation économique qui permet à plusieurs structures de travailler ensemble tout en gardant leur autonomie » précise Eva. 
Pour consolider le fameux "business plan", une partie de l’équipe, dont Nicolas et Maxime, décide de se faire accompagner par TAG 35, un incubateur d’innovation sociale dont c’est justement la mission. C’est d’autant plus important que Maxime s’interroge : « Je suis un rêveur, je voyage dans les livres et là c’est un gros projet, est-ce que j’y ai ma place ? » Les quelque mois d’accompagnement les rassurent, Ils sont retenus par la ville mais avec la Covid, le projet est freiné : « C’est seulement à la fin 2021 que la guinguette est inaugurée. » Une guinguette ? En réalité, la longue maturation du projet initial a accouché de bien plus...

Un foisonnement d'initiatives
Un foisonnement d'initiatives

Une guinguette intégrée à des initiatives écologiques, sociales et solidaires

Des guinguettes, il en existe plusieurs à Rennes, y compris une autre à la Prévalaye mais, précise Nicolas :
 « Depuis le départ nous sommes intégrés dans un réseau de structures ou d’associations qui travaillent toutes autour de l’agriculture et de l’alimentation, les Mille Pas juste à côté mais aussi l’INRAE (1) qui, en partenariat avec des agriculteurs va ouvrir un site de recherche et de développement des semences anciennes à moins d’un kilomètre. »
Ajoutons la ferme de la Taupinais créée il y a une vingtaine d’année dont l’objectif est d’initier les enfants des écoles à la nature et l’environnement, Perma G’rennes une ferme maraichère en permaculture… C’est tout un écosystème qui prend forme aux portes de Rennes. Et Eva de poursuivre :
« La Basse Cour, c’est à la fois une guinguette, un lieu de formation pour apprendre à cultiver ses légumes avec les formateurs des Mille Pas, apprendre à cuisiner différemment des produits accessibles et locaux avec Maxime, un lieu d’échange lors d’évènements organisés en partenariat avec les autres associations du quartier. »
Si l’on intègre l’ancienne grange qui vient d’être aménagée pour accueillir des séminaires nous sommes effectivement dans une autre dimension.  Pas seulement une guinguette mais ce que l’on qualifie aujourd’hui de tiers-lieu. Nicolas tente de le définir plus simplement :
« Un endroit où des gens de milieux différents qui ne se connaissent pas vont se rencontrer autour d’un verre, à l’occasion d’un concert, à l’issue d’une formation, lors d’un débat, ou d’un séminaire et y découvrir  que la transition sociale et écologique peut se faire dans la bonne humeur. »
Jean-Yves Dagnet

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

La basse-cour est située chemin de Boron à Rennes, elle emploie 10 salariés, 3 à plein temps et 7 saisonniers (impliqués dans le projet et organisés pour les temps morts). La guinguette est ouverte du début avril à la fin octobre. Non loin de la Basse Cour, une des anciennes fermes de la Prévalaye (dont une partie a été longtemps occupée par l’agriculture, maraîchère notamment) a été transformée en écocentre, il y a maintenant une vingtaine d’années.
 
Pour aller plus loin :

Le blog de La Basse Cour
La page Facebook
Les "Tiers-Lieux" en France (site ministériel)
La page Facebook de Perma G'Rennes




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