10/12/2020

Simone de Bollardière : un grand visage de la non-violence



Simone de Bollardière est décédée dimanche 6 décembre. Elle avait 98 ans. Une longue et grande vie de combat pour la non-violence près de son mari, le général de Bollardière, et ensuite. Nous reproduisons l'hommage rendu par le Mouvement pour une Alternative Non-Violente (MAN).
 
"Simone a joué un rôle central dans la vie de son mari, le général Jacques de Bollardière. C’est elle qui lui fit découvrir la non-violence en l’emmenant à une conférence de Jean-Marie Muller, à Lorient en 1970.

Co-fondateur du MAN en 1974, Jacques s’est alors mis à parcourir la France pour des conférences, pour défendre les paysans du Larzac, les renvoyeurs de livret militaire et les objecteurs de conscience, pour protester contre la Bombe et le surarmement. Simone n’était jamais loin, se définissant quant à elle comme « une féministe non-violente et une écologiste depuis toujours. » 

Simone, comme son époux Jacques, avait un tempérament joyeux, soucieux des plus faibles, toujours capable de se mobiliser pour diverses causes, comme la défense des femmes, le soutien au peuple palestinien, contre la fermeture d’une desserte locale de la SNCF ou pour soutenir une liste Les Verts lors d’une campagne électorale. Elle aimait répéter « désobéir est parfois un devoir. »

Devenue veuve en 1986, Simone tenait à promouvoir la non-violence, en aidant le MAN, en soutenant la revue Alternatives Non-Violentes et Non-Violence XXI dont elle était membre. Avec le décès de Simone, c’est une grande dame qui nous quitte. "


Sur la vidéo : Simone de Bollardière, 95 ans, dans une interview sur TEDx intulée "Désobéir est parfois un devoir".

 
voix_001_simone_de_bollardiere.m4a Voix 001 Simone de bollardiere.m4a  (5.88 Mo)


L'hommage du documentariste et ami Emmanuel Audrain

Lors de la cérémonie du 9 décembre, Emmanuel Audrain, réalisateur du film "Retour en Algérie ", a apporté ce témoignage en hommage à Simone de Bollardière. Extraits. 
 
« Simone, je te rencontre en 2006, à l’occasion d’une projection du film d’André Gazut, "Jacques de Bollardière et la torture." Tu sembles fatiguée mais dès que le micro t’est tendu, tu revis. Une question difficile : "Madame quel est le livre qui a inspiré votre mari ? (Silence, la salle est tout écoute) –  Eh bien, c’est un petit livre, vieux de 2 000 ans, Les Evangiles. Il y est écrit : "Tu ne feras pas aux autres, ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit. Chaque homme est unique et sacré." (Applaudissements).
 
Simone, c’est la vivacité de ta parole – la joie qu’elle me procure - qui me convainc que j’ai (peut-être) un film à faire avec toi. Je t’accompagne, je filme tes prises de parole publiques. Ce désir de film deviendra six ans plus tard le film "Retour en Algérie". Les projections en salles de cinéma sont nombreuses. Quand elles sont proches de Guidel, tu m’y accompagnes. Le sujet est grave (la Guerre d’Algérie, les Appelés…) mais parfois nous sommes éblouis par une parole qui se libère, un visage qui s’apaise.
 
Je prends l’habitude d’aller te voir au Vieux Talhouët. La dernière visite, il y a une dizaine jours. Souvent, au retour, je griffonne sur des feuilles volantes, certains de tes propos.
(...)
À la fin de la deuxième guerre mondiale, Jacques de Bollardière est le militaire le plus décoré de la France Libre. Il vient de t’épouser. Il veut quitter l’armée mais "ses hommes", ses parachutistes, envoyés en Indochine, lui demandent de les accompagner. Ce qu’il fait. Simone, je sais combien la découverte de cette guerre coloniale t’a bouleversée. Les blessés que tu vas visiter, les enterrements à la chaine où tu es souvent, seule. Mais aussi, la population avec qui tu es en sympathie.

 
Le 27 janvier 2018 (toujours mes notes griffonnées), tu reviens sur ce moment fondateur où en Indochine, les yeux dans les yeux, tu dis à l’homme de ta vie : "Jacques, qu’est-ce que nous faisons ici ? L’Indochine, ce n’est pas la France." Jacques s’est mis en colère mais il t’a entendu.
(...)
Le 22 janvier 2018, je note : "Pendant 7 ans, j’ai été bénévole à SOS Amitié (l’écoute, la nuit, des personnes suicidaires). Parfois, on se fait insulter… Mais ce n’est pas à "nous" que cela s’adresse. Ce rôle d’écoutante m’a beaucoup appris. J’y passais la nuit. Et au matin, j’apportais une brassée de croissants pour le petit déjeuner familial, avec mes filles. »
(...)
Simone, en 2004 dans ton journal quotidien, tu découvres un petit article sur Les Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre, ces quatre éleveurs de brebis d’Albi qui choisissent de reverser leurs retraites du combattant à des associations en Algérie. Tu leur écris aussitôt :  "Bravo, c’est magnifique, mon mari serait fier de vous ! " Six mois plus tard, tu assistes à leur première Assemblée Générale. Ils sont 17. À un moment, tu ressens cette chape de silence qui pèse sur leurs épaules. Tu leur dis : "Vous savez ce n’est pas dangereux de parler. Et puis, ce n’est pas vous les coupables !" (Cette libération par la parole est au cœur du film "Retour en Algérie".)
 
Ce matin, j’ai reçu ce courriel d’un cultivateur de Vendée :
Il y a 14 ans, quand j’ai parlé à Simone, j’étais culpabilisé et ému. C’est elle qui nous a remonté le moral. "N’ayez pas peur de parler, ce n’est pas vous les responsables. Vous étiez des enfants. Vous êtes tombés dans un chaudron maléfique, vous ne pouviez plus dire Non. Mon mari qui avait 50 ans, qui était général, dénonça la torture en Algérie et fut mis aux arrêts."
 
Ce cultivateur poursuit : lors d’une projection avec des jeunes, je me souviens de la mise en garde de Simone : "Méfiez-vous de l’obéissance. L’obéissance, ce n’est pas une vertu.  N’hésitez pas à dire Non, quand les ordres donnés sont contraires à votre conscience." Merci Simone. »



1.Posté par Michel Berthelemy le 10/12/2020 21:21
Simone était aussi marraine et présidente d’honneur de la 4acg depuis son origine en 2004, suivant de très près nos activités et notre objectif, qu’elle comparait toujours avec ceux de son mari Jacques. Elle était aussi une amie, une compagne. Elle nous manquera.

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La Justice a enfin tranché. Les laboratoires Servier sont condamnés. Pour la mort de 1 500 à 2 000 personnes empoisonnées par le Mediator et pour les souffrances infligées à des milliers d’autres, ils devront verser quelques heures de leur chiffre d’affaires. Quant aux dirigeants, cadres ou experts accusés, ils sont repartis libres avec leurs gardes du corps dans leurs voitures aux vitres teintées. Plus clément que la procureure, le tribunal leur a épargné la prison ferme. Dans la France du XXIe siècle, les juges, qui envoient le petit peuple à tour de bras dans des prisons indignes, restent pétrifiés à l’idée d’enfermer un puissant dans une cellule aménagée. Inébranlable justice de classe. Un vrai poison dans une société déjà peu confiante envers ses institutions. Pour rattraper l’iniquité, reste plus qu’à décider d’un plan médiator transformant la prison ferme en prison avec sursis pour les milliers de détenus non condamnés pour homicides involontaires. 

Michel Rouger
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