Citoyenneté / Libertés

C’est ainsi que jeudi dernier Malou s’est endormie


20/03/2014

C'est l'histoire de toute une vie. Elle vient de s'achever. L'une de ses filles, lectrice fidèle d'Histoires Ordinaires, nous a adressé le texte familial d'au-revoir. Il raconte une vie dure et belle, simple et réussie. Un hommage aux femmes en ce mois de mars.




Malou est née à Etagnac, un petit village aux portes du Limousin. Fille de métayer, elle partait garder les vaches dès l’âge de 8 ans accompagnée de son petit frère, une grosse responsabilité car les vaches appartenaient au propriétaire. Elle allait à pied à l’école, avec ses sabots et vendait des pêches sur le marché.

Ouvrière à 14 ans, elle découvre la JOC 
 
À l’âge de 10 ans, son père décède, laissant son épouse Jeanne veuve avec cinq enfants. L’aîné, trop jeune, ne peut prendre les rênes de la ferme et le châtelain expulse la famille. Grand-mère Jeanne part pour la ville, elle trouve un petit boulot comme buandière à l’hôpital de Breuty. Quand Malou a 14 ans, sa mère lui dit : « Je ne peux pas te garder à ne rien faire à la maison, il va falloir trouver un travail ma petite fille. » Alors, Malou trouve un poste d’ouvrière à la cartonnerie Le Nil de Saint-Cybard. La route est longue sur la bicyclette depuis La Couronne. 

La guerre éclate, elle n’a que 16 ans et la misère s’installe pour les ouvriers. C’est alors qu’elle découvre la JOCF dont la devise est « VOIR JUGER AGIR »Le 4 avril 1944, elle rencontre Denis, lui aussi à la JOC. En février 45, ils se marient lors d’un mariage jociste célébré par l’évêque d’Angoulême. La robe sera cousue par les copines et le costume prêté par un ami.

Tuberculose : trois ans en sanatorium
 
La JOC a donné au couple l’esprit du partage et du combat. Le 30 octobre, leur premier enfant naît. Trois mois plus tard, la maladie frappe Malou, la tuberculose la sépare de Denis et du bébé. Elle part à l'hôpital sanatorium de Jurançon où Denis ira la voir le plus souvent possible. Condamnée par les médecins, elle rentre à Angoulême au bout de trois ans. Elle est sauvée grâce à la découverte de la pénicilline, elle s’en sort avec un poumon atrophié.
 
Elle aura ensuite cinq enfants. Mère de famille accomplie, pendant que Denis travaille pour gagner le salaire du ménage, elle gère le budget en cherchant toutes les astuces pour économiser : cuisine, couture pour les vêtements, tricots…

Le logement : un squat puis enfin une maison 
 
En 1956, Denis est embauché à l’hôpital de Girac. Bonne Maman héberge la famille à Saint-Angeau. L’hiver est si rigoureux que Malou fait courir ses enfants autour de la table pour se réchauffer après le repas. Aidée par l'association « Les Sans logis », la famille squatte une maison rue saint-Ausone puis entre dans le mouvement où elle découvre les prêtres de la Mission de France.
 
En 1958, c’est la joie pour tous, l’acquisition d’une maison, encore un engagement, avec la création d’une Baticoop. Les astuces de Malou continuent : elle crée un groupement d’achat pour les familles, pour le chauffage au fuel et l’acquisition d’une machine à tricoter en commun. Cette machine a fait des pulls et des gilets pour la marmaille de la cité.
Malou s’engage aussi dans le mouvement pour le planning familial au côté du Dr Ferrand. Elle devient conseillère auprès des femmes chaque mardi après-midi et donne de l’information dans les lycées.

Conseillère municipale

La maison est ouverte à tous : il y a toujours une place à table pour le copain de passage. Un tableau permet d’organiser les repas, ce qui amuse les amis qui ne manquent pas d’inscrire « Je ne mangerai pas là ce soir », pour faire rager Malou qu’ils ont surnommée Piou Piou à cause de sa voix.
 
Plus tard, lorsque la fratrie a pris son envol, elle s’engage dans la vie municipale, elle fera un mandat de conseillère aux affaires sociales. S’appuyant sur son expérience, on lui confie la petite enfance et les personnes âgées.

Enfin, voilà l’âge de la retraite. Denis a 60 ans, une nouvelle vie commence. Les petits-enfants arrivent de plus en plus nombreux, il y en aura treize, viendront ensuite huit arrière petits-enfants.
 
Ils vendent la maison pour acheter le petit moulin à Orignole. Suivront quinze années de bonheur à la campagne dans une grande bâtisse qui sent bon le feu de bois, les confitures, les champignons, la cochonnaille et où retentissent, les cris des petits enfants.

Une retraite heureuse
 
Vacances inoubliables : au jardin le matin, au bord de la rivière, l’après-midi à faire la sieste en laissant tremper les cannes à pêche. Les parties de cartes succèdent aux courses de vélo et aux grimpettes dans le Catalpa. Malou et Denis sont heureux…
 
Avec l’âge qui s’avance, l’isolement du moulin leur fait un peu peur aussi décident-ils le retour près de leurs enfants. C’est à Fléac qu’ils s’installent, la vie de quartier reprend : club des marcheurs, peinture sur soie et sur porcelaine, patchwork et toujours l’amitié avec les voisins qui les soutiennent.
 
Il y a quelques mois un premier malaise, puis l’autonomie devient difficile. Les filles mettent en place une aide à domicile. La bougie s’affaiblit doucement.
 
Dernière demeure à la maison de retraite de Dirac où elle entre tout de suite en relation avec les résidents et raconte les anecdotes de sa vie. Denis, les enfants et le personnel si aimable et si compétent la soutiennent jusqu’au bout.
 
C’est ainsi, que jeudi dernier notre petite mère s’est endormie…

Les intertitres sont de la rédaction d'Histoires Ordinaires
 




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Le billet de la semaine

​Hécatombes

La pollution auxiliaire numéro 1 de la mort. Près de neuf millions de victimes par an, selon une étude publiée mardi, dont 800 000 en Europe et 67 000 en France. Qu'ont bien pu faire ces dernières décennies les géants de la pétro-agro-bio-chimie et de l'automobile pour réduire cette pollution, cette hécatombe ? Rien. Ils continuent de cracher leurs particules à la même cadence qu'ils abreuvent de dividendes leurs actionnaires  et font bosser leurs salariés dont les cancers et les burn-out s'ajoutent à leur bilan. Les catastrophes liées au dérèglement climatique - qui, dès maintenant, tuent, blessent et déplacent des millions de personnes – ne les émeuvent pas davantage. Pas plus que Boeing n'a été ému par les 189 morts d'un premier crash de 737 Max en octobre. Il a fallu 157 nouvelles victimes dimanche, à Addis Abeba, pour que la firme soit acculée et que son action dévisse : au siècle du tout capitalisme, les chiffres de ses victimes devraient voisiner aux infos avec les cours du Dow Jones ou du CAC 40. 

Michel Rouger

14/03/2019

Nono