Inter-générations

20/11/2019

« C'est un plus dans la vie d'être parrainé »

Reportage : Marie-Anne Divet


L’automne s’est installé dans le jardin. Autour de la table de la salle à manger, la filleule, Océane, une souriante jeune femme de 23 ans, Johann et Delphine Morin, ses parrain et marraine. Ils ont accepté de partager avec nos lecteurs et lectrices leur histoire de parrainage. Dans la pièce voisine, Gabriel, l’aîné de 11 ans et sa sœur Callista, 7 ans, lisent sur le canapé pendant que Marek, le petit dernier de 2 ans et demi dévore déjà des yeux la pomme qu’il va bientôt croquer.



De dr. à g. Océane, ses parrains Johann et Delphine Morin, et Nelly Tanvers, de France Parrainages 35
De dr. à g. Océane, ses parrains Johann et Delphine Morin, et Nelly Tanvers, de France Parrainages 35
Dix ans déjà que Nelly Tanvert, la permanente, a invité Océane, Delphine et Yohan à se rencontrer dans les locaux de l’association France Parrainages 35. Alors qu'approche la fête-anniversaire samedi 23 novembre à Piré-sur-Seiche (voir ci-dessous), ils se souviennent.
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« C'est un plus dans la vie d'être parrainé »
Océane : Ma maman vivait seule avec moi. Je n’ai pas de frères et sœurs et pas beaucoup de famille. Bien sûr, on faisait des activités ensemble mais elle avait envie d’un « plus » pour moi. Elle tenait beaucoup à ce que je découvre ce que c’était que de partager du temps avec des gens. Elle aussi avait envie de se retrouver avec ses ami.e.s ou seule. Quand elle m’a parlé de parrainage, je ne savais pas trop ce que c’était. Je n’avais que 13 ans.

Delphine : Et moi 25 ans, avec en tête, l’envie d’aller vers les autres. L’humain, cela me passionne. Cela me trottait dans la tête depuis longtemps : à l’époque, j’avais vu une émission sur l’accueil des enfants opérés du cœur. J’avais envie de prendre place quelque part là-dedans. En avril 2009, j’ai appris dans le service social où je travaillais qu’une association de parrainage de proximité s’ouvrait à Rennes, cela a tout de suite été une évidence : je devais en faire partie. On s’est lancé avec Johann.

Johann : Delphine m’a convaincu. Je connaissais le parrainage à l’international parce que mes parents y participaient. J’ai aimé cette idée de consacrer du temps.

Océane : Moi, j’avais envie d’avoir des parrain/marraine avec un enfant ! Surtout en bas âge… j’avais envie de m’en occuper. J’ai écrit une lettre pour dire qui j’étais et l’attente que j’avais… pas avec l’idée de dire «  je veux ça, ça... » mais avec ce que j’avais envie de faire avec vous. 

« C'est un plus dans la vie d'être parrainé »

« On lui fera profiter de notre maison, de notre jardin... »

Delphine : Nous, quand a poussé la porte de l’association, après avoir rencontré Nelly, on s’est mis à rêver d’un futur avec un enfant parrainé : « On lui fera profiter de notre maison, de notre jardin...pour peu qu’il vive en appartement. Il profitera de la campagne ! ». On travaillait en collège tous les deux. Alors pour nous, l’enfant imaginé n’était pas un ado mais un petit qui créerait des liens avec notre bébé d’un an. Alors, Nelly a parlé de toi : « On a rencontré une jeune fille de 13 ans. Elle aimerait avoir des parrain/marraine avec des enfants en bas âge, avec une maison et un jardin pour faire du jardinage. Elle aime l’informatique et les jeux vidéos. » Plus elle te décrivait, plus Johann et moi on se regardait, plus cela devenait une évidence : tu étais notre filleule. On s’est écrit et on t’a envoyé une vidéo et les photos de ce qu’on aimait faire.

Johann : Je me rappelle de ta lettre, il y avait une petite photo collée. Quand cela a été confirmé, on a trouvé les activités qu’on ferait avec toi sans savoir  jusqu’où iraient les liens. 

Delphine : Et sans savoir que cela durerait 10 ans !

Johann : Mais on savait qu’on s’engageait dans la durée.

Delphine : Et qu’on allait t’accompagner jusqu’à ce que tu aies envie et besoin de nous. Quand tu auras trente ou quarante ans, on sera toujours là ! Tu as partagé notre vie. Nelly nous avait bien expliqué. Il fallait vivre l’ordinaire et pas proposer de l’exceptionnel. Ce n’était pas parce que tu étais là qu’on sortait ou au contraire, qu’on n’allait pas sortir. On n’a rien changé à notre quotidien. 

Johann : Tu as fait les travaux de la maison avec nous, du jardinage…
 

« C'est un plus dans la vie d'être parrainé »

« On a vu que tu étais heureuse d’être là »

Océane : Beaucoup de jardinage, mais aussi du kayak, le voyage à Paris… Je ne me rappelle plus très bien de notre première rencontre. Je suis assez réservée, mais quand on a commencé les activités ensemble, je me suis lâchée un petit peu. J’ai découvert la famille, surtout Gabriel. J’étais vraiment dedans.

Delphine : La première rencontre, tu étais comme cela ( Delphine se recroqueville, tête baissée ). Quand on te parlait, tu répondais par oui ou non, sans plus. C’était ta maman qui causait. Ce n’était pas une angoisse mais j’avais peur que ta mère nous trouve trop jeunes pour s’occuper d’une pré-ado. Elle te confiait à nous qui n’avions que 25 et 29 ans. J’étais préoccupée par le fait de la rassurer et toi, tu étais coincée. Après cette rencontre, avec Johann, on s’est dit « Il va falloir entrer en contact pour pouvoir la faire parler, sinon, cela va être dur ». Quinze jours après, tu es venue à la maison, avec ta maman pour découvrir où on habitait. Après le goûter, on est allé se promener au bord du canal. Quand on t’a vue courir avec Gabriel, c’était parti ! Tu n’étais pas accrochée à ta maman. Il y avait un petit espace pour notre future relation, une expression qui n’était pas par la parole mais on a vu que tu étais heureuse d’être là.

Johann : Je ne souviens aussi que cela avait eu un côté un peu officiel avec la médiation de Nelly, lors de la rencontre avec ta maman. On avait posé le cadre du parrainage avec une convention qui donnait les règles. 

Delphine : Cela montre que ce n’est pas juste une rencontre fortuite qu’on peut lâcher si on n’en a pas envie. C’est un engagement. Au début, on avait un calendrier, tu te rappelles, il y avait dessus une photo de Michael Jackson. On y fixait les week-end, un tous les quinze jours. Cela a duré trois mois et puis après cela roulait tout seul. 

« Ah mais c’est trop bien. Moi aussi je veux être parrainé ! »

Océane : Au collège, j’en ai parlé à mes amis les plus proches. Ils ont trouvé cela bien. Il y a aussi des gens, pas forcément mal intentionnés mais qui disent des mots qui ne sont pas sympa… On laisse passer.

Delphine : On connaît maintenant tes ami.e.s. Il y en a même un qui a fait la démarche.

Océane : C’est le fils d’une amie de maman. On a amené le sujet un jour. Son fils a le même âge que moi. 

Delphine : Au début il ne voulait pas. C’est à un de tes goûters d’anniversaire qu’il a vu qui étaient les parrain/marraine. Je me rappelle, il a dit : « Ah mais c’est trop bien. Moi aussi je veux être parrainé ! »

Johann : Nos amis aussi ont été compréhensifs. Ils savaient qui on était. Mes parents avaient un peu d’expérience. Ils ont trouvé cela normal.

Delphine : Ce qui me vient à l’esprit, c’est qu’à chaque fois qu’on a une nouvelle idée, nos parents aujourd’hui ne s’étonnent plus. A l’époque, ils disaient plutôt : « Ah vous allez vous charger ! Prenez du temps pour vous ! Vous avez besoin d’être en famille avec vos enfants... » Rapidement, ils ont compris qu’elle était l’intérêt pour toi d’être avec nous, ils ont vite trouvé cela génial. C’est arrivé alors que tu n’étais pas avec nous, les ami.e.s, nous invitant à une fête, nous demandaient de t’y inviter aussi. 

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« J’ai mon BAFA comme toi, Johann »

Océane : Ils demandent toujours de mes nouvelles alors que maintenant je mène ma vie. J’ai mes projets. Je travaille comme préparatrice en pharmacie. J’ai toujours voulu faire cela.

Delphine : Pas tout à fait. Il me semble qu’au début tu voulais être kiné puis puéricultrice…

Océane :  Oui mais toujours en lien avec les gens. J’ai même voulu faire de l’animation. J’ai mon BAFA comme toi, Johann. C’était pour moi comme un soutien de savoir que tu l’avais. Je comptais sur vous. Quand on a un petit coup de mou et qu’on n’a pas envie d’en parler au parent parce qu’on aime bien avoir son petit jardin secret, je vous demandais si je pouvais en discuter avec vous. C’était important pour moi car vous aviez un avis extérieur qui m’apportait un autre point de vue.

Delphine : Voilà pourquoi je suis contente d’avoir fait ce chemin avec toi, de tes 13 ans à tes 23 ans aujourd’hui. On a traversé beaucoup de choses ensemble : la construction de ton projet professionnel, tes premiers amours, les premières déceptions amoureuses… Je me rappelle de ce jeune à Paris dont tu avais eu le contact par internet. Ta maman ne voulait pas que tu le rencontres. Tu m’avais demandé mon avis. Il était hors question que j’aille à l’encontre du désir de ta maman. Je t’avais demandé quels étaient ses arguments et j’ai essayé de te faire comprendre ses bonnes raisons. On a suivi ton parcours de formation, en te donnant les petits coups de pouce quand on pouvait. Toutes tes questions m’ont renvoyé à moi. Je me suis souvent demandée comment te transmettre mon expérience à partir des choix que j’avais fait.

« C'est un plus dans la vie d'être parrainé »

« Quand je serai maman, j’aimerais faire des choses comme vous »

Johann: C’est vrai qu’on a beaucoup échangé tous les deux sur notre chemin à nous pour tenter de t’expliquer ce qu’il était intéressant de faire ou… ne pas faire.

Delphine : Typiquement c’est ce qui s’est passé dans le choix d’une formation professionnelle en alternance, ce que nous avons fait tous les deux mais qui est souvent mal vu. On a pu t’expliquer comment cela mettait un pied dans le monde du travail et t’encourager, non pas à suivre notre voie mais à explorer cette voie possible. On en a discuté avec ta maman quand elle venait te chercher. 

Océane : On lui racontait ce qu’on avait fait pendant le week-end. 

Delphine : Cela a été très fort aussi de se sentir en complémentarité avec ta maman. Tu vivais seule avec elle dans un appartement. Nous on vivait en couple dans une maison avec un jardin. On cuisine beaucoup, elle, non… Cela t’ouvre des choix, des possibles comme dit Nelly.  

Océane : Les petits aussi. Quand je vous vois en tant que parents avec vos enfants, je me dis que quand je serai maman, j’aimerais faire des choses comme vous. 

Delphine : Je me rappelle que tu posais beaucoup de questions sur Gabriel : « Pourquoi il pleure ? Pourquoi vous faites cela avec lui ? » je trouvais cela super ton positionnement : tu regardais beaucoup, tu posais des questions pour comprendre, c’était génial. Tu as assisté à l’arrivée des deux autres enfants. Tu les as vus grandir. Tu fais partie de leur vie.

Johann : Quand Gabriel était bébé, même si j’étais motivé, il a fallu que je lutte contre mon instinct d’exclusivité. Je voulais m’occuper de mon fils et j’ai eu du mal à t’accorder du temps. Je me recroquevillais dans ma petite cellule familiale, avec la peur d’ouvrir la relation. Avec toi, je ne savais pas trouvé ma place. Je ne savais pas si je devais être très sérieux… je ne le suis pas toujours ! 

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« Cela m’a bien aidé pour ce travail d’accompagnement des jeunes que je fais aujourd’hui »

Delphine : Et les jeux vidéos jusqu’à 6 heures du matin, ce n’état pas du lien, cela ? Tu avais une compagne de jeux !

Johann : C’était amusant de pouvoir partager cela aussi ! A l’époque, j’étais un jeune papa inexpérimenté. 

Delphine : Je me rappelle au début, tu étais un peu frileux, tu avais du mal à te dire « Il va falloir tout partager .Elle va manger notre pain, à notre table. » Océane prenait des douches et des bains pendant une heure… Cela te faisait drôle

Johann : N’empêche que je me suis dit : cela ne sert à rien de se mettre des barrières, de compter les gâteaux que tu mangeais… de toute façon on allait manger toute la boîte… Finalement on s’en fiche, ce n’est pas cela l’essentiel. Je pense que j’avais un peu peur des responsabilités que cela pouvait entrainer, d’être un modèle correct. Cela m’a aidé à mûrir en sortant de mon rôle de père pour être un peu comme le grand frère. Cela m’a bien aidé pour ce travail d’accompagnement des jeunes que je fais aujourd’hui. 

Delphine : On a eu la joie de rencontrer ton compagnon. Je suis contente d’avoir partager ces étapes importantes, d’avoir parler de tes doutes et de t’avoir soutenue. J’ai pu vivre ce que c’est l’engagement dans la durée, engagement que nous poursuivons aujourd’hui sous d’autres formes dans les associations là où nous vivons.

Océane : Pour moi, c’est un PLUS pour ta vie d’être parrainé.e. J’ai envie de dire à tous les gens : si un enfant a besoin qu’on lui accorde du temps, il faut venir au Parrainage.
 

« C'est un plus dans la vie d'être parrainé »

L’association France Parrainages, par Nelly Tanvert permanente à Rennes

Le parrainage d’Océane a débuté en 2009 et c’était le troisième de l’association qui venait juste de s’ouvrir à Rennes. Depuis, 150 enfants et jeunes ont été parrainés, ils sont 62 actuellement. 

Le parrainage de proximité a été officialisé en juin 1978 par une circulaire de Simone Veil. La ministre de la Santé y définissait le parrainage comme un moyen de développer des liens en dehors de la famille pour aider les enfants à se structurer en s’appuyant sur d’autres adultes que les parents, avec une volonté de co-éducation, afin d’apporter une aide « bénévole, partielle et durable ». 

Créer du lien est le fil conducteur du parrainage, avec la conviction forte qu’un enfant ou un jeune peut aussi se construire sur la rencontre avec un autre adulte que ses parents. De nouveaux chemins s’ouvrent à eux, des chemins différents de leur propre histoire, des chemins à expérimenter. 

C’est aussi la rencontre avec des parents qui ont parfois le « sac à dos remplis de chagrins, de blessures mais aussi d'espoirs ». En venant au Parrainage, ils offrent un super cadeau à leur enfant. Ils trouvent aussi à l’association des temps d’échange et d’entraide avec les parrains et les marraines. Préjugés et prêt-à-penser tombent rapidement. Les uns et les autres, on s’invite à expérimenter de nouveaux rôles, à inventer et prendre un place différente auprès d’un être humain, à être des adultes-parrains/marraines pour des filleul.e.s.

« Je compte pour eux et ils comptent pour moi». Savoir qu’il y a quelqu’un pour qui on a de l’importance, qu’on peut l’appeler, qu’on sera accueilli avec bienveillance, qu’on existe dans ses yeux : c’est puissant et essentiel pour la liberté que cela donne. 

POUR EN SAVOIR PLUS

Le site de France Parrainages  et la page de l'antenne d'Ille-et-Vilaine


 

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Michel Rouger

08/11/2019

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