Vu, Lu, Entendu...

15/01/2020

Après le film, le livre : « Il était une bergère »



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Yves Deloison et Stéphanie Maubé viennent de publier « Il était une bergère » aux éditions du Rouergue (Actes Sud). La démarche de Stéphanie est riche d’enseignement et nous plonge dans une remise en cause, sans concession du monde agricole. Née sur l’île de la Cité à Paris, la jeune de trente ans, qui mène carrière dans l’audiovisuel et le graphisme, décide de se reconvertir après sa rencontre avec un éleveur de moutons du Cotentin. Comme tant d’autres l’ont fait, elle quitte la capitale et se lance dans la production d’agneaux de grande qualité, qu’elle trouve à commercialiser dans une filière haut de gamme auprès de quelques restaurateurs et de bouchers. En 2011, elle s’installe à Saint-Germain-sur-Ay et choisit le mouton avranchin, une race en voie d’extinction. Mais le troupeau de cents bêtes ne suffit pas et elle doit compléter son activité de revenus annexes issus de la production de plantes aromatiques et la création d’une marque collective pour valoriser la laine normande.
 
Un pari sur l’avenir !
Mais comme tant d’autres aussi, Stéphanie se heurte vite aux dures réalités du métier et contraintes économiques. Peut-on vivre d’un élevage à taille humaine ? Que nous dit le métier d’éleveur de notre relation au monde animal ? Quel est l’impact des modes d’attribution des subventions et de la politique des quotas ? Comment résister à l’industrialisation de l’agriculture ? Comment aussi faire évoluer un secteur professionnel, résolument masculin, prisonnier de ses normes, de ses appellations d’origine contrôlée et autres cahiers des charges contraignants et parfois contradictoires ? Alors qu’elle commence à douter, qu’elle exprime sa crainte de voir tout disparaître ce qu’elle a construit, elle accepte la proposition de Delphine Détrie qui souhaite raconter son histoire dans un documentaire (disponible en DVD et VOD). Le film, sorti en salle le 27 février, est un succès. Le pari sur l’avenir qu’affirme Stéphanie suscite beaucoup d’admiration. La trentaine de salles qui le programme affiche complet dès la première séance. Quelque temps après, il est primé aux États-Unis et remporte le prix du Meilleur film international, Hausman Foundation for the Environnment Award for Best International Film dans le cadre du festival du film de l’environnement à Washington.
 
Être un guerrier des temps modernes !
Un journaliste Yves Deloison est séduit par sa démarche et va la suivre pas à pas dans son travail quotidien, relevant ses doutes, ses certitudes, ses questionnements. Le récit est mis en parallèle de réflexions et d’échanges suscités auprès d’éleveurs, agriculteurs et personnalités comme Jocelyne Porcher, spécialiste de la relation de travail avec les animaux, ou Stéphane Travert, ancien ministre de l’Agriculture et député de la Manche. Il ressort un livre résolument optimiste valorisant la parole de cette bergère hors normes qui continue de se battre pour l’avenir d’un métier fragilisé tout en demeurant en accord avec ses valeurs. L’écrit s’achève ainsi : « Stéphanie m’annonce qu’elle vient de finir de rembourser ses annuités d’emprunt : « Rentabilité, qualité de vie et de production, autonomie technique, relation au territoire, respect des saisons, adaptation de la race locale aux enjeux climatiques… Je vais enfin pouvoir apporter la preuve que mes choix agricoles fonctionnent… Le moindre pouvoir gagné ou la plus petite action déployée peut jouer en faveur du modèle que je défends. Je veux faire de l’activisme en faveur des valeurs paysannes, du commerce collaboratif, des jardins partagés, de l’éducation à la bonne bouffe et inciter les citoyens à modifier leurs comportements en matière de consommation. La tâche est rude mais la cause est belle… Aujourd’hui, ceux qui veulent être en cohérence avec leur métier sont forcément dans la lutte. Résister et produire de l’alimentation de qualité, c’est être un guerrier des temps modernes ! »
 
« Il était une bergère » aux éditions du Rouergue (Actes Sud)
de Stéphanie Maubé et Yves Deloison, février 2020, prix 18,80 €, 246 pages.



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​Michel Rouger

01/07/2020

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