Vu, Lu, Entendu...

12/03/2020

30 ans d'amitié interreligieuse à Rennes


Un arbre et une stèle plantés en pleine ville pour ses 10 ans : vingt ans plus tard, ce 8 mars, en présence de membres croyants et agnostiques et d'un élu, l'association s'y est rendue. L'arbre, ginkgo biloba, est le seul qui ait résisté au bombardement d'Hiroshima. A son image l'Amitié entre les religions perdure, surmontant l'adversité et gardant le cap.


Une rencontre sobre autour de symboles au Contour de la motte : un arbre qui n'a pas encore de feuilles et une stèle de granite. (photo : Th B)
Une rencontre sobre autour de symboles au Contour de la motte : un arbre qui n'a pas encore de feuilles et une stèle de granite. (photo : Th B)
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Dimanche matin 8 mars. Quelques gouttes de pluie n'ont pas rebuté une douzaine de représentants bouddhiste, musulman, protestant, catholique et agnostique, ni Hubert Chardonnet adjoint à la maire de Rennes en charge du culte et de la laïcité, pour venir au pied du ginkgo biloba et d'une stèle dédiée, marquer le 30eme anniversaire de 'l’Amitié entre les Religions'. La préfète, le président de Rennes métropole et celui de la communauté juive – qui sera présent à l'étape suivante- étaient excusés, indiquera le président M. Gilles Abd ar-Rahman Gastou.

C'est en 1989, bien avant le début des attentats terroristes, qu'est né ce regroupement atypique, dans les quartiers populaires du sud de Rennes, issu de la volonté d'un médecin bouddhiste, feu le Dr Saur, d'un prêtre catholique le p. Pontais, de feu le père Roberti, orthodoxe, du Dr Lobel de la communauté juive, de Gilbert Beaume pasteur de l'Eglise réformée, et de musulmans dont Yahia Baamara qui explique: « On se côtoyait, on a voulu évoluer vers le dialogue interreligieux. On a entamé un dialogue simple, sérieux, sincère ». 

Des valeurs communes

Proclamée lors du dixième anniversaire devant le Parlement de Bretagne, la charte en expose les objectifs inspirés « des valeurs communes à leurs propres croyances » religieuses, pour promouvoir dans leurs groupes et dans la société, « des actions de justice, de paix et de solidarité », rappelle un de ses piliers, Michelle Beyet. D'où une « participation aux Cercles de silence pour le respect des droits des étrangers, et nos partenariats avec Chemins de rencontre ou les Ribats assalam », entre autres.

Occupé au 350eme anniversaire de la fondation du séminaire breton par un saint normand, Jean Eudes, l'archevêque de Rennes s'exprime par son vicaire général le père Chesnel : « Les quatre objectifs de l'association "combattre l’ignorance, apprendre le respect, promouvoir le dialogue, développer la spiritualité du cœur", sont toujours d’une grande actualité » et souhaitera que « dans un monde où les courants identitaires semblent parfois davantage nous tourner vers la fermeture et l’exclusion, nous avancions sur les chemins de la véritable amitié entre les religions au service d’une société qui grandisse toujours en humanité ».

« la laïcité, c'est la liberté de conscience"

Hubert Chardonnet est « fier d'avoir été en lien avec cette association, dont les grandes religions sont parties prenantes de la charte de la laïcité » promulguée par la Ville en 2016. Le fameux gingko planté en 1999 a été vandalisé deux fois, aussitôt replanté par la Ville. Car « la laïcité n'est pas d'abord une interdiction, c'est fondamentalement la liberté de conscience. »

Conscience, liberté de conscience : c'est ainsi que l'association a accueilli favorablement la demande d'une agnostique souhaitant la rejoindre, et désormais membre de son conseil d'administration au titre des 'spiritualités autres'. « C'est après la déflagration des attentats de 2015 » que suite à un article, Luce remercie ce groupe pour la cérémonie interreligieuse post-attentats, le rencontre puis se joint à eux « pour oser aborder la différence et la creuser. Mais cette démarche suppose d'avoir assez confiance et soi et dans les autres. Cela m'a redonné de l'espoir. A nous de construire cette relation en élargissant les cercles de paix...»

Des rencontres au sommet

Au fil de la journée qui se poursuivra au centre social Carrefour 18 par un repas, un reportage vidéo interreligieux et des échanges, les participants devenus une quarantaine partageront leurs convictions. Pour une bouddhiste , « On peut honorer la foi de l'autre tout en gardant sa propre foi », « l'autre nous dit quelque chose de la rencontre de Dieu », affirme un musulman, et sa femme, convertie, témoigne avoir « découvert ce qu'apporte ce qu'on vit ici, parce qu'on cherche un sens à nos vies ». «

Depuis le concile Vatican II, l'Eglise ne rejette plus ce qui est bon dans les autres religions mais au contraire le reçoit avec joie comme une part de vérité. En témoignent la rencontre d'Assise, ou la rencontre d' Abou Dhabi, où le Pape François et Grand Imam d'Al-Azhar ont signé une déclaration commune en 2019 »
rappelle André Badiche.

Un musulman notera qu'à la différence de l'islam où l'on prie volontiers 99 noms de Dieu, le judaïsme ne nomme pas Dieu : « Du coup, on lui laisse toute la place pour exister ».

Thierry Boussier

Amitié entre les religions: Carrefour 18, 7 rue d’Espagne, 35200 Rennes.
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1.Posté par Hélène de Coligny le 12/03/2020 19:41
Très bel article. Merci pour ce témoignage de respect et d’écoute inter-religieux et au-delà même..... bravo à l’association. Bravo Rennes !

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Regarder la mer et laisser l'esprit voyager. Surtout ne plus se laisser submerger par la peur. La peur de la « seconde vague » que croient voir arriver au loin, dans la brume, un de ces jours, l'épidémiologiste, le sous-préfet, le journaliste, la cousine dont la nièce travaille à l'hôpital. Regarder la mer. Regarder dans le flot d'abstentions de dimanche la vague verte portée par un courant socialiste que l'on croyait disparu. Regarder la mer et le temps d'un été laisser l'espoir voyager... 

​Michel Rouger

01/07/2020

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