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Regard sur Costa-Gavras et son film « Le Capital »


14/11/2012



Regard sur Costa-Gavras et son film « Le Capital »
Morgan Morcel a rencontré le cinéaste Costa-Gavras, invité par son lycée, et vu Le Capital qui sort cette semaine sur les écrans. Il livre son regard sur le film et le cinéaste engagé.

L'autre soir j'allume ma radio, France Inter, c'est Downtown. La voix de l'invité est connue, les propos similaires à ceux déjà entendus. J'attends donc le rappel promotionnel. C'est bien ça. La voix d'un homme qui a toujours défendu ses convictions mais qui refuse cependant le terme de « militant » (sauf si « être militant c'est le respect de mon voisin »). Il se préfère conteur, narrateur d'un monde qu'il traverse répétant plusieurs fois que son « projet cinématographique n'est autre chose que de raconter des histoires ».
 
C'est en tout cas ce qu'il nous avait dit quand nous eûmes la chance de le rencontrer. Costa-Gavras, le réalisateur de Z, d'un Aveu et d'un Amen. Entre autres, car la filmographie est longue de cet homme qui arrive jeune grec à Paris et entame une licence de littérature avant de se rendre compte que ce n'est pas sa voix. Lui qui s'oriente par nature vers la fiction, il veut « écrire » oui, mais « par des images ». Et la page s'écrit.
 
Aujourd'hui sort en salle son dernier film Le Capital. Histoire d'un homme qui veut atteindre les sommets, résistible ascension d'un trader dans le monde de la finance. « L'argent est un outil formidable mais aussi le moyen corrupteur le plus extraordinaire ». Il isole le problème qui l'intéresse, l'exploite, la leçon est là : « À chaque fois qu'on prend un extrémisme, il faut le traiter seul ».
 
« C'est un monde froid » et il faut moins des cinq premières minutes du film pour le comprendre, tout n'est visible que sous l'angle de l'argent. C'est une satire de notre vécu politique et économique et pourtant... Nous ne pouvons nous empêcher de lui demander si la crise qui touche son pays maternel, malgré la déclaration qu'il fit au Nouvel Obs (« Je me fous de ce pays qui ne m'a rien offert »), n'a pas joué un rôle dans le choix du sujet. Pour lui le film est « une métaphore qui doit durer dans le temps », il doit raconter des histoires de notre époque. Il cite alors Les Temps Modernes de Charlie Chaplin comme exemple.
 
Ainsi, « une histoire passée que l'on métapore peut très bien devenir une histoire actuelle ». De plus, l'écriture du scénario est ultérieure à la crise européenne qui n'y entraîna par conséquent que peu de modifications. Nous avons notre réponse. « Il n'y a qu'une phrase sur la crise quand il dit : "Le pire est à venir... " » note Costa Gravas. En effet peu importe la crise, là n'est pas tant le problème.
 
Projecteur surtout sur cette poignée d'hommes aux commandes financières qui peuvent décider de nos vies. « Le peuple n'est qu'un graphique », et il n'apparait qu'une seule fois par l'intermédiaire d'écrans géants. Mais alors où va-t-on ? Costa-Gavras donne son idée : le système ne peut que perdurer « jusqu'à ce que tout pète », comme le souligne Gad Elmaleh les yeux plantés dans les nôtres. Gad Elmaleh, choix à contre-emploi pour le rôle de Marc Tourneuil, « avec un grand risque » admet le réalisateur. Et ça marche.
 
Encore un film dont on ne sort pas indemne pour un cinéaste qui découvrit le cinéma à cette Cinémathèque où l'entrainèrent des amis parce que ça se trouvait à deux pas de la Sorbonne et qui en est maintenant le président. Quand, pour terminer, nous lui faisons remarquer par un trait d'esprit trouvé sur twitter : « Avec tant de films critiques comment cela se fait-il que Costa-Gavras ne soit pas éliminé ? », il répond presque du tac-au-tac : « Quand le film est fait c'est trop tard »...
 
Morgan Morcel
 
 

 
 
 




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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

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