Afrique

24/06/2019

Dans le Kivu meurtri par les guerres, des milliers de paysans solidaires

Auteur : Michel Rouger


Au Kivu, l'un des pays au monde les plus martyrisés par la guerre, des milliers de petits producteurs de café se sont mis en coopératives, vendent un arabica de qualité par le commerce équitable, parviennent ainsi à vivre, se soigner, scolariser leurs enfants, développer leur territoire. Joachim Munganga est l'un des principaux acteurs de cette Economie sociale et solidaire à l'africaine et sans frontières.



2019_07_04_dans_le_kivu_meutri_par_les_guerres_des_milliers_de_paysans_solidaires.wav 2019 07 04 Dans le Kivu meutri par les guerres des milliers de paysans solidaires.wav  (37.39 Mo)


Dans le Kivu meurtri par les guerres, des milliers de paysans solidaires
A 60 ans cette année, Joachim Munganga, le président de la coopérative Sopacdi (plus de 8 000 petits producteurs de café) est l'un de ces hommes et de ces femmes du Kivu qui jamais ne baisseront les bras face aux drames qui s'acharnent sur leur pays. De passage en France à l'invitation d'Artisans du Monde, il revient sur l'origine de cette aventure paysanne qui est en partie la sienne. 
Nous sommes dans la région de Minova, ça fait partie de la province du Sud Kivu mais à 50 km seulement de Goma. Mon père était producteur de café et c'est grâce à cela que j'ai pu partir faire des études d'infirmier.

"Le café du Kivu a fini par disparaître, les producteurs étaient découragés"


Dans le Kivu meurtri par les guerres, des milliers de paysans solidaires
Il y eut en effet une époque, il y a un demi-siècle maintenant, où le café du Kivu était réputé et se vendait correctement :
 Le café est arrivé par les colonisateurs. Après l'indépendance, de 1960 à 1972, au meilleur moment de Mobutu, il allait bien, il se vendait dans la région. Celui qui n'avait pas de caféiers ne trouvait pas sa place dans la société.

Joachim peut s'en aller en ville poursuivre sa scolarité puis faire des études d'infirmier. Durant une dizaine d'années, il est loin des champs. A son retour, il découvre la détresse des siens.
La malaria sévissait.  Les institutions publiques étaient faibles et les gens n'avaient pas les moyens dans les dispensaires privés. A cette période-là, les prix ont chuté à cause de responsables gouvernementaux. Certains avaient pris les entreprises des colons et prétendaient les gérer depuis Kinshasa, la capitale, à 2000 km de là à vol d'oiseau.  Les producteurs ont alors décidé de vendre sur le marché parallèle au Rwanda en traversant le lac Kivu. C'était dangereux. Des bandits attaquaient, bien des pirogues ont chaviré sur le lac, des gens perdaient la vie. Le café du Kivu a fini par disparaître au profit du café du Rwanda et de l'Ouganda. Les producteurs étaient découragés. Les familles ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins et se sont mis à couper les arbres. La déforestation a été catastrophique.

Infirmier, Joachim parcourt les villages, soigne les corps puis les esprits. Il est connu et apprécié, considéré. Il s'interroge : comment les sortir de là ? Un jour, au Rwanda, il rencontre une ONG rwandaise, la COOPAC. Celle-ci l'encourage à créer une coopérative.  Joachim Munganga regroupe quelques petits producteurs du Kivu. Nous sommes en 2002. La Sopacdi vient de naître.

Voir aussi les sites d'Oxfam-Belgique et Lobodis

UN REPORTAGE DE TV5 MONDE SUR LE CAFÉ ÉQUITABLE AU KIVU

13 mn sur la vie quotidienne des producteurs et leurs coopératives, Raek et Sopacdi



Nouveau commentaire :



Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

​Le retraité et le vautour

Retraites, suite : maintenant l'Opération Macron. La mère des batailles, peut-être, tant la réforme est profonde. Dans quel état va-t-on retrouver le système de retraite à la française, l'un de nos biens communs les plus précieux, protégé des crises du système financier par la solidarité intergénérationnelle ? Il faudra observer le courage et les manœuvres de chaque acteur de la bataille. Sur le front notamment de cette inégalité déjà criante et qui s'aggrave : l'espérance de vie en bonne santé. Quelle sera la retraite de tous ceux et celles qui aujourd'hui alternent le chômage et des boulots mal payés, précaires, pénibles, sont victimes de la double peine d'une vie difficile et plus courte ? Sur le front ensuite de la solidarité financière, garante du bien commun. Les fonds géants de la finance, tel BlackRock (à découvrir en ce moment sur Arte), font briller leur retraite par capitalisation près des politiques et des patrons. Les vautours tournent toujours au-dessus des retraités mais surtout au moment des batailles.

Michel Rouger

19/09/2019

Nono












Partenaires