Vie rurale

La ferme auberge de Chauvigné est devenue l'auberge de l'espoir


24/09/2017

Connue pour la qualité de son accueil, de sa cuisine, de ses hébergements, la ferme auberge de Marie-Armelle et Luc Bobon, à Chauvigné, non loin du Mont-Saint-Michel, reçoit aussi des jeunes et des familles en difficultés. C'est la tâche surtout de Luc. Il témoigne à la veille d'une rencontre nationale de trois jours sur l'accueil social à la ferme et en milieu rural organisée par les réseaux CIVAM et Accueil Paysan.




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En attendant d'aller au champ retrouver Poutine, le grand cerf tout aussi dominant, Luc Bobon fait une pause à l'une des tables de la superbe ferme auberge où Marie-Armelle et lui accueillent tous les visages de l'humanité, à 30 km du Mont-Saint-Michel, dans le bourg granitier de Chauvigné. 

Luc Bobon, 53 ans, est un fils de paysan échappé de la ville. Il est né à Marcillé-Raoul, une commune du canton. La terre, ici, est catholique et c'est naturellement que les parents Bobon, engagés à la paroisse comme au syndicat agricole, envoient le jeune Luc en pension chez les Frères des Ecoles Chrétiennes. Il s'y débrouille. Sûr qu'il peut viser le Bac C. Mais, lui, c'est surtout le bois qui l'intéresse. Il va prendre des chemins de traverse, collectionner BEP Bois, CAP d'ébéniste et d'aménagement, diplômes des Beaux Arts et de collaborateur d'architecte, toutes compétences qui le conduisent à 23 ans dans le groupe Yves Rocher.

Ces compétences, il les exerce à concevoir des emballages, des flacons, et surtout du mobilier pour les quelque 1500 magasins dispersés dans le monde. Il convainc la direction de s'approvisionner français, à moins cher, plutôt que d'acheter du tout fait à l'étranger. Le travail est créatif, il a un peu de sens mais cela devient très relatif quand, soudain, un jour de 1996, le père de Marie-Armelle, Henri Rault, lui ouvre d'autres horizons.

Entre les millions d'Yves Rocher, ATD Quart Monde, la ferme auberge...


La ferme auberge de Chauvigné est devenue l'auberge de l'espoir
« Henri emmenait des familles voir leur fils en prison, explique Luc Bobon, il a été repéré par le mouvement ATD Quart Monde et s'est trouvé engagé dans "Une semaine de l'avenir partagé". Cette année-là, il a eu l'idée de construire des tables de camping avec les familles, ça valorisait les pères. Henri m'a dit : "Tu peux me filer un coup de main ?" Ça a été un gros gros choc. Je me suis retrouvé devant des familles de Marcillé qui avaient décroché et venait là pour reprendre pied... »

Le salarié d'Yves Rocher s'interroge. « Je me dis "où est ma place ?" Au bureau, je vois passer des millions d'euros pour des magasins : à ATD, 1 €, ce n'est pas rien... » Il regarde, se forme et se transforme au contact des gens d'ATD. Dès l'année suivante, il anime à son tour une "Semaine de l'avenir partagé", prépare une Université Populaire.

En même temps, il a déjà remis un pied dans le rural qu'il n'a au fond jamais quitté. Dès la création de la ferme auberge en 1992, il a été aux côtés de Marie-Armelle qui s'est lancée dans cette aventure avec son frère Henri pour la partie agricole. L'engagement à ATD accentue peu à peu l'ouverture au social de la ferme auberge de La Maison Neuve. 

En 2001, au moment où Henri cède ses parts à Marie-Armelle et Luc, La Maison Neuve quitte le réseau « Bienvenue à la ferme » pour « Accueil Paysan » où les gens, poursuit Luc Bobon, « portent un projet politique, rural, à forte dimension sociale et pas seulement économique. » 

A 48 ans, le tournant

Rapidement, il en devient administrateur en Ille-et-Vilaine, participe à ce titre au "Conseil Consultatif Economie Sociale et Solidaire" du conseil général : « Je travaillais toujours chez Yves Rocher. Là, je respirais, j'avais envie d'aller plus loin ! » En effet. Le voilà co-président d'Accueil Paysan Bretagne, en même temps responsable de l'animation des Universités Populaires d'ATD Quart Monde sur le Grand Ouest. Entre autres. Un moment, ça devient trop. 

En 2011, il amorce son départ d'Yves Rocher en partant se former un an à la coordination de projets d'animation sociale. En 2012, à 48 ans, rideau sur 25 ans de carrière chez le géant de la cosmétique. Luc Bobon s'engage totalement près de Marie-Armelle à la ferme auberge pour y accueillir des publics fragilisés. Accueil Paysan qui a entrepris cette démarche dès 2006 en Rhône-Alpes est justement en train de mettre en place un label Accueil social tous publics.

Des jeunes de 12, 13, 17 ans

Dans un premier temps, la ferme auberge accueille un adulte dépendant, parfois deux, pour un séjour court, deux ou trois jours à une ou deux semaines. Un accompagnement jour et nuit, variable selon le degré d'autonomie de la personne,  qui impacte donc toute la famille, Luc, Marie-Armelle et leurs quatre enfants. Il faut calmer le jeu : aujourd'hui, ce sont des jeunes qui viennent, à la journée, le soir ils repartent dans leur famille d'accueil ou leur institution.

En ce 14 septembre, la ferme auberge, qui fait respirer aussi des familles pendant les vacances durant quelques jours, s'apprête à retrouver pour deux après-midis par semaine un jeune de 12 ans venus déjà une année. « Au début, il avait du mal à vivre en collectif : il ne faisait que travailler seul, toute la journée ; maintenant il fait du vélo... » Mardi prochain, un ado de 13 ans, va se présenter,il est nouveau, envoyé par l'institution fidèle à la Maison Neuve : « On va se rencontrer, réfléchir, il doit avoir envie de venir et moi sentir ce qu'on peut faire ensemble. » 

« Je lui ai dit : "Viens, on va aller travailler dehors" »

Luc, et avec lui Marie-Armelle et les quatre salariés de la ferme auberge, vont aussi retrouver, le jeudi et le vendredi après-midi, un jeune de 17 ans déjà là l'an dernier. « En arrivant ici, il avait dit "Moi, je veux aller en cuisine", donc, il est allé en cuisine et au service en salle. C'est un gars costaud, qui joue au rugby. En cuisine, le cerveau continuait à chauffer ! Plus ça allait, plus il était insatisfait. Un, jour, je lui ai dit : "Viens, on va aller travailler dehors", j'abattais des petits arbres. Le soir, il m'a dit "Luc, j'ai oublié tous mes problèmes". » 

Cette année, le vendredi, il y aura en même temps le jeune de 12 ans : « On va tenter ça, l'aîné et le jeune... » « Mon boulot, résume Luc l'aubergiste, c'est d'aider à vaincre les peurs, à reprendre confiance, à acquérir de l'autonomie ; dans les bilans, je mets en avant toutes les réussites. Ici, il y a l'espace, la nature, le vivant : tous ces éléments sont des supports. Soigner les biches, monter sur le tracteur-tondeuse : c'est une fierté. Il peut y avoir des imprévus mais c'est ça aussi qui est génial : l'image du jeune bouge soudain. » 

L'espace, la nature, le vivant... : le milieu agricole est un bel endroit pour aller mieux. Depuis toujours. La Maison Neuve vit en quelque sorte un retour aux sources : « Autrefois, les fermes avaient une dimension sociale, accueillaient des individus différents, avaient une fonction d'intégration. » Avec l'évolution de l'agriculture et les nouveaux rapports ville-campagne, les dernières décennies ont simplement élargi le profil des acteurs.

Paysans ou non, acteurs ruraux même combat


Luc Bobon est réellement "paysan" depuis le 1er janvier 2017, depuis qu'il a repris au frère de Marie-Armelle, Henri, ses élevages de cerfs, biches, poulets ainsi que 7 ha. Un nouveau statut pour l'acteur rural, parmi beaucoup d'autres, qu'il était jusque là ? « Le 1er janvier, je n'ai pas soudain changé ! On est dans un milieu rural, on est tous acteurs ruraux dont certains sont agriculteurs. »

Acteur rural, donc. Luc Bobon tient à le rester. C'est même au cœur de ses combats. Il demande que dans les statuts d'Accueil Paysan, les acteurs ruraux soient reconnus à égalité avec les agriculteurs. C'est déjà à peu près le cas en Ille-et-Vilaine. « Demain, souligne-t-il, il n'y aura pas d'agriculteurs à se maintenir sans que les citoyens y participent : sur un territoire, les acteurs ruraux sont un soutien de l'agriculture paysanne. La question c'est : comment ensemble participer à l'aménagement du territoire ? »

Une patiente cuisson

Qu'est-ce qu'un acteur rural ? Pour le militant d'Accueil Paysan, il y a bien sûr les professionnels en lien avec les producteurs locaux, une "économie circulaire" dont la ferme auberge est une bonne illustration : le cerf qui saute dans le prairie de Luc finit volontiers en sauté de cerf dans la casserole de Marie-Armelle. 

Mais Luc Bobon pense aussi à d'autres acteurs : « Comment peut-on intégrer les gens qui ont envie de se mettre en chemin, qui ont le souci d'évoluer ? Accueil Paysan est plutôt là-dedans. Il y a l'idée, par exemple, de créer sur le territoire un label "structure engagée". »

Ce label, on peut le donner tout de suite à la ferme auberge de Chauvigné tant elle est engagée dans un (vrai) développement durable : économique, social, environnemental. Où tous, patrons et salariés de La Maison Neuve, acteurs ruraux du coin, gens de passage jeunes ou vieux, sportifs ou estropiés, brassent patiemment les idées et les énergies. 

Un peu comme lors de la fumante nuit d'automne, quand les bras les plus solides, remuant le long manche en bois dans le chaudron en cuivre, ramaougent pommes et cidre des heures durant avant de partager la pâte de fruit gallo. Rendez-vous à la ferme auberge le 8 décembre pour la prochaine ramaougerie de pommé au son de la bouèze, des chansons, des patati et patata... 

Texte : Michel Rouger      Photos : Marie-Anne Divet
 
TROIS BLOGS POUR ALLER PLUS LOIN
 
La ferme auberge de La Maison Neuve

Le réseau Accueil Paysan

Le réseau CIVAM

A retrouver sur Histoires Ordinaires : 
Patrick accueille dans sa ferme des jeunes « en rupture du monde »
 





1.Posté par Bouju le 30/09/2017 17:13
je viens de lire avec intérêt d'abord puis passion les lignes de Michel Rouger concernant l'accueil à la ferme.
C'est extraordinairement réconfortant, lignes de vie, d’engagement, de partage dans un monde où on se demande si il faut assujettir à l"impôt des yachts, les jets privés et autres amusements de riches.On aimerait connaître les lieux, les gens,les VIVANTS.
Merci

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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono