Citoyenneté / Libertés

Après une longue désillusion, le militant communiste s'étonne: "On est toujours là!"


18/04/2012

Ennuyeuse pour certains, la campagne des présidentielles est jugée passionnante par d'autres. De vieux militants reprennent des couleurs après une longue période de désillusion. C'est le cas de Michel, un Rennais de 57 ans, qui se donne à fond pour le Front de gauche.




Après une longue désillusion, le militant communiste s'étonne: "On est toujours là!"
Le meeting de Mélenchon à la Bastille, on n'est pas prêt de l'oublier. La place était noire de monde, mais rouge des drapeaux qui flottaient au vent. Les rues adjacentes étaient tellement remplies que pas un véhicule n'aurait pu se frayer un passage. On dit que le tribun a écourté volontairement son discours, craignant un mouvement de foule. Venu de Rennes en car avec d'autres militants, Michel Deniel y était. Pour rien au monde, il n'aurait voulu manquer un tel moment. "C'était énorme. On avait prévu 50 000 personnes mais on était au moins le double. Les communistes étaient radieux. Ils se sont dit: mais on est toujours là! On a vécu le meeting qui regonfle et redonne l'espoir." 
 
Communistes, mais oui ils existent encore! Des militants, des vrais, capables d'affronter des épreuves en cascade avant de rebondir. Cadre à la Poste de profession, Michel connaît le Parti communiste depuis qu'il est tout petit. Ses parents étaient eux-mêmes militants et lui ont transmis un idéal qui ne l'a jamais quitté. "Mon père est décédé d'une maladie professionnelle à 35 ans. J'étais alors l'aîné de trois enfants. A 32 ans, ma mère s'est retrouvée seule pour nous élever. Elle faisait des ménages le soir. J'allais la chercher pour qu'elle ne rentre pas seule". La vie n'était pas facile, mais Michel n'a jamais connu la pauvreté. Malgré les tâches familiales, la mère trouvait le temps pour s'engager dans les luttes sociales. 

Mai 1968, le déclic militant

La conscience politique déjà en éveil, Michel connaît son vrai déclic à 13 ans. Nous sommes en 1968, l'année où le monde change, du moins la société française. "C'était la grève au lycée. Mais partout il y avait des piquets de grève. Même les paysans bougeaient." Deux ans plus tard, Michel adhère aux Jeunesses communistes. Encore une marche, et c'est le PCF. "J'étais lycéen quand j'ai signé." La porte du lycée est à peine franchie que Michel décide de rentrer dans la vie active pour gagner ses premiers sous. Il trouve un premier emploi de magasinier-vendeur à Rennes. Puis il reprend ses études et décroche un diplôme de gestion dans un IUT. Dans les années 70, il connaît une période de chômage entre des emplois de comptable et de commercial en assurances. En 1986, il change de statut. Il entre dans la fonction publique après avoir passé avec succès un concours de cadre à la Poste.

Engagé au PCF, Michel est de toutes les batailles électorales. En bon militant, il participe aux réunions de cellule. Il voyage en URSS et à Cuba. "A l'époque, le Parti était organisé dans les entreprises. Il y avait de nombreuses cellules." Sa mémoire est encore intacte sur les grandes joutes nationales, à l'époque où le PCF était le premier parti de gauche. "Les communistes voulaient l'union, mais les socialistes hésitaient. Ils étaient mous, pas vraiment à gauche." En 1969, Jacques Duclos fait 21%. Un bon score, mais cinq ans plus tard, le PCF laisse à François Mitterrand la tâche de conduire seul l'attelage du programme commun. En 1974, c'est Giscard qui passe.

Avec le PS, rupture et désenchantement

Ces années d'union laissent un souvenir amer aux vieux militants. Le PCF avait une vie interne bouillonnante. "C'était comme une grande famille. Il y avait une ambiance fraternelle. Jamais les fêtes n'ont été aussi nombreuses." Mais les relations avec le PS ne cessent de se dégrader. Sur le plan électoral, les choses prennent un mauvais tour. Le PS passe en tête aux législatives de 1978. En 1981, Mitterrand domine Marchais et fait entrer la gauche à l'Elysée. On croit le rêve en train de se réaliser, mais c'est le contraire qui se produit. Les années 80 marquent le début du désenchantement. "Comme la gauche était au gouvernement, beaucoup de gens se sont démobilisés. On ne lutte plus, on ne syndique plus. Ils ont cru que c'était arrivé." La douche froide n'a pas tardé quand le gouvernement met en place la rigueur. Le PCF n'est plus d'accord avec une austérité de gauche. Après le départ des ministres communistes, la rupture est consommée.

De Georges Marchais, on ne garde plus que l'image d'un bateleur d'émissions télé. "Il assurait le spectacle. Mais il s'est décrédibilisé." André Lajoinie a pris le relais en 1988. Puis le parti a fini par se fissurer. Des rénovateurs et autres refondateurs ont émergé. "Dans le parti, ça discutait beaucoup, se souvient Michel. Je n'ai pas toujours été dans la ligne, mais je n'ai jamais douté." En 1995, Robert Hue apporte un style plus ouvert "mais lui aussi s'est décrédibilisé". Michel garde un meilleur souvenir de Marie-Georges Buffet, "une excellente ministre". Mais le vote communiste n'a cessé de s'effondrer, jusqu'au score calamiteux de 2% à la dernière présidentielle.

Le vieux rêve de changer la société

Aujourd'hui, Michel le communiste se sent très à l'aise derrière Mélenchon. "Le Front de gauche existe à l'initiative de Marie-Georges Buffet. Les communistes y sont majoritaires." Depuis Georges Marchais, Michel n'a jamais vu de salles aussi bien remplies. De meeting en meeting, il sent un vent porteur qui lui rappelle les plus belles années de sa vie militante. Enfin il a retrouvé du sens à son combat: "Le PCF revient en première ligne pour proposer une alternative de société."

Alain THOMAS.
La Bastille, le 18 Mars 2012, après le discours de Mélenchon - © Razak
La Bastille, le 18 Mars 2012, après le discours de Mélenchon - © Razak




Nouveau commentaire :







Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

Notre Dame de France

Etouffant le ramdam, le Président a remballé le statut de Première Dame promis à sa mariée lors de sa chevauchée printanière vers le pouvoir. Brigitte (qui n'a d'ailleurs jamais prétendu au rôle d'un Philip d'Edimbourg, le grand consort anglais) va seulement voir sa Maison étoffée, plus de gens, un super standard peut-être. Pour un emploi familial, tapez 1. Un voisin bruyant, tapez 2. Un chat perdu, tapez 3. Etc. Mais pourquoi donc une Première Dame ? En Allemagne, l'époux d'Angela Merkel cultive un anonymat farouche : le rôle, il est vrai, n'est pas fait pour les hommes. Concrètement, la République n'a-t-elle pas ses médiateurs, ses serviteurs ? Pourquoi les Français, pour réveiller une administration parfois ensommeillée, devraient-ils compter sur l'oreiller de la Moitié ? En fait, il y a là, bien sûr, plus qu'un service rendu. Un symbole. Celui d'un peuple de sujets plus que de citoyens.

Michel Rouger

09/08/2017

Nono



Webdoc "Les 11 de Saint Péran"