03/03/2026

Raphaël collecte les trucs qui marchent et nous rapprochent

Texte : Tugdual Ruellan


Depuis quatre ans, la Fédération française des trucs qui marchent collecte des initiatives nées à l’échelle d’un territoire, sous l'impulsion d’un élu. Elles ont fait leurs preuves sur le terrain et peuvent être dupliquées dans un autre territoire. Soixante-dix d’entre elles ont déjà été ainsi repérées, présentées sur un site et dans un livre. Raphaël Ruegger, 25 ans, a participé à la création de cette association originale qui fait la part belle à l’intérêt général et à l’action publique de proximité.


Raphaël Ruegger et Théo Caviezel, un tour de France pour collecter les "trucs qui marchent" (photo FFTM).
Il peut s’agir d’initiatives simples dont on a parfois oublié le bien-fondé. Ou d’actions plus ambitieuses, porteuses de solidarité, de citoyenneté, de bienveillance.  À Quimper, quatre fois par an, ce sont plus de 250 personnes qui participent à chaque thé dansant. « L’initiative, souligne Raphaël, illustre qu’un format simple, peu coûteux et régulier peut devenir un puissant moteur de lien social et de dynamisme communal. » À Plougastel-Daoulas, une alternative joyeuse a vu le jour, le Coreff Book des records, « une manière originale de valoriser les initiatives locales tout en créant du lien. » Pour lutter contre la solitude de certaines personnes âgées, la ville de Plœmeur invite les aînés à la table des enfants un mercredi par mois. A Saint-André-des-Eaux, commune des Côtes-d’Armor de 395 habitants, un hameau dit léger a remplacé un lotissement classique, revitalisant le village tout en offrant un modèle reproductible… Autant de bonnes idées et de pratiques prometteuses... de trucs qui marchent !

Un tour de France à la rencontre des élus municipaux

Raphaël Ruegger est originaire de Neuvy-sur-Barangeon, petite commune de 1200 habitants, située dans le Cher, non loin de Vierzon et de Bourges. Après son bac, qu’il obtient à 16 ans, il quitte son village pour suivre des études, d’abord en classe préparatoire à Tours puis à l’Essec, une école de commerce à Cergy-Pontoise. En 2020, il s’engage dans la vie municipale de Neuvy-sur-Barangeon et devient conseiller alors qu’il n’a que 19 ans.

Tandis que les copains partent à l’étranger poursuivre leurs études, lui souhaite effectuer un tour de France pour rencontrer des élus de petites communes ou de plus grandes villes et mieux comprendre la fonction d’élu. Il est alors en stage à Paris à Evidence, un cabinet de conseil en stratégie et communication, spécialisé dans les projets urbains et immobiliers. Les valeurs des dirigeants lui conviennent, « fondées sur une véritable culture de l’intérêt général et de l’action publique ».

La Fédération française des trucs qui marchent voit le jour

Raphaël Ruegger et Théo Caviezel présentent leur livre et la "Boîte à trucs" (photo FFTM).
L’un des dirigeants du cabinet, Grégoire Bourgeois, lui parle d’un projet qui lui tient à cœur : repérer dans les communes les « trucs qui marchent » pour les faire connaître et éventuellement les reproduire ailleurs. Son désir de tour de France prend sens. De février à août 2022, Raphaël part alors sillonner le pays, en quête de ces initiatives, portées par les communes, qui avaient fait leurs preuves et que l’on pouvait dupliquer dans d’autres territoires français. Il rencontre les élus d’une centaine de communes. Quelques-uns sont repérés avant le départ, d’autres se découvrent au gré du voyage et du bouche-à-oreille.
 
La moisson est fructueuse. Avec Grégoire Bourgeois (Chaville, 92), Christophe Arnoux (Ciboure, 64), Hugues Le Romancer (La Rochelle, 17), Grégoire Silly (Cholet, 49) et Marc Botte (Rennes, 35), ils créent alors en 2022, sous forme associative, la Fédération française des trucs qui marchent (FFTM). Il s’agit de mettre en lumière des initiatives portées par des élus locaux qui ont fait leur preuve sur le territoire et qui méritent d’être dupliquées partout en France, avec cette intention, ajoute Raphaël, « d’être résolument positifs, engagés et non-partisans. »

Révéler l’efficacité de l’action publique locale

Le « truc qui marche » répond à trois critères : il doit être né à l’échelle d’un territoire à l’initiative d’un maire ; il doit avoir fait ses preuves sur le terrain, son efficacité doit être vérifiable ; enfin, il doit pouvoir être dupliqué dans un autre territoire grâce au soutien de l’élu «fondateur» de l’initiative.
Il peut s’agir d’initiatives très simples, pas forcément exceptionnelles, qui sont surtout pleines de bon sens, pouvant être reproduites, au moins dans une commune de la même taille, en matière d’habitat, d’éducation, de solidarité, de mobilité, d’insertion... Il s’agit de révéler l’efficacité de l’action publique locale, montrer que l’exercice de l’engagement municipal n’a rien à voir avec l’exercice politique mis en scène et vu dans les grands médias.

Au-delà des idéologies et des divergences politiques, qui souvent divisent, il s’agit de valoriser des actions qui rassemblent, animées par ces quelque 500.000 maires, adjoints, conseillers municipaux, engagés au quotidien, représentatifs de citoyens qui les ont élus pour gérer les communes et les villes, pour faire face aux problèmes du quotidien et contribuer au bien-être des citoyens. Si ça marche dans une commune, il y a de fortes chances que ça marche ailleurs ! 

70 initiatives et trucs qui marchent déjà collectés

La grande soirée des Trucs qui marchent (photo FFTM).
Pour Raphaël, chaque initiative s’inscrit toujours dans une histoire plus grande. Certaines d’entre elles contribuent, à petite échelle, à lutter contre un problème de société. Il évoque ainsi le magazine municipal « Violences », né à Monfermeil, qui traite de violences faites aux femmes :
À chaque parution, le 8 mars, le nombre de signalements augmente significativement auprès des services sociaux, commissariats et gendarmerie. Cinq communes ont depuis dupliqué l’idée. 

Une dizaine de partenaires, entreprises françaises, mutuelles, assurances, soutiennent financièrement l’aventure, permettant ainsi de financer un poste de chargé de mission pour l’association ainsi que le tour de France et les événements. Raphaël, aujourd’hui consultant au sein du cabinet Evidence, contribue au bon fonctionnement de l’association.
 
Chaque année aussi, est organisée, la veille du salon des maires, une grande soirée au cours de laquelle les élus présentent eux-mêmes les trucs qui marchent. L’an passé, ce sont 1500 personnes qui étaient réunies au cirque d’hiver Bouglione à Paris. Un livre est édité en novembre 2025, co-écrit par Raphaël et Théo Caviezel, aujourd’hui chargé de mission pour l’association, « La Fédération française des trucs qui marchent, le tour de France des idées qui nous rapprochent » (*). L’association a également édité la « boîte à trucs », présentant chaque initiative sous forme d’une fiche pratique permettant la duplication.
 
En quatre ans, 70 initiatives ont ainsi été recueillies, dont la moitié est déjà dupliquée dans d’autres territoires. Elles sont décrites et présentées sur notre site internet, valorisées sur les réseaux sociaux. Depuis, nous sommes sollicités régulièrement par des élus qui nous présentent leurs initiatives ou qui souhaitent des renseignements. 

L’aventure se poursuit et chaque année, on part trois mois sur les routes de France, avec ma Clio ou en train, à la recherche de trucs qui marchent. Le prochain aura lieu de mai à juillet. En février dernier, nous avons présenté la « machine à trucs », un générateur de programmes, piloté par une intelligence artificielle française, permettant à tout élu ou citoyen, d’identifier un truc qui marche dans sa commune. L’appel est lancé aux futurs élus municipaux… 
 
 
Contact
Fédération Française des Trucs qui Marchent

(*) « La Fédération française des trucs qui marchent, le tour de France des idées qui nous rapprochent », Raphaël Ruegger et Théo Caviezel, paru en novembre 2025 chez Buchet-Chastel (prix 22,50 €). 

A Saint-André-des-Eaux (Côtes d'Armor), un hameau dit léger a remplacé un lotissement classique (photo DR).


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