05/05/2022

Ils animent l'interminable combat contre les marées vertes

Reportage : Catherine Verger


Les fameuses algues vertes vomies sur les côtes bretonnes par l'agriculture productiviste reviennent sans fin malgré les luttes des militants et les plans des gouvernants. Dans la baie de Saint-Brieuc, cela fait plus de vingt ans que l'association "Halte aux Marées Vertes" se bat. Mais Annie Le Guilloux, Gilles Monsillon et Alain Plusquellec ne sont pas du genre à faiblir.


De g. à d. : Alain Plusquellec, Annie Le Guilloux, Gilles Monsillon

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« Tout ce qui a été obtenu depuis 20 ans l’a été par la lutte »

« Je fais ma part comme le colibri, pour être en paix avec ma conscience »
Annie Le Guilloux a considéré comme une évidence le fait de s’engager dans ce combat. Ses propres parents vivaient de l’élevage de vaches laitières dans la région de Callac.
 « J’ai vu l’évolution de leur métier. Le machinisme agricole, la suppression du bocage, l’utilisation de pesticides … Pendant des années, j’ai participé à d’autres luttes locales. Le refus d’un projet d’enfouissements de déchets nucléaires en Côtes d’Armor d’un incinérateur de farines animales, l’action contre  la construction d’une centrale à gaz... Le combat contre des algues vertes en baie de Saint-Brieuc relève de la même logique. »
 « Tout ce qui a été obtenu depuis 20 ans l’a été par la lutte », poursuit-elle. Et de citer des victoires marquantes : la reconnaissance de la dangerosité des algues vertes, le lien établi entre leur prolifération et les méthodes de l’agriculture intensive, le plan algues vertes … En faisant remarquer que la région Bretagne n’est pas prête à remettre en cause ses milliers d’élevages bovins, porcins ou avicoles (1) :  « L’ancien vice-président chargé de l’agriculture n’était autre qu’Olivier Alain  éleveur, ancien président de la FDSEA 22 puis de la Chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor. »   

Et maintenant, quel combat pour la retraitée de la fonction publique d’Etat, installée à Saint-Donan, au sud-ouest de Saint- Brieuc ? 
« On serait content si un jour nos plages étaient complètement débarrassées des algues vertes. Mais ce n’est pas pour demain. Il faut continuer le rapport de forces. Nos adversaires, que ce soit le syndicat agricole majoritaire, l’industrie agro-alimentaire ou les banques, savent faire bloc pour défendre le système. A nous de les contrer en étant unis. »

« On essaie d’être partout »

« Atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, partager des relations humaines »
Au sein du trio, Alain Plusquellec est plus spécialement en charge de la stratégie de rapprochement avec les autres associations sur le territoire et à l’extérieur. Retraité du groupe Engie, il a terminé sa carrière parisienne en étant  "conseiller en solutions énergétiques pour les acteurs de l’aménagement urbain".

Plusieurs raisons expliquent son engagement environnemental. Il y a une vingtaine d’années, Alain Plusquellec a acheté une maison à Hillion, à quelques mètres seulement de la plage de La Grandville. Il connaissait aussi André Ollivro. Le très charismatique président-fondateur de l’association, était l’un de ses collègues. En octobre 2021, le renouvellement de l’équipe d’animation de l’association, l’a décidé à s’impliquer davantage : 
« Même si nous sommes bien implantés ici, l’association a encore besoin de se faire connaître. On essaie d’être partout, de participer aux manifestations locales en lien avec l’environnement, de  construire des synergies. Par exemple en janvier, HAMV  avait  un stand au Forum de l’Eau de La Rochelle.  Et nous participons à la coordination pour une agriculture paysanne, sociale et écologique en Bretagne -  en abrégé CAPSEB – qui vient de voir le jour en février. » 
Alain Plusquellec juge positif que les médias régionaux ou nationaux,  les chercheurs, sollicitent de plus en plus l’association. Son expertise est reconnue. Certes, elle n’a pas que des fans dans la région. Le dialogue est inexistant avec les agriculteurs du coin. Quant aux élus confrontés au ramassage annuel des algues vertes, ils ménagent le lobby agricole, puissant sur le territoire.

« Je défends l’idée d’une société alternative au capitalisme »

« Elargir notre base. Passer de l’utopie au réel, c’est un vrai combat »
Gilles Monsillon, devenu coprésident de l’association à l’automne 2021, se présente comme un militant écologiste et social de longue date. Professeur jusqu'à l’an dernier -  il a enseigné la physique mécanique à la Sorbonne - il connaît la Bretagne depuis l’enfance : à 4 ans, ils passait ses vacances à Erquy. La pollution des algues vertes, il en a entendu parler longtemps avant de s’installer pour sa retraite à Pléneuf-Val-André. Gilles Monsillon, militant de La France Insoumise, mène un combat politique : 
« Ce sujet concentre une multitude de dimensions : l’environnement, la qualité de l’eau, de l’air, la nature, le volet social, le travail de la terre, l’alimentation. Je m’inscris dans ce combat. Je défends l’idée d’une société alternative au capitalisme » 
Le blog de l’association montre toute la variété des actions engagées ces derniers mois. Manifestations, rassemblements, conférences, revue de presse, archives vidéos, lettres ouvertes aux élus. Le dernier bras de fer avec l‘administration  est une demande de publication des données sur les concentrations d’hydrogène sulfuré dans l’air, relevées en quatre points du fond de la baie de Saint Brieuc. La collectivité "Saint Brieuc Armor Agglomération" refuse de communiquer aux riverains les résultats au jour le jour de ces mesures effectuées par des capteurs installés par Air Breizh, un refus qu'Annie Le Guilloux ne peut admettre :  
« La transparence de l’information est indispensable et légitime. Les riverains ou les  promeneurs incommodés tel ou tel jour doivent savoir à quoi s’en tenir, sans attendre la publication d’un rapport 8 mois plus tard. Si le président de l’agglomération s’obstine dans ce refus d’un autre âge, nous n’aurons d’autre choix que de saisir la commission d’accès aux documents administratifs. » 

Mobiliser toujours davantage

Les habitants de la baie de Saint Brieuc représentent 85 % des adhérents de l’association Halte aux marées vertes. Gilles Monsillon se réjouit de voir ces adhésions augmenter régulièrement : « 130 adhérents et 230 contacts, on a triplé depuis la fin du confinement ! »

Mais il leur faut accentuer encore et toujours la pression sur les divers pouvoirs : « Les hommes politiques, dit-il aussi, s’expriment sur la PAC, la politique agricole commune. Ils la voudraient  plus verte, plus vertueuse. Mais de là à réclamer la fin du modèle productiviste français… »

Attirer aussi en permanence l'attention des médias : « On tient à ce qu’elle reste un sujet d’actualité pour les médias, insiste Annie Le Guilloux. On ne doit jamais oublier que c’est le symptôme d’une agriculture malade. »  

Catherine Verger

(1) La Bretagne, c’est 6 % de la surface agricole de la France pour une production de 56% de la viande porcine, le tiers de la volaille et 20% du lait. Les Côtes d’Armor sont le 1er département d’élevage de France. Les filières agricoles et agroalimentaires représentent 10 % de l’emploi total breton.

Ramassage des algues sur la plage de la Granville, le 9 septembre 2021 

Pour aller plus loin
Halte aux Marées Vertes : le blog  et la page Facebook

Sur le site d'Eaux et Rivières


Les informations et le plan des Pouvoirs Publics



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