Depuis son exil, au Caire, Hossam agit auprès dss jeunes de Gaza pour "leur apprendre l’espoir qu’un changement va venir".
C’était début mars, à l’heure de l’iftar, la rupture du jeûne les soirs de ramadan. Hossam est arrivé avec Abeer et Salma. Tous les trois ont réussi au moins à partager leur exil à une heure et demi du centre du Caire. Hossam a sorti une cigarette. Nous avons échangé quelques mots puis bientôt il en a pris une autre. « Tu fumes trop », ont dit Abeer et Salma. Il a promis d’arrêter, elles ont souri, inquiètes et indulgentes.
Comment se passe cet exil, cet éloignement de Gaza ?
« J’ai laissé à Gaza ma famille, mes amis et mon travail. Au début, je me sentais coupable de les avoir laissés. Je me suis rappelé de ce que je pensais de ceux et celles qui avaient fui alors que j’étais dans l’enfer de Gaza. Ils téléphonaient si peu, ne donnaient pas de nouvelles, ils nous oubliaient. A mon tour, j’ai du mal à appeler d’ici. Pour dire quoi ? Je me sens si inutile, sans moyens. »Peu à peu, les lettres se sont faites plus rares puis se sont interrompues
A Gaza, j’écrivais ce que je vivais et ce que je voyais avec mes yeux ce que les autres vivaient. Quand j’ai quitté Gaza, je ne me sentais pas le droit de parler de quelque chose que je ne vivais pas. J’au voulu être honnête, je ne suis plus témoin..Comment va la vie au Caire pour les Palestiniens qui ont pu fuir Gaza ?
Je ne peux pas travailler. Même mon téléphone ne m’appartient pas. Au bout de 90 jours, considéré comme visiteur, je n’ai plus le droit d’utiliser le mien. Nous sommes environ 100 000 réfugiés en Egypte. Sans statut légal, nous ne pouvons pas nous regrouper pour nous organiser ni pour démarrer une activité économique, culturelle ou sociale. J’ai des invitations pour aller travailler en Norvège et en Allemagne. Ce n’est pas simple. Etre seul là-bas…
Les échanges avec ses amis européens et leurs invitations ponctuelles sont précieux mais rien ne pourra remplacer ce qui fait toute la vie de Hossam Al Madhoun : Gaza, la terre où il est né, qui l’a nourri et où il continue à semer envers et contre tout.
J’ai aussi une responsabilité qui me mobilise tout le temps. Je suis responsable technique au MAAN Development Center. MA’AN veut dire ENSEMBLE. Avec 350 personnes, je travaille à la protection des enfants de 0 à 18 ans de Gaza. Je le vis comme une mission. Dans chaque camp, une grande tente les accueille pour assurer un maximum de scolarité, pour un soutien psychologique, pour les accompagner dans la reconnaissance de leurs droits. Je crois au pouvoir des gens. Agir auprès des jeunes, leur apprendre l’espoir qu’un changement va venir..Pour lui-même, quel espoir de revenir, quel avenir à Gaza ?
Je ne sais pas si je reviendrais à Gaza. Pour quelle vie ?
Abeer et Salma sont diplômées en droits humains. Abeer travaille dans des organisations internationales (Croix-Rouge, ONG). Salma possède un master en droits de l'Homme et démocratie.
Deux livres
Les lettres transmises par Hossam Al Madhoun durant la guerre ont été publiées dans deux livres :
- Je vous écris de Gaza, sous les bombes. Editions du Cerisier. 160 pages, 12 €.
- Puis, en février 2026 J’ai quitté Gaza, mais Gaza ne m’a pas quitté. Editions du Cerisier. 154 pages, 12 €.
Ce que la guerre a détruit
L’horreur des chiffres et des images de la guerre de Gaza en est arrivée, par sa banalité même, à ne plus faire percevoir les destins brisés et les richesses humaines ensevelies sous les ruines et l’exil. L’histoire de Hossam Al Madhoun rappelle cette destruction cultuelle menée méthodiquement par le gouvernement d’extrême-droite israélien. Le texte (cliquer sur l’image) est extrait de l’ouvrage, aujourd’hui épuisé, de Jonathan Daitch « Voix du théâtre en Palestine » qui nous conduits, par l’écrit et la photo, à la rencontre de vingt-six théâtres palestiniens, leurs directeurs, acteurs et metteurs en scène. On peut retrouver la démarche et le portrait de Jonathan Daitch - qui a également traduit les lettres de Hossam pour Histoires Ordinaires - dans ce reportage.