27/10/2016

Ghada Hatem, la gynécologue au service de toutes les femmes


Aucune journée du docteur Ghada Hatem-Gantzer ne se ressemble et c’est précisément ce qui lui plaît. Cette gynécologue de 57 ans pratique à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93). Avec un humour décapant, Ghada l’appelle « l’hôpital international » en faisant référence à l’hôpital américain de Neuilly, là où vont accoucher nombre de célébrités. Dans sa maternité, Ghada voit passer de nombreuses nationalités mais pas de star, plutôt l’autre extrême du spectre social.


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Beaucoup de femmes en proie à des difficultés sociales, financières, conjugales viennent en consultation. Certaines arrivent même le jour de l’accouchement, sans avoir été suivies pendant la grossesse. Le docteur Hatem le dit sans pudeur, ce poste en Seine-Saint-Denis lui a fait découvrir une réalité qu’elle n’avait pas côtoyée lors de ses précédentes affectations, à la maternité des Bluets (Paris XIIe) et à celle de l’hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé. « Je me suis adaptée à cette patientèle qui demande une attention et une patience particulières, lance-t-elle. Il faut vraiment aimer travailler comme ça et c’est mon cas. » 

Les consultations de cette matinée offrent une idée de la difficulté de faire passer des messages auprès de certaines patientes. Une femme accompagnée de sa fille présente une tumeur à l’utérus. Le docteur Hatem lui propose depuis longtemps une ablation. Avec des mots choisis, une certaine fermeté et une pointe d’humour, la praticienne tente de rassurer même si elle appréhende que la patiente se désiste. « Certaines ne se présentent pas le jour de l’opération, soupire-t-elle. Le problème c’est que quand on les revoit en consultation, en général les choses se sont empirées. »

« Une grande ouverture »

Cette Libanaise de naissance a pu envisager brièvement, à l’adolescence, de devenir architecte. Très vite, elle opte pour la médecine et notamment la gynécologie. Mère de trois enfants, Ghada a pratiqué toutes les facettes de sa discipline : de la gynécologie courante (contraception en passant par les cas de cancer et les problèmes d’infertilité). Sur ce dernier aspect, elle s’est d’ailleurs battue pour que l’hôpital soit doté d’un centre de PMA (procréation médicalement assistée).

Au sous-sol du bâtiment, elle tient absolument à nous le faire visiter. Il s’agit d’un bel exemple de partenariat entre un laboratoire privé et un hôpital public. En guise d’introduction de la visite, cette phrase : « Croyez-en mon expérience, pour une femme, un désir d’enfant non satisfait c’est plus triste que le cancer du sein. » Deux femmes attendent dans une salle d’attente joliment décorée avec un canapé confortable et des coussins en wax. « J’avais vraiment besoin d’être rassurée surtout que je suis diabétique, explique Aurélia, 39 ans, qui attend une ponction de ses ovocytes. Elle (ndlr : le docteur Hatem) a vraiment ce truc qui rassure, un grand calme et une sérénité. » 

Guy Cassuto du laboratoire Drouot évoque sa collègue en ces termes : « Ghada écoute les patientes comme les cliniciens, sans aucune prétention et dans une grande ouverture, raconte-t-il. C’est ce qui explique qu’on a envie de la suivre dans ses projets. » Il a accepté de venir monter le centre de PMA à la demande du docteur Hatem car il avait déjà travaillé avec elle. 

Une Maison des Femmes

L’autre projet qui a beaucoup occupé ces derniers mois notre gynécologue, c’est la Maison des Femmes. Partant du constat que de nombreuses patientes étaient en proie à des violences, il a été imaginé un lieu où elles pourraient consulter des spécialistes. Ce bâtiment qui se trouve dans l’enceinte de l’hôpital, mais offre un accès direct depuis la rue, propose depuis juillet des consultations spécifiques. Il s’agit d’une première en France. Inceste, excision, violences conjugales, viol…Des spécialistes formés à ces situations consultent sur place. Deux chirurgiens spécialisés dans la reconstruction du clitoris effectuent des permanences.

Il a fallu beaucoup de temps et d’énergie pour rassembler les 950 000 € nécessaires à la construction de cette maison aux couleurs chatoyantes de 250 m2. Comme pour le centre de PMA, un soin particulier a été apporté à la décoration du lieu. « On veut que les femmes arrivent dans des endroits où elles se sentent bien, souligne Ghada Hatem. Je suis convaincue que le beau appelle le beau et le propre appelle le propre. »

En la regardant lentement, on se demande ce qui frappe d’abord chez cette femme au teint mat et aux cheveux bouclés. Son énergie ? Ou le bleu lagon de ses yeux cernés par le manque de sommeil cumulé par des nuits trop courtes qui s’enchaînent ? Peut-être cette énergie à la fois rassurante et capable de soulever des montagnes. Elle l’explique par ses origines libanaises. « Pour les Libanais, rien n’est impossible », conclut-elle. On la croit sur parole. 


Servane PHILIPPE


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