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Ils vivent au pays qui ne dégèle jamais


01/04/2012

Sur l’île d’Ellesmere, Vagabond sert de base scientifique à des chercheurs. À bord, Eric, France et leurs deux filles.




Silhouette rouge calée sur les glaces, Vagabond sort tout juste de l’hiver. Quatre mois de nuit polaire avec la lune pour seul fanal lumineux. À bord, une famille de givrés partie de Brest en mai 2011. Ils habitent là haut, à quelques centaines de kilomètres du Pôle Nord au pays des ours et des renards argentés. Eric Brossier, France Pinczon du Sel et leurs deux filles Aurore (deux ans) et Léonie (cinq ans) ont jeté l’ancre sur l’île d’Ellesmere dans le Grand Nord canadien.   

À bord de Vagabond, les rêves des enfants glissent sur la glace.
À bord de Vagabond, les rêves des enfants glissent sur la glace.

« Un grand désert, somptueux, aride, figé »

Un quotidien rythmé par les relevés scientifiques et le passage de chercheurs qui se succèdent à bord pour prendre le pouls de la planète. Pas de magasins, ni de cinéma. L’école est à deux heures en motoneige et permet à Léonie de se familiariser par intermittence avec la langue des Inuits. À Aujuituq, « le pays qui ne dégèle jamais », vivent 170 Inuits. Des familles arrivées là par la volonté du gouvernement canadien qui voulait s’assurer la souveraineté de l’île d’Ellesmere. On leur avait promis un pays de cocagne, ils n’ont trouvé « qu’un grand désert, somptueux, aride, figé» pour reprendre l’image de France.

Une fois par semaine, elle fait ses courses et ravitaille les placards de la cuisine. France descend alors dans les soutes du bateau sous le pont après s’être habillée pour tenir le choc. Printemps ou pas, il fait encore moins 41° le matin. Pas d’eau courante évidemment. Pour boire, il faut aller casser la glace avec un tuk. Harnacher les chiens et remplir des bidons. « On boit une eau bourrée de minéraux et prise dans la glace depuis plusieurs centaines d’années », sourit France. Avec le retour du soleil, elle va de nouveau pouvoir aquareller et même jardiner. Un petit germoir a été installé dans l’habitacle et viendra verdir les repas.  

Une base avancée pour les chercheurs

Mais comment font-ils pour tenir le choc? « On peut vivre avec tellement moins de choses. Acheter même n’a plus de sens. On vit hors des courses. J’en oublie mon numéro de carte bleue. » Le confort est réduit au minimum. La douche? Deux litres d’eau chauffées chaque semaine sur le poële.

Il y a un an encore, toute la famille habitait à Hanvec dans le Finistère. « Cette plongée dans l’extrême a été progressive. Les éléments se durcissent doucement. Le corps a le temps de s’y faire», nuançait France peu avant son départ. La jeune femme n’a pas froid aux yeux. Passionnée de voile mais sujette au mal de mer, la navigatrice est tombée à l’eau il y a quelques année. Pendant plusieurs heures elle va surnager, se battre et finir par être repêchée. Un miracle.

Cet accident, elle le raconte dans « À la grâce d’un coup de mer » aux éditions Georama. Certains auraient posé sac à terre. Pas elle. Avec Eric, ils ont été les premiers à réussir le passage du Nord-Est sans hivernage. C’était en 2001. De ce périple, les deux navigateurs étaient rentrés avec des interrogations sur le basculement du climat et le craquement des glaces. Volonté aussi de poursuivre l’aventure. Depuis cette date, leur voilier sert de base avancée pour des chercheurs. Ils se succèdent à bord pour étudier la faune arctique, faire des carottages de glaces et prendre le pouls de la planète.

Visite des Rangers, amis de la famille.
Visite des Rangers, amis de la famille.

Léonie, 5 ans, et les Rangers

À bord de Vagabond, les rêves des enfants glissent sur la glace. Léonie vient de fêter ses cinq ans. C’était le 8 mars. Pour son anniversaire, un gâteau au chocolat, saupoudré - le contraire eût été surprenant - de sucre glace.

« Quelques jours avant on a eu la visite des Rangers avec mon amie Liza que j'aime beaucoup, ils ont campé à coté du bateau. On les a invités à venir de temps en temps dans notre bateau, à manger un gâteau. Et ensuite, ils nous ont escortés pour aller au village : il y avait sept motoneiges, et le gros drapeau rouge et vert des Rangers sur celle qui tirait notre traîneau. On pouvait faire coucou à papa qui conduisait derrière nous ! Cette fois j'ai eu un peu froid et à la fin j'avais hâte d'arriver.

Là bas, j'ai été à l'école deux jours. J'ai appris des lettres en Inuktitut, on a aussi fait en découpage et collage un beau soleil et justement, il était tout rose et en train de se coucher lorsque je suis sortie à 16h, c'était très beau ».


La petite fille tient un blog. Une façon de maintenir un lien avec les enfants de son école.  

Agnès Moyon

Une video avec un entretien d’Eric Brossier sur la disparition des ours blancs.








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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

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