Voyager

Anne-Sophie défend la Chine


22/03/2012

La Chine est trop souvent présentée comme dictature et pays du travail permanent qui menace l'Occident. De la Chine à Rennes, Anne-Sophie Drieux, de l'association Rue de la Chine, rapporte ce qui importe, non l'inverse : la poésie et l'expérience de l'humain, par spectacles de mimes, chants et renseignements aux voyageurs.




Anne-Sophie défend la Chine

12_03_22_anne_sophie_drieux.mp3 12 03 22 Anne Sophie Drieux.mp3  (9.15 Mo)



« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas »Laozi [Lao Tseu]
« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas »Laozi [Lao Tseu]
Anne-Sophie rythme joyeusement ses phrases qu'elle ne termine pas toujours. A 45 ans, elle jongle entre les éclats de rire et la timidité de ceux qui suivent des rêves bien réfléchis. Issue d'une famille traditionnelle normande, Anne-Sophie rêve très tôt d'Ailleurs. Une tante voyageuse la scandalise à l'âge de 5 ans, préférant la Normandie à tous les pays qu'elle a visités!

« Je me suis retrouvée en Chine sur des rêves de gosse » 

Son père lui raconte qu'ils ont des ancêtres chinois, des Han. Vrai ou pas, cela importe peu à Anne-Sophie : « En CM1, il fallait faire un texte libre : Qu'est ce que vous ferez quand vous serez plus grand? Moi j'irai en Chine ! »

Les billes sont posées mais rien n'est joué. La jeune Anne-Sophie grandit, bouillonne, se passionne pour tout : « Quand, au lycée, j'ai fait espagnol, je voulais aller en Amérique latine. Après je suis arrivée à Rennes, par hasard, parce que je voulais aller à Bordeaux et je voulais faire de l'arabe. Mais quand j'ai vu la pub pour le chinois, tous les rêves de gosse sont remontés. » Anne-Sophie parle vite, le regard malicieux. Elle s'inscrit à la fac en chinois, mais « à 20 ans, j'avais du mal à rester sur ma chaise» Elle emprunte à une association pour faire « le voyage de sa vie. » En 1988, elle part étudier un an à Pékin. Au printemps suivant, elle rentre précipitamment, comme tous les étudiants étrangers, en raison des événements de la place Tian'anmen. On lui propose par la suite d'accompagner bénévolement des groupes pour les Auberges de Jeunesse. Elle accepte les voyages seulement si c'est en Chine.

L'humanité est vécue comme un jeu d'idéaux

Après la fac, elle hésite entre la mode et les voyages. Introduite dans des défilés, les personnages du monde de la mode ne lui plaisent pas. Elle intègre alors l'agence Voyageurs du Monde. Anne-Sophie raconte en riant, le regard attendri au souvenir de ce rêve désormais accompli : « Ce que je voulais faire, c'était faire des circuits, imaginer des circuits, aller sur place... » Elle postule pour un emploi en conception de voyages. On lui répond qu'elle a le profil accompagnatrice « parce qu'ils sentaient bien que j'étais un peu énervée. » 

Anne-Sophie trouve alors sa place en n'y tenant pas. Elle reste vingt ans à l'agence à accompagner des groupes, exclusivement en Chine : « Ça fait pas mal de temps que j'y vais, du coup, j'ai l'impression que je tiens un fil qui se déroule. Je suis ça...  En fait, c'est la Chine mais c'est un exemple pour être plus proche de l'humain, finalement. »

L'humanité est vécue comme un jeu d'idéaux : « En plus, il y a plein de niveaux différents. Sur le coup, il y a vraiment l'exotisme, mais après, j'aime par exemple la gestuelle des gens. J'adore ça. D'ailleurs, il y a 10 ans, j'ai fait une école de mime à Montréal. Moi, la gestuelle, c'est un truc que j'adore. La mimique des gens, la mimique des Français, la mimique des Chinois... » Surprenante, elle se révèle aussi grande rêveuse que pragmatique : « Je prends mon temps, on a toute une vie, j'espère qu'elle sera longue pour moi, c'est pour ça que l'Opéra de Pékin, si je le fais ça à 60 ans ce n'est pas grave (rires) ! Je garde mes rêves, c'est ça le problème et en plus, j'en rajoute ! »

« Actuellement, on est carrément dans le Péril Jaune »

L'Occident tique sur la Chine. Anne-Sophie flashe les clichés : « On est passé en 40 ans des pauvres Chinois aux salauds de Chinois ! C'est quand même un peu exagéré ! » Elle raconte sa détestation des préjugés sinophobes en France: « Actuellement, on est carrément dans le Péril Jaune. Pour moi, je trouve ça totalement délirant. Les choses qu'on entend actuellement sur la Chine, c'est les Chinois qui bossent tout le temps - bon c'est vrai, rires - et en gros, qui veulent quasiment nous bouffer du riz sur la tête. Ils ont seulement envie de vivre un petit peu mieux, et puis voilà c'est tout ! (...) On est tous humains, on veut tous la même chose. »

Comment peut-on défendre un pays lorsqu'on sait qu'il n'est pas juste ? Anne-Sophie lève les sourcils en secouant la tête : « Mais, la France n'est pas juste non plus... Moi ce qui m'intéresse, c'est les gens. » Dépasser les institutions d'une société pour en prélever le pouls, l'énergie qui se propage : « On sait que toutes les cultures sont différentes. Je ne parle pas de la partie submergée de l'iceberg comme la religion, ce qui est important c'est ce qu'il y a dessous, ce qui est impalpable... J'adore ça. »

« Je ne dis pas que c'est l'idéal mais il faut essayer d'avoir un regard différent »

En chinois, le verbe "penser" contient le pictogramme du cœur. Anne-Sophie note que culturellement, les règles en Chine ne sont pas rigides, qu'elles sont davantage faciles à contourner. Il y aurait un mouvement, comme on tourne une vingtaine de fois le Ying et le Yang, le noir et le blanc s'inversent. Par cette idée, Anne-Sophie s'oppose à l'organisation binaire de la politique française, gauche et droite:  «Il faudrait mettre plus de lien... Bien sûr, en Chine, je ne dis pas que c'est l'idéal mais il faut essayer d'avoir un regard différent. »

Sur scène, elle joue la Chine avec poésie et audace : « Moi ce qui m'intéresse, c'est justement de la présenter sous des formes qui ne sont pas rationnelles, c'est à dire de raconter des histoires, chanter des chansons, des choses comme ça. De ne pas parler qu'aux neurones. De toucher davantage le coeur. Mais bon, je ne peux pas vraiment dire ce que j'apporte aux gens... » Anne-Sophie surprend par sa démonstration originale et vivifiante : « Je pense que les gens sont étonnés. Par exemple, dans "Petit buffet chinois", on a de l'orgue à bouche... Effectivement, je pense qu'on sort des clichés. Ça permet aux gens de découvrir des instruments qu'ils ne connaissent pas. »

Un jour, à Quimper, une personne est surprise de ne pas avoir vu cet instrument lors de son voyage en Chine. Anne-Sophie lui rappelle avec vivacité : « La Chine, c'est dix-huit fois la France ! Effectivement il y a plein de régions et en plus, souvent, ce qu'on a en tête, c'est la Chine classique, Han. Nos instruments viennent des ethnies minoritaires du Sud Ouest [les Dong]. Pour l'instant, ce n'est pas très connu. On présente souvent les grandes villes Pékin, Shanghai et les pauvres chinois qui travaillent dans leurs usines ! En même temps, qu'est- ce que tu veux, tu pleures ou tu ris? Bon. » Anne-Sophie a la légèreté des gens qui ont souffert, de ceux qui ne s'embarrassent plus et qui avancent en rêvant.

Violette Goarant





Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 3 Octobre 2013 - 09:37 Un an immergés en Amérique Latine



Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono