Voyager

Un an immergés en Amérique Latine


03/10/2013

En ces premiers jours d’octobre, alors que les vacances s’éloignent, rencontrer les « Marlinetimpo » (pseudonyme fusionnel du couple Pauline et Martin), ça vous donne une furieuse envie de voyage. Découvrez ce que voyager veut dire quand on pratique un « tourisme d’immersion », à base de WWOOFing et, plus largement de « Help exchange ».




 Un an immergés en Amérique Latine
« Notre voyage en Amérique centrale et du Sud a exactement duré 364 jours : départ le 27 Juin 2012, retour le 26 Juin 2013 ». Pauline et Martin ont tous deux 25 et 26 ans quand ils tentent l’aventure. Ils sortent des études : « Moi, j’étais un peu perdue, se rappelle Pauline, sans envie de m’installer dans le professionnel ». Lui est jeune ingénieur, déçu d’une première expérience de travail de deux ans. « Par chance ma boîte n’a pas résisté à la crise qui a frappé le photovoltaïque, avoue-t-il. Sinon, j’aurais démissionné. »

De tous ses amis, Martin était le seul à avoir un emploi « et plutôt bien payé » reconnaît-il. C'est ce qui leur a permis de constituer le pécule nécessaire au voyage, en vivant comme leur entourage étudiant pendant deux ans. «Nous avons calé notre budget à l’envers, partant du principe arithmétique que nous ne pourrions pas dépenser plus de 30 € par jour à deux pour se loger, manger, s’entretenir, se déplacer et financer quelques visites incontournables».

Le choix du WWOOFing et du "Help exchange"

« Même si nous avions eu un gros budget, c’est sûr, nous aurions pratiqué le Wwoofing, affirment-ils en chœur. Car nous avions l’ambition de voyager autrement. De ne pas consommer le pays, mais d’apporter quelque chose en échange. » C’est ainsi qu’ils ont été reçus dix fois par des hôtes employant des volontaires, pour des séjours d’une durée de quinze jours à un mois. Ils ont tenu à le faire dans chaque pays visité. « Nous avons travaillé comme volontaires plus de quatre mois sur toute la durée du séjour. » En échange ils ont été logés, toujours, parfois nourris, mais jamais indemnisés. « Il est même arrivé que l’on nous demande de payer pour travailler, mais là on a refusé... »
 
Version modernisée du "séjour au pair", la pratique du Wwoofing a été initiée en 1971, par une organisation internationale qui organise le travail volontaire dans des fermes en agriculture biologique (WWOOf : Willing Worker on Organic farms). Ces cinq dernières années, le mouvement a connu un fort essor – particulièrement auprès des jeunes - grâce à Internet et aux sites qui permettent de structurer la rencontre en réseau. Ainsi naît un tourisme d’immersion.
 
Pauline et Martin ont préféré une formule dérivée, le "Help exhange", proposée par le site HelpX. L’offre de séjours était plus large en Amérique Latine où l'agriculture biologique organisée n'est pas encore très répandue, Et le site proposait des expériences plus variées de travail. « En dehors des fermes qui représentent la majeure partie des hôtes, nous avons aussi travaillé en hôtellerie ou sur des projets dans le tourisme, les loisirs », précisent-ils. 

Chez Arlette et Bénicio, au Mexique, ouvrir une auberge de jeunesse.
Chez Arlette et Bénicio, au Mexique, ouvrir une auberge de jeunesse.

De très belles rencontres qui font oublier les quelques situations limites

Pour illustrer les bons moments, Pauline et Martin pensent immédiatement à leur premier séjour volontaire chez Arlette et Bénicio (photos) au Mexique. « Ils ont notre âge et sont héritiers d’une grande maison qu’ils transforment en auberge de jeunesse. Arlette, archéologue de formation, nous a accompagnés pour de formidables visites commentées des sites Incas. Quant à Bénicio, rappeur professionnel, il a presque fait de moi un fan de sa musique », s’amuse Martin.
 
Autre bon souvenir chez Christiane. Sociologue d’origine Hollandaise, mariée à un Bolivien, elle vient de prendre sa retraite et a décidé de développer un potager bio. Pour cela elle emploie son petit voisin et un paysagiste espagnol. Christiane est une femme de partage et le WWOOFing est pour elle l’occasion d’accueillir des jeunes de tous les horizons qui contribuent à lancer l’activité.
 
« Nous nous attendions aussi à vivre des moments plus difficiles », se rappellent-ils.  L’envers du décor c’est au Pérou, à Sachahuares. Chez ce couple de petits planteurs de cacao qui, sur 16 ha, ne peuvent tenir que grâce au travail des volontaires, parfois jusqu’à vingt simultanément. Le travail est dur, très physique dans la moiteur du climat tropical et dans des conditions de confort très rudimentaires. « Mais le plus difficile, ressentent Martin et Pauline, c’est de s’apercevoir que pendant que les volontaires travaillent, notre hôte passait sa journée devant la télévision. Il ne s'impliquait pas dans le travail. » Alors pourquoi être restés près d’un mois ? « Finalement on s’était attaché à la jeune femme qui élevait les enfants et faisait tout dans la ferme. On n’a pas voulu la laisser tomber alors qu’on s’était engagés à faire un travail qu’elle aurait dû certainement finir seule !

Mais comment ces pratiques de travail bénévole s’inscrivent-elles dans la culture et l’économie locale ? « D’abord, constatent-ils, la plupart de nos hôtes étaient des expatriés. Il faut avoir une certaine ouverture à l’international, disposer d’internet à la maison pour contacter des volontaires, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde. » 

Une fois quelqu’un leur a demandé si ça ne les gênait pas de travailler gratuitement alors que des gens sur place auraient pu être employés. Cette question, ils l’ont retourné dans tous les sens. « Mais on ne pense pas avoir volé le travail. Nous sommes  essentiellement intervenus sur des projets en lancement. L’intervention des volontaires est alors utile pour installer l’activité, qui est potentiellement porteuse d’emplois. »

Christiane et son potager Bio, en Bolivie
Christiane et son potager Bio, en Bolivie

Le voyage c'est la rencontre

Pour Pauline et Martin cette expérience de volontariat a d’abord été un formidable moyen de rencontre. « On s’est plusieurs fois retrouvés à vivre au milieu de  communautés de quelques dizaines d’habitants qui, parfois, ne parlaient pas espagnol. Ils n’avaient jamais vu de touristes. » Pour être authentique, la rencontre demande du temps. « Il faut se fondre le plus possible, surtout ne jamais être intrusif, précise Pauline. Laisser venir le contact, prendre quand on nous donne et alors engager la conversation. »

Ils n’oublient jamais que les relations sont faussées par l'écart de culture et de niveau de vie. Souvent les habitants exprimaient leur incompréhension : « Vous qui êtes blancs et riches qu’est-ce que vous faites là à taper la terre comme nous ? Alors c’est l’occasion de belles discussions. Il y a soudain une inversion de la relation. « C’est nous qui devenions les êtres étranges, que l’on regarde » C’est ça aussi l’échange.
 
Martin et Pauline n’avaient pas de démarche précise de voyage quand ils sont partis, si ce n’est d’être réceptifs et participatifs. Ils se refusent à l’apitoiement facile, aux jugements hâtifs, aux explications pseudo sociologiques sur l’état de misère. Les seules critiques qu’ils s’autorisent c’est à l’égard de ces voyageurs « qui viennent voir du pauvre ! Qui sont capables de partir dans le pays d’à côté, quand les pauvres d’ici ne sont pas assez pauvres ! ». 

 Un an immergés en Amérique Latine

Repartir pour s'ancrer.

Le WWOOFing ou le volontariat, si utiles à la rencontre, a rempli un bon tiers du voyage mais Pauline et Martin étaient là aussi pour s’en mettre plein les yeux, découvrir les sites, les villes, les paysages mythiques. « Nous avons vu une multitude de choses indescriptibles », se réjouissent-il. Ces découvertes et impresssions de voyage, ils les ont généreusement et avec subtilité partagé sur leur carnet de voyage en forme de blog « Marlinetimpo en vadrouille  ».

Et aussitôt rentrés, ils ne pensent qu'à repartir. Mais cette fois-ci, en s'ancrant durablement dans un endroit. Pour découvrir ce que c'est que construire une vie ailleurs. Quelque part dans une des villes, très différentes les unes des autres, pour lesquelles ils ont eu ensemble un coup de cœur : Buenos Aires, Valparaiso, Quito, la Paz ou San Miguel de Allende au nord de Mexico.

Alain Jaunault






1.Posté par Chloé le 05/03/2016 09:44
Salut,
Je fais un projet sur les différentes façons de voyager, en particulier le voyage en sac à dos (backpacking) et les expériences HelpX, Woofing, Workaway...
Ce serait cool si vous remplissiez ce questionnaire (rapide !), vos réponses m'aideront beaucoup !
http://goo.gl/forms/susgxMdCVO
Merci d'avance,
Chloé

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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

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