Arts Plastiques

L' « apprenti illustrosophe » rafistole les cœurs


14/05/2017

Nac' (prononcer Nass) est un « apprenti illustrosophe » de 31 ans. Venu de Lorraine, il est installé depuis janvier à Stockholm. Conteur, marionnettiste, dessinateur, impossible de définir celui qui se donne pour mission de remettre le faillible au cœur des relations humaines. Avec ses Rafistolés, petits personnages aux blessures ouvertes, on retrouve le courage de ses émotions.




Nac' fait de son art, un art de vivre. (Photo Violette Goarant)
Nac' fait de son art, un art de vivre. (Photo Violette Goarant)

Ses grandes jambes peinent à se placer sous la table d'un salon de thé aux meilleures pâtisseries de Stockholm. Un doux parfum d'encens émane de sa chemise à carreau couleur sable et tranche avec l'énergie avec laquelle Nac' (prononcer Nass) se meut. Car Nac' ne parle pas, il fabrique sa parole et vit, mot à mot, ce qu'il dit. Ses mots sont pris en charge par son regard, ses bras et surtout sa voix qui met l'intonation sur l'intention. Ainsi portés, les mots voyagent gonflés de sens pour éclater en l'air, parfois même au visage de son interlocuteur.

Pourquoi “Apprenti illustrosophe” ? « Apprenti, ça me permet de faire courir l'idée que jusqu'à sa mort humaine, en fait on apprend, sourit-il comme précédé par l'évidence. Illustrosophe, c'est amener une illustration qui sert une philosophie derrière. Je soutiens des idées très fortes qui sont celles du vivant. Par exemple, je rejette en bloc tout ce qui est la plainte continue, le déterminisme, la fatalité. »


"A nos coeurs atypiques !" / Nac'
"A nos coeurs atypiques !" / Nac'

En se renommant, il s'approprie lui-même.

A 31 ans, Nac' est passé par plusieurs vies, marquées comme souvent par la première, au nord de la Meurthe et Moselle, à la limite du Luxembourg. Le divorce de ses parents qui se remarient de leur côté est suivi d'une « adolescence très compliquée, nomme-t-il pudiquement. Trouver sa place, être quelqu'un... » Nac' raconte en pointant des directions opposées de points d'une boussole, comme d'un cœur qu'on écartèle. L'affection dont il était entouré n'est plus la même. Il ne sait plus qui il est. A l'époque, il s'appelle Yohan. Ses questionnements sur l'identité et la recherche de spiritualité l'amène à se renommer Nassim à l'âge de 16 ans, lorsqu'il se nourrit de la sagesse de l'Islam. Sauf pour ses parents, son prénom sera désormais « Nac' ». En se renommant, il s'approprie lui-même. Il se rassemble, avec ses crayons car il dessine, toujours.

Bac ES en poche, il quitte l'environnement familial et s'installe à Nancy pour suivre des études d'éducateur spécialisé. Il dessine, sans relâche. Avec le recul, il reconnaît que ce devait être « une forme d'exorcisme » : « J'ai pris une douleur, quelque chose de très très moche, et tenté de le magnifier, de lui donner un aspect poétique, pour assumer ce que je suis. ». Le diplôme d'éducateur spécialisé en poche, il travaille pendant cinq ans en psychiatrie infanto-juvénile. Il s'investit dans le bénévolat, cours de français pour les étrangers, et partage son amour des arts dans des centres de loisirs populaires Francas. « J'ai beaucoup travaillé avec des personnes avec un handicap très lourd, de la tétraplégie, de l'handicap mental... Mes questions sur mon identité, très naturellement, m'ont fait aller vers le tordu, dit-t-il avec douceur. Je les appelle comme ça, les princes et les princesses tordues. »  


"La substance de l'amour"/ Nac'
"La substance de l'amour"/ Nac'

Il "répare et entretient les cœurs moteurs"

« Le nom de la mission que je me donne, c'est la Rafistolerie, qui " répare et entretient les cœurs moteurs", explique-t-il. Je pars du principe que mon travail créatif vient alimenter mon propre soin. »

Ses armes ? Les arts, les arts du vivant, les contes, les marionnettes, les dessins de Rafistolés, comme ils les appelle, comme celui au cœur qui traine. Il se promène partout et laisse son cœur complètement râper le sol, alors son cœur est complètement abimé. Il oublie toujours de le relever. Or, rappelle-t-il, adultes encore plus, on n'a pas vraiment conscience qu'il faut le caresser, en prendre soin et l'écouter beaucoup. Et on le laisse trainer tout le temps en se disant " je comprends pas ce qu'il m'arrive, c'est tout le temps la même chose, j'ai la poisse" . « Et ce, toute la vie même, s'exclame-t-il. Mais n'oublie pas de relever ton cœur ! Essaie de le regarder, de voir comme il est beau, soigne-le ! » 

Ainsi, il quitte la fonction publique, ces « médaille et ses petits points » pour vivre son art à temps plein. Là, il prend différentes directions qui s'entrecroisent : du spectacle vivant, des contes personnalisés, du dessin... jusqu'à arriver en janvier à Stockholm, en Suède, pour y vivre son amour et ouvrir une petite boutique où il exposerait ses pièces uniques.
 


Un Rafistolé par Nac'.
Un Rafistolé par Nac'.

« On est tous tordus »

Nommer et re-nommer les choses pour souligner leur importance. Dire les choses pour qu'elles soient, qu'elles existent, qu'elles se subliment. Avec ses dessins, le cœur et ses battements deviennent soudain légitimes à être regardés, écoutés, sujets à en parler. Avec ses déchirures, comme ce petit cœur que Nac a dessiné puis « arraché » puis recousu et recollé. Il peint le tissu, coud le papier. Sans limites avec juste un rythme, pardon une rythmique qu'il suit, qu'il est.


Sa tête s'avance, ses yeux s'agrandissent pour déposer le mot ; un court instant, il se fige comme pour marquer l'écho du mot. Puis repart. A la fois flottant et palpable, Nac' dégage une sorte de confiance en l'intuition qui lui confère une présence directe. « On est tous tordus », souligne-t-il, sur le ton de l'évidence. 

Ses dessins sont ponctués de délicieux jeux de mots : « Je suis un émouvantail », pour dire que, « même si on est blessé ou effrayant, on reste dans l'amour et dans la projection de demain. Et en fait, moi, j'ai envie de donner à travers mon travail des caresses aux gens qui le voient et d'inviter les gens à ça. Ça a l'air un peu lourd, chargé, mais ça n'en est pas moins de très belles intentions, bienveillantes. » Chargés, peut-être parce que Nac' pèse ses mots. Pourtant, il s'en dégage une légèreté apaisante. C'est peut-être ça, se consoler, avancer, bricoler, se casser le nez, se relever, essayer à nouveau et avancer. Haut les cœurs !

Violette Goarant à Stockholm


Nb: Les illustrations sont publiées avec l'aimable autorisation de Nac'. 






1.Posté par Patricia le 19/05/2017 06:24
Bonjour,
MERCI💕 Je suis très touchée de ce ce bel article 🦋
Je relirai vos "Grands p'tits mots" qui m'attendent sur mon frigo à la maison, avec encore plus de bienveillance, de soutien, de joie et de ❤️
Bonne route 🌈🐝🌸☀️

Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 12 Août 2015 - 10:56 Héol, 4 ans après, l'énergie de peindre...

Vendredi 9 Août 2013 - 08:16 Charlotte tricote des graffitis







Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y aussi des tâche nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Voici une liste (non exhaustive). Il suffit de prendre contact avec la rédaction. 

Pour le site

Rediffuser/partager le site et la  newsletter
Animer les comptes Facebook et Twitter
Assurer la veille « qualité » 
Réaliser des versions « audio »
Assurer des tâches administratives
Rechercher des financements
Traduire des textes en breton
Traduire des textes en anglais
Faire le lien entre adhérents
Animer un blog Bretagne (bilingue)
Animer un autre blog local
Animer un blog thématique
Etc.
 

Pour les livres

Signaler libraires et autres lieux de diffusion
Aider des rencontres en librairie et autres lieux
Signaler des évènements, des personnes liées au thème
Lire des manuscrits
Relire pour correction
Participer à la mise en page
Traduire en anglais, en espagnol, en breton
Rechercher des modes de financement
Etc.


Le billet de la semaine

​Solidarités minuscules


A chaque instant, dans les quartiers et les villages, des Français, des Étrangers, des sans-papiers, des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux, tout un petit peuple tricote sans bruit des solidarités ordinaires. Imperceptibles souvent aux esprits forts, dissimulés sous les slogans électoraux qui parlent du Peuple, ces solidarités populaires minuscules réparent, sauvegardent un tissu social fragile, créent et recréent de la fraternité, la plus précaire des valeurs républicaines. Pour la rédaction d'Histoires Ordinaires, il allait de soi qu'il fallait relayer sur un blog associé au site l'opération « 1001 histoires » organisée en 2017 par le mouvement ATD - Quart Monde. A partir d'aujourd'hui, des militants bretons d'ATD vont donc raconter des moments, des actions, de solidarité locale. Des instants de vraie vie. 

Michel Rouger

solidarites.mp3 Solidarités.mp3  (1.65 Mo)



11/05/2017

Nono



Webdoc "Les 11 de Saint Péran"