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Dis, Georges, c'est quoi un "blagagiste" ?


16/04/2017

Voilà un métier farfelu que vous ne connaissez pas. Georges Grard l'a inventé un jour : avec son " blagage " d'initiatives qui l'ont fait passer du foot à l'écriture avec un détour par l'enseignement, ce bonhomme plein d'énergie nous donne envie d'exister.
Un homme libre qui comme son ami Jean Ferrat trace son sillon.




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Dis, Georges, c'est quoi un "blagagiste" ?

Georges Grard exulte : il vient de rencontrer le toulousain Patrice Radiguet. « Cet homme-là est incroyable : il a créé la seule association européenne de pilotes handicapés visuels, "les Mirauds volants". Il fait du rallye aérien, de l'ULM... Il est drôle et j'ai fait son portrait. Voilà c'est comme cela. » Un nouvel article à mettre en boîte pour le journaliste de L'Handispensable, « le magazine qui fait l'handifférence. » 

Ce n'est pourtant pas avec un crayon à la main qu'il naît en 1961 dans le 14ème arrondissement de Paris. « Mon père ch'ti était ouvrier plombier couvreur zingueur, un joyeux aux mains d'or et ma mère, auvergnate et marseillaise, était une rebelle, "le soleil de la rue" disaient les voisins, elle rayonnait. » 

Lui, c'est plutôt le foot. Il devient champion de France à 14 ans et est repéré par le fameux entraineur Guy Roux qui vient le chercher pour entrer à l' AJ Auxerre. Bac de sciences éco en poche, il signe avec le Club de Fontainebleau. On lui propose un travail dans une banque. Porter la cravate, ce n'est pas son truc. « Au bout de quinze jours ma cravate est tombée, c'était un signe. » Tout en passant son diplôme d'entraineur, il entre à l'Ecole Normale de Melun et devient instituteur en 1981. « J'ai adoré ce métier parce que je pouvais faire rire tout en délivrant de l'humanisme, de l'humain, des connaissances, et puis je me sentais libre sans port de la cravate obligatoire. Je fermais la porte et j'étais accueilli dans ma famille, celle des enfants. » 

 Il a 34 ans quand son couple explose. « J'étais tellement malheureux que j'ai voulu rencontrer la seule personne qui pouvait me soutenir, c'était Jean Ferrat. » Il lui écrit. Trois jours plus tard, le chanteur lui téléphone et lui propose de le rencontrer un petit quart d'heure. Ils discutent pendant sept heures. Jean Ferrat est ferme : « Le foot c'est très bien, l'enseignement c'est très très bien mais écrivez, vous m'avez touché avec des mots. Chacun creuse son sillon. » 


Dis, Georges, c'est quoi un "blagagiste" ?

Le « Blagagiste »

Un jour, un de ses élèves l'interpelle : « Qu'est-ce qu'on peut faire pour lutter contre le chômage ? - Je peux t'inventer un métier qui n'existe pas, un métier farfelu. »

Le lendemain, il arrive déguisé avec un « blagage » à la main. Le voilà avec ses blagues promu « blagagiste », premier de la liste de « L'alphabet des métiers farfelus ». L'idée plait à l'écrivain pour enfants Pef, le prince des mots tordus. Il propose à Georges Grard de l'introduire auprès de Pierre Marchand, responsable de Gallimard Jeunesse. Il lui dit : « J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle : j'ai adoré vos métiers farfelus, ça c'est la bonne. - Et la mauvaise ? - Eh bien c'est qu'il va falloir faire une collection ! Est-ce que vous êtes capable de m'en faire d'autres ? - Oh oui ! Les sports farfelus, les bêtes farfelus, les plats farfelus, les inventions farfelus... »

Hélas, trois semaines après la rencontre, Pierre Marchand décède brutalement. Il n'y avait pas de contrat de signé. Georges Grard doit repartir à zéro. Pef lui dit « lance-toi », que l'instituteur blagueur entend comme « monte ta maison d'éditions ».  

 


1999 : GRRR...Art éditions

C'est le nom rugissant qu'il invente pour cette maison. Il publie son « Alphabet des métiers farfelus » qui sera suivi de bien d'autres. 

 « Ouvrir la porte » est un leitmotiv chez lui et c'est ce qu'il fait en accueillant des auteurs comme Jean-Paul Rouland. « Il avait un livre complètement dingue, dix ans de sa vie dans ce livre, "Dégustations Zygophiles" Il avait tout fait à la main. » Il publie aussi des anonymes à qui il veut donner une chance.

 Georges Grard n'aime pas les étiquettes et il le prouve. Il a écrit 60 livres : « Cela va dans tous les sens avec de grands écarts littéraires, du livre hommage "Merci Jean Ferrat" , aux livres jeunesse en passant par les contes, la poésie, le roman, l'humour, la création de jeux et le théâtre, sans oublier le pamphlet... » Difficile de le coincer dans une case et dire qu'il serait spécialiste de.. !


2006 : La bande à Ed

Dis, Georges, c'est quoi un "blagagiste" ?

Georges Grard se lance dans la bande dessinée avec "Léo et Lu", vendue à plus de 180 000 exemplaires, une BD pleine d'humour sur la fratrie et la famille où il joue avec les mots, dans la lignée de Pef.

Et puis, en 2005, dans sa classe, un élève handicapé lui dit « On parle de nous mais on ne nous montre jamais ». C'est un véritable "big bang" dans sa tête : il n'y a pas de héros handicapé dans la BD. « Je suis arrivé avec mon petit Ed handicapé moteur. J'ai téléphoné à un éditeur qui m'a dit "C'est tabou, surtout ne faites pas ça !"  Alors, la colère m'a pris, j'ai rajouté du tabou. A Ed, je lui ai donné un copain noir obèse, un petit maghrébin qui sera nain, un asiatique mal-voyant, un sourd et muet. Je voulais aussi parler du handicap invisible avec Tommy : il est dans son monde, plein d'interrogations, plein d'émotions. J'y ai rajouté Katty, une fille valide, amoureuse de Ed. »

Il construit le scénario en une soirée et la propose au dessinateur Jacques Lemonier dit JAK. Il est enthousiaste. La bande à Ed vit depuis dix ans avec quatre tomes et un hors-série. Georges Grard planche actuellement sur le tome 5. « Les gamins me disent souvent qu'avec la bande à Ed on rit beaucoup. Les gamins ne voient plus le fauteuil ou la canne blanche et disent "Qu'est-ce que j'aimerais faire partie de cette bande !" parce qu'elle est joyeuse, elle est rebelle, elle rentre dedans. » 


Dis, Georges, c'est quoi un "blagagiste" ?

2014 : L'handispensable

« A force d'écrire et de chercher sur le sujet du handicap, je me suis dit "il faudrait faire un magazine digne et joyeux sur le handicap actif". » Il est impressionné par tous ces inconnus, valides ou non, qui interrogent cette question du handicap, qui lancent des idées, qui agissent et font bouger les lignes.

Georges Grard, qui a quitté l'enseignement en 2010, lance L'Handispensable en 2014. La revue en est à son douzième numéro. « J'essaie de mettre des confettis et des serpentins dans la vie des gens et c'est eux qui m'apporte les feux d'artifice. Dans le magazine, je viens vers les handicapés, des handicapés qui font des choses. J'y vais d'entrée de jeu, je leur demande comment ils ont eu leur handicap. Mais ce qui m'intéresse, c'est ce qu'ils font et là, je ne les considère pas comme des handicapés mais comme des gens qui font des choses extraordinaires, qui transcendent leur handicap. »

La revue n'en est pas pour autant bisounours, elle pointe les dysfonctionnements mais par le biais de témoignages. Elle met en lumière les moyens et les méthodes pour les dépasser et ouvrir des possibilités. « Pour nous, prendre un verre et boire, c'est facile. Pour un tétraplégique, c'est une victoire de tous les jours. On ne peut pas tricher avec la vie, on en a qu'une. Ce n'est pas une matrice, il n'y a pas de polycopies au bout. Il faut la rendre la plus belle possible pour soi et pour les autres. Ce qui est essentiel, c'est de dire à l'autre "tu existes" L'autre ne peut exister que si l'on s'attache à ce qu'il est, à ce qu'il vit. » 

Marie-Anne Divet


Le Magazine qui fait l'handifférence

« "L’Handispensable" se veut le maillon fort de toute une chaîne de solidarité, d’actions, de réjouissances, de combats et d’espoirs souvent invisibles médiatiquement. » Voilà comment Georges Grard présente ce magazine trimestriel.

80 pages qui s'adressent à tous et à toutes pour parler de culture, de sports, d’innovations, d’initiatives, de personnalités, de parcours d’anonymes, de vécus, de progrès et d’échecs, de témoignages, de la vie associative, de voyages, d’Histoire et d’humour...
80 pages qui montrent que la personne en situation de handicap est un citoyen à part entière, qui a des intérêts communs et qui aspire à participer à la vie de sa cité. 
 
" Alors attendez- vous à voir la différence comme richesse, combat, modèle et bonheur ! Nous sommes des messagers engagés, des passeurs ouverts aux initiatives, aux talents, à l’actualité, aux bonnes et, parfois, aux mauvaises humeurs ! 

Un valide et invalide sonnent pareil à l’oreille. Dans notre regard aussi ! Alors Bienvenue chez vous ! "


L'Handispensable, trimestriel, est vendu par abonnement 20 € les 4 numéros. Il peut aussi être acheté à l'unité 5,40 €.
A régler par chèque à l'ordre de GRRR...ART EDITIONS
3 résidence Saint-Paul 
78660 ALLAINVILLE AUX BOIS
ou sur le site GRRRART-EDITIONS.FR

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Dis, Georges, c'est quoi un "blagagiste" ?






1.Posté par michele Dussaut Delorme le 26/04/2017 07:35
Votre travail est superbe d'humanisme, bravo ! Toutefois, si je puis me permettre, je ne vois nulle part apparaître le handicap psychique pourtant de loin le plus stigmatisé. Les personnes atteintes de troubles psychiatriques font peur et sont par conséquent exclues de la société. La schizophrénie totalement inconnue du grand public arrive en tête des terreurs fantasmées de notre époque avec il est vrai la complicité des médias qui présentent ces personnes sous un jour complètement erroné. Je rêve d'une bédé à la fois drôle et tendre consacrée à ces personnes. Avis aux scénaristes avec qui je collaborerais
volontiers

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Tous au régime, répètent les journaux. Pas pour nous aider à amincir des corps trop débordants l'été venu. Là, c'est trop tard. Non, le régime, c'est la métaphore préférée des médias pour rendre légers les choix brutaux des gouvernants. Au "régime", ou à la « "diète", les collectivités locales, l'État, la Sécu. Ou bien, pour changer : L'État "réduit son train de vie", "se serre la ceinture". Etc. Trop gras, trop gros, que fondent tous ces milliards en trop ! Bien sûr, les médias pourraient titrer sur les victimes de ces régimes à répétition, les mal soignés, les mal logés. Sur les firmes privées qui font du gras sur des services jusqu'ici gratuits. Ou encore sur les immenses besoins non satisfaits. Eloignés du réel, ils soutiennent au contraire par de doux euphémismes les idéologues de l'impôt allégé et de la diète publique.

Michel Rouger

20/07/2017

Nono



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