Europe

Dimitris va-t-il devoir quitter Rennes et rentrer au pays ?


29/02/2012

Dimitris Carpouzis vit depuis plus de 20 ans à Rennes où il enseigne et anime, entre autres, un festival du cinéma grec. Avec le tourmente tombée sur son pays, ses conditions de vie se dégradent. Il craint de devoir rentrer. De l'impact des séismes financiers sur nos vies d'Européens...




Dimitris va-t-il devoir quitter Rennes et rentrer au pays ?
Soumis à un plan d'austérité d'une incroyable brutalité, les Grecs se demandent quand va arriver le fond du trou. Depuis deux ans, ils voient surgir en cascade des feuilles de route imposées de l'extérieur en contrepartie d'une manne financière censée renflouer les caisses. La pauvreté menace les trois-quarts de la population, les jeunes sont privés d'avenir. 
 
 À 50 ans, Dimitris Carpouzis pensait terminer sa carrière dans le pays où il a choisi de vivre, il y a plus de 20 ans. Enseignant de grec moderne à l'Université Rennes 2, il se demande s'il pourra tenir encore très longtemps. Pour ce fonctionnaire de l'État grec détaché en France, la situation vire au cauchemar. 

Des revenus en chute libre

Quand le premier signal a été donné sur la voie de l'austérité, il bénéficiait d'un traitement confortable comparé à ses collègues restés au pays. « Avec les primes de détachement, je gagnais environ 4 000 euros. Mais de nouvelles mesures sont annoncées presque chaque mois. Il n'existe plus de primes. Les salaires ont été baissés et les impôts augmentés. En novembre, la nouvelle grille est tombée, avec un salaire encore réduit de 30%. Je me demande quand ça va s'arrêter. » Il estime sa feuille de paie de juillet 2012 à 1 400 euros.

Quelle dégringolade! Par chance, Dimitris est propriétaire de son appartement, qu'il partage avec ses deux enfants. N'empêche, les charges sont lourdes dans cet immeuble du centre-ville construit dans les années 60. « Je commence sérieusement à imaginer mon retour en Grèce, d'autant qu'il y a une nouvelle règle qui encadre la durée des détachements. J'ai fait une demande de prolongation à l'ambassade à Paris. Mon interlocuteur habituel a disparu. Maintenant il faut s'adresser à Bruxelles. En mai, je saurai si mon contrat sera renouvelé. » 

L'option de langue grecque risque d'être supprimée

Avec Dimitris, ils sont une trentaine d'enseignants de grec détachés dans les universités françaises, pour la plupart à Paris. « Il n'y a pas si longtemps, on était plus de cinquante. Nous sommes tous dans la même situation. On subit les événements. » À Rennes 2, Dimitris compte une cinquantaine d'élèves répartis sur quatre ans. Aux étudiants qui ont choisi l'option grecque, se greffent quelques adultes qui apprennent la langue pour le plaisir. 
 
La langue grecque sera -t-elle toujours enseignée à Rennes 2 à la rentrée ? Pas sûr. Dimitris appréhende son retour à Athènes, une ville qu'il ne fréquente plus que le temps des vacances, deux fois par an, histoire de renouer avec les proches. Chargé de famille, il devra sans doute faire son retour avec deux enfants majeurs, encore étudiants, qui eux n'ont jamais vécu en Grèce et pratiquent peu la langue.

En 2010, année maudite, Dimitris a eu la douleur de perdre son épouse, celle-là même qui a fait basculer son destin. « Nous nous sommes connus pendant les vacances sur une plage. Je suis arrivé à Rennes en 1984. J'ai d'abord préparé un doctorat de grec ancien. » Plus tard, le poste d'enseigant de grec est devenu vacant à Rennes 2. Il a été renouvelé grâce aux fonds de l'État grec qui le finance depuis onze ans. 
 

Devenue pays d'accueil, la Grèce redécouvre l'exode

La dernière fois qu'il s'est rendu dans son pays, lors des fêtes de fin d'année, Dimitris a constaté une forte chute de moral. « J'ai senti une grosse déprime. Il y a une morosité ambiante quand on se promène dans les rues d'Athènes, ça se lit sur le visage des gens et aux devantures de magasins fermés. Le retraite de ma mère est passée de 900 à 600 euros. Le carburant est surtaxé. C'est étrange, les Grecs ont accueilli beaucoup d'immigrés, ça a commencé avec la guerre des Balkans. Aujourd'hui les jeunes partent, un nouvel exode commence vers l'étranger. »
 
Moins d'État, moins de fonctionnaires et de services publics : Dimitris voit se dessiner les contours d'une économie imposée par les marchés financiers. « D'autres pays suivront, et peut-être aussi la France. » La Grèce se trouve en première ligne, plombée par des problèmes spécifiques, comme la mauvaise gestion et la corruption.  « Le fonctionnaire qui a un peu de pouvoir en profite. La classe politique, c'est pareil. » La dette a été creusée sans que personne n'y prenne garde. « Au moment des Jeux Olympiques en 2004, on savait déjà que les comptes étaient falsifiés. Mais on a laissé faire, c'était l'intérêt de marchés. » Dimitris ne voit pas comment son pays pourra s'en sortir. « Les mesures prises par les prêteurs n'aident pas, mais aggravent les problèmes... »
 
Alain THOMAS.

Pour aller plus loin

L'appel des deux grands résistants Theodorakis et Glezos

Un appauvrissement général






Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 13 Février 2014 - 21:11 Ces Grecs solidaires contre les détresses



Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono