Témoignages

Daphné : « Eh oui, j’ai une maladie, la schizophrénie »


27/02/2013

Avant cette rencontre avec Pascal Gault, Daphné avait adressé ce témoignage à Histoires Ordinaires. Daphné est un prénom d'emprunt.




« Il y a sept ans, j’étais une jeune fille comme les autres : la vie, sursum corda, en aurait-elle décidé autrement ?
 
Dans mes ailes de 20 ans, le poids. Poids de l’irresponsabilité, obésité de l’assistanat, anorexie de l’image par le regard des autres. 
 
À 20 ans, à l’aube de tous les rêves et les projets, je suis en école d’éducatrice spécialisée quand dans ma tête tout se mélange : les peurs de devenir adulte, la compréhension des autres, la vie quotidienne. Prise dans un étaux entre délires et réalité, je m’en évade par la force de ma déraison, petit à petit, sans que rien ne me retienne. Hospitalisée, les médecins mettront du temps à poser le diagnostic, pour finalement opter pour un terme pas très clair, symbole des fantasmes les plus fous, notamment pour les JT agités : schizophrénie. 

« Toutes les personnes handicapées ont un potentiel à exploiter »

Eh oui, j’ai une maladie, la schizophrénie. Ce que ça comporte au quotidien ? C’est assez variable. Je peux entendre une ou des voix de temps en temps (une fois tous les six mois) qui m’appellent par exemple par mon prénom, rien de bien méchant, sincèrement, ou avoir des idées qui m’arrivent dans la tête à tout instant sans logique apparente : par exemple, madame x mange son saucisson et porte son chapeau à l’envers. 
 
Je suis très fatiguée aussi au quotidien mais je reste consciente du travers de ces idées, qui ne me font voir que le reflet d’une maladie. Je le croyais il y a sept ans : toutes les personnes handicapées ont un potentiel à exploiter. Ce que je croyais devoir appliquer pour les autres, je me le suis dédié à moi-même et j’ai avancé pas à pas sous les mépris de certains « amis » qui, parce que je ne ressemblais plus à celle d’avant, m’ont délaissée, mais avec la foi de quelques autres, que je remercie…

« Malgré les difficultés, la vie nous tend les bras »

J’ai entrepris. J’ai joué d’innombrables parties de scrabble avec l’aide de ma mère pour travailler mes facultés cognitives endormies. Je me suis bataillé contre la CAF et la maison départementale de l’autonomie : l’une, parce qu'avec seulement quelques jours de formation sur l’allocation adulte handicapé, ils ne savent pas répondre le plus souvent  à mes questions les plus élémentaires ; l’autre, car, d’après eux, si j’arrive à faire du ménage en terme d’emploi c’est déjà assez bien pour moi…
 
Je me suis inscrite dans un Groupe d'Entraide Mutuelle. Quelque temps plus tard, je suis devenue la présidente de l’association. J’aime cette asso où l’occasion nous est donnée d’aider les autres dans la maladie, de nous mobiliser pour être intégré dans la cité, d’avoir un espace pour vivre, parler, aimer d’un amour universel et sans ambiguïté. 
 
Je suis aussi une thérapie au travers de laquelle, pour moi, la maladie est apparue comme une adaptation dans un système. Alors, quand les médias, parlent des comportements violents de ces malades déments, je témoigne que nous ne sommes pas tous comme ça… Quant à nous, porteurs de cette maladie, n’oublions pas de prendre nos traitements, ce n'est pas toujours facile certes, mais ce sont les premiers pas vers cette vie, qui en fait, malgré les difficultés, nous tend les bras. »

(Les intertitres sont de la rédaction d'Histoires Ordinaires)





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Michel Rouger

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