Logement

Du logement solidaire astucieux


08/11/2010

Trouver un logement pour une, deux ou trois nuits: voilà un casse-tête fréquent dans la société d'aujourd'hui. Magali Le Carrérès a trouvé une solution : la solidarité. Et en a fait une entreprise.




Du logement solidaire astucieux
C'est une idée toute simple: dans la vie, et pas seulement pendant les vacances, on peut avoir besoin pour quelques jours d'occuper régulièrement un autre logement que le sien, sans pour autant aller à l'hôtel. Soit parce qu'on n'en a pas les moyens, soit tout simplement parce que ce n'est pas très convivial. Et surtout quand on est parent séparé. C'est ainsi qu'est née l'idée du logement solidaire.

« Quand j'ai divorcé, j'étais en Bretagne et le père de mes filles dans la Drôme. Elles avaient 8 et 9 ans à l'époque. Et la Drôme, c'est loin ! Au début, elles y allaient un week-end sur deux», explique Magali Le Carrérès, l'initiatrice du projet, une femme douce et souriante aux abords de la quarantaine. Maintenir le lien familial s'est avéré lourd et coûteux :

«Je les emmenais et, quinze jours après, c'était leur père qui venait les voir. Ensuite, on a trouvé une étudiante qui faisait le trajet pour nous. Puis on a eu recours aux hôtesses de train. Mais ce service ne fonctionne pas toute l'année... Finalement, on a décidé de se retrouver à mi-route, de faire la moitié du trajet chacun. Mais à chaque fois, c'était le même problème: où loger, où manger ? L'hôtel, ça coûte cher et c'est pas très sympa. Ça aurait été tellement mieux de se retrouver dans une maison ou dans un appartement, de pouvoir faire la cuisine...»

De « lequipe-des-papas.com » à « astuces-parents.com »

«Le déclic m'est venu brusquement en février 2009: il fallait ouvrir un site où les gens - ceux qui sont en recherche d'un logement comme ceux qui peuvent en proposer un - puissent déposer une annonce, l'idéal étant de faire un échange sur une base régulière pour que chacun s'habitue à son logement d'adoption au fil des week-ends ou des vacances. C'est comme ça que j'ai fondé le site "lequipe-des-papas.com" qui est devenu cet été "astuces-parents.com ».

«Au départ, je ne pensais qu'aux gens dans ma situation, les parents divorcés, séparés, et aux moyens d'organiser plus facilement les droits de visite en atténuant les contraintes de la distance et le coût de ces migrations répétées». Selon Magali Le Carrérès, qui s'appuie sur des statistiques officielles, 800.000 personnes en France sont concernées par cette problématique de l'éloignement familial. Mais à la réflexion, elle a décidé d'élargir le concept.

«Je me suis rendue compte que beaucoup de gens, et pas seulement les parents séparés, étaient confrontés à une situation d'éloignement familial: ceux qui vont voir leurs vieux parents en maison de retraite à l'autre bout de la France, ceux qui ont un proche, enfant ou adulte, en soin dans un hôpital loin de chez eux, des familles de prisonniers, etc...Tout ça, ce sont des situations humaines, inattendues et douloureuses, pour lesquelles on peut s'entraider.»

Du logement solidaire astucieux

La rude aventure de la création d'entreprise

Rien ne prédisposait Magali à se lancer dans l'aventure d'internet. «Je ne connaissais rien au web et j'étais plus "pages jaunes" qu'internet. En plus, je travaillais à plein temps dans la fonction publique et, avec trois enfants, il ne me restait pas beaucoup de temps libre.» Mais, se souvenant d'avoir été dans une autre vie enseignante en marketing et économie, cette femme convaincante et obstinée ne lâche pas son idée.

Pour la concrétiser, elle décide de passer à temps partiel, d'abord à 80% et, aujourd'hui, à 60%. Une baisse de ressources que le site ne vient pas encore compenser puisqu'il ne génère aucun revenu pour le moment. Au contraire, pour le développer, il faut investir: «Faire un site, ça coûte de l'argent, autour de 7.000 euros. Et ça ne suffit pas, il faut en assurer la promotion, être référencé, aller dans des salons spécialisés pour se faire connaître, contacter des associations, des services hospitaliers, etc...» Plus on a de moyens financiers, plus cette notoriété indispensable au succès du site peut s'établir rapidement.

Magali, elle, pour lancer son projet, a contracté un prêt personnel pour lequel elle a heureusement bénéficié de la garantie d'Oseo, un établissement public qui peut, selon les cas, apporter une aide à l'innovation ou une garantie des concours bancaires. L'accès à www.astuces-parents.com est gratuit mais le dépôt d'annonce, qui donne accès aux offres des autres membres, devrait devenir prochainement payant, avec un abonnement à 29 euros pour l'année.

De premières distinctions sont venues récompenser le site: avant l'été, «lequipe-des-papas» a été nominé dans la catégorie «Education, société» aux Trophées it Night, une manifestation organisée à Paris par le club des directeurs marketing et communication des Tic afin de valoriser les nouvelles technologies. Le site a également été distingué dans le cadre du Concours européen de l'entreprise innovante.

Plusieurs dizaines de parents lui font désormais confiance. «;Je reçois même des propositions de membres prêts à accueillir chez eux d'autres parents divorcés, le concept de l'hospitalité simple, appelé aussi couch surfing, ou encore de co-voiturage pour faciliter les retrouvailles parents-enfants». Mais dans tous les cas, l'idée de base reste la même: s'entraider !

Marie-Clarisse LUCAS.


Tags : Logement



Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 8 Janvier 2014 - 11:40 Témoignage : de la colère à l'action

Samedi 21 Décembre 2013 - 17:28 Après avoir vécu à la rue, Pauline aide les SDF







Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

Notre Dame de France

Etouffant le ramdam, le Président a remballé le statut de Première Dame promis à sa mariée lors de sa chevauchée printanière vers le pouvoir. Brigitte (qui n'a d'ailleurs jamais prétendu au rôle d'un Philip d'Edimbourg, le grand consort anglais) va seulement voir sa Maison étoffée, plus de gens, un super standard peut-être. Pour un emploi familial, tapez 1. Un voisin bruyant, tapez 2. Un chat perdu, tapez 3. Etc. Mais pourquoi donc une Première Dame ? En Allemagne, l'époux d'Angela Merkel cultive un anonymat farouche : le rôle, il est vrai, n'est pas fait pour les hommes. Concrètement, la République n'a-t-elle pas ses médiateurs, ses serviteurs ? Pourquoi les Français, pour réveiller une administration parfois ensommeillée, devraient-ils compter sur l'oreiller de la Moitié ? En fait, il y a là, bien sûr, plus qu'un service rendu. Un symbole. Celui d'un peuple de sujets plus que de citoyens.

Michel Rouger

09/08/2017

Nono



Webdoc "Les 11 de Saint Péran"