Logement

Armelle, militante efficace et discrète


08/06/2011

L'intelligence, c'est relier les informations pour agir de manière appropriée. Armelle Bounya relie en plus les compétences de chacun au sein du Dal (Droit Au Logement) et RESF (Réseau Education Sans Frontières). Intimidée pour parler d'elle, ses sourcils se haussent et le ton de sa voix s'aggrave lorsqu'il s'agit de la cause qu'elle a choisie. Ou plutôt qui est venue vers elle...




Armelle, militante efficace et discrète

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Institutrice à la retraite, Armelle milite pour l'alphabétisation
Institutrice à la retraite, Armelle milite pour l'alphabétisation

Institutrice à Rennes, Armelle a mené une vie tranquille, s'occupant de ses cinq enfants. « En fait, ça a commencé, il y a six-sept ans, dit-elle. J'ai reçu dans ma classe un enfant étranger, non francophone, et ça m'a passionnée d'apprendre le français à ce gamin-là ! Sa famille était demandeuse d'asile, c'est avec eux que je me suis liée ». Elle rejoint alors l'association RESF (Réseau Education Sans Frontières), et se confronte à de nouvelles situations: « C'était surtout un soutien judiciaire, les papiers, accompagner dans les démarches... »

Avec une aiguille de volonté et son cœur maître de ses mains, Armelle démêle quelques situations difficiles, avec la patience et la discrétion d'une couturière. Au bout d'un fil, elle rencontre une belle pelote, voire un grand travail de canevas cadenassé :

« J'allais faire une démarche pour une famille, c'était vraiment la routine, aucune appréhension, rien, et je me retrouve face à une autre famille avec une flopée de tout petits enfants, des bébés, qui me dit :  "Voilà, on est là, au foyer, et on s'en ira pas..." Et je vois le directeur du foyer qui s'agite : « Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible ! Ils ne peuvent pas rester là, j'appelle la police, il faut qu'ils partent ! " «  Je me dis : " Qu'est-ce que je fais? " »


« Je ne supporte pas de voir des gens à la rue avec des enfants »

Devant cette situation inextricable, elle fait avec ce qu'elle a, c'est-à-dire ses relations. Elle sait que, parmi les militants du RESF, une personne est au DAL (Droit au Logement).
 

« Je l'ai appelé, il a appelé ses copains qui sont arrivés (je ne les connaissais pas à l'époque !) et voilà, on s'est connu à cette occasion-là. Ils ont pris la chose en main, ils ont ouvert une réquisition pour eux et du coup, moi, j'ai suivi. C'était il y a tout juste un an ». Armelle rit par à-coups, gênée de raconter ses aventures, baisse les yeux parfois sur son biscuit du café qu'elle ne lâche pas.
 

Comment associer une femme aussi timide et douce à la réalité des squats, des réquisitions de bâtiments désaffectés? Armelle agit en société à l'écoute de ce qu'elle est. C'est peut-être ça la vraie révolution. Elle évalue ce qu'elle peut faire et comprend le système d'action.

« Dans le Dal, j'ai trouvé la place qui est la mienne ; je ne suis pas forcément militante dans l'âme ; toute l'affaire politique, stratégique, ce n'est pas mon truc, je suis plus sensible à la souffrance, je ne supporte pas de voir des gens à la rue avec des enfants, qui ne savent pas où ils vont dormir la nuit, c'est l'enfer. Je suis plus sensible à ça ; en même temps, je suis forcément consciente qu'on ne peut pas faire au cas par cas, que la solution, elle est politique. Mais moi je ne sais pas faire. » (rires) 


Armelle, militante efficace et discrète

« Quand je suis avec les gens, je crois que je suis vraiment dans l'empathie »

L'équipe du Dal est composée de personnes revendicatives, où l'on parle fort et où l'on s'insurge avec chiffres et faits à l'appui. En contraste, Armelle rectifie doucement, précise l'information si on le lui demande.
 

« Il n'y a pas qu'une façon de faire. Ce n'est pas toujours le conflit qui paye. Quelquefois, mais pas toujours. Parce que c'est sûr, si on ne provoque pas, on n'avance pas ! C'est le prix à payer pour que l'État se rende compte qu'il y a un problème.

Ce qui est intéressant, c'est de se connaître bien les uns les autres et puis de se dire " Eh bien voilà, ce truc-là, ce n'est pas pour moi, untel sera plus compétent dans cette démarche-là " et que quelqu'un se dise " Bon, là, ce que j'ai à faire, ce n'est pas pour moi parce que je vais m'énerver, il faut que ce soit Armelle qui intervienne, qui va gérer les choses calmement. »  

« J'ai appris à me blinder un peu, sinon ce n'était pas possible. Mais quand je suis avec les gens, je crois que je suis vraiment dans l'empathie. Ce que me disent tous les étrangers, c'est que j'ai vraiment un contact facile avec eux, même quand ils ne parlent pas français.  Simplement, j'ai appris à me dire " Je ne suis pas responsable de ce qui leur arrive, j'ai fait ce que j'ai pu, je ferai encore ce que je pourrai demain mais il faut se protéger un peu. Les gens comprennent bien. »


« Chacun aide avec ce qu'il a, avec ce qu'il est »

Elle se protège mais se dépasse tout de même ! Là encore, un jour, une situation difficile. Une femme enceinte, avec ses deux enfants, décède en donnant la vie. Le père est dans un centre de rétention de demandeurs d'asile aux Pays-Bas. Les personnes, à qui la mère avait confié ses enfants avant de partir accoucher, appellent Armelle.

Illustrant sa phrase « Chacun aide avec ce qu'il a, avec ce qu'il est  », Armelle gagne peu à peu la confiance des enfants et de la famille d'accueil. Elle déploie ses capacités d'écoute et de douceur, passe du temps auprès d'eux, être là simplement. Entre-temps, elle appelle une militante de RESF national pour faire sortir le père et organiser la scolarisation des enfants.

Le père est libéré, elle va à Paris pour les belles retrouvailles du père et de ses fils. De retour sur Rennes, elle accompagne à l'hôpital le père désemparé devant le nouveau-né, seul sans sa femme. Le contraste entre la retenue d'un Mongol et l'expression des émotions d'un Européen se gomme en un sentiment universel, celui qui rappelle à chacun que nous sommes humains, point.

Armelle, militante efficace et discrète

« ll y a ce qu'on donne et ce qu'on reçoit aussi »

Entrer à RESF c'était un choix, entrer au Dal, c'est une continuité. « Il y a ce qu'on donne et ce qu'on reçoit aussi. J'étais très effacée, j'avais un peu peur de tout, dommage que je n'ai pas changé avant mais bon, il n'est jamais trop tard ! Au contact des autres, on apprend beaucoup et je ne pensais pas être capable de faire autant de choses. Je suis étonnée moi-même, franchement. »  « ll y a ce qu'on donne et ce qu'on reçoit aussi »
 
Par amour de faire apprendre le français et par empathie envers des familles désemparées, son action, portée sur l'assistance juridique et la scolarisation, fait d'elle un pilier du Dal. Armelle fait de sa fragilité une force incroyable. Comme pour ceux qu'on souhaite protéger, on répugne à l'imaginer face à des personnes cyniques. 

Armelle joue avec son collier : « Il y a des gens qu'on ne convaincra jamais, on sait très bien que ce qu'on fait n'est pas accepté par la population. La manière de fonctionner du Dal, la façon de communiquer, la provocation, peut même faire monter le Front National. Ils peuvent dire " Regardez ce que ça coûte à la France ", sans savoir ce que les étrangers peuvent apporter à la France ! 

« Les étrangers apportent une richesse, une autre façon de voir »

Les étrangers apportent une richesse, une autre façon de voir, et puis, une force de travail, on aura besoin de ces populations-là !  De ces gamins-là. D'accord, ils coûtent cher quand ils arrivent, mais s'ils sont intégrés, ils travailleront, ils paieront leurs impôts, etc. Moi je pense qu'être entre Français qui vivent tous pareil, qui pensent tous pareil, ce n'est pas bon. Ce sont des gens extrêmement motivés qui transmettent une autre vision, qui sont reconnaissants envers la France, qui veulent participer au développement, qui veulent travailler. Tant pis pour ceux qui ne seront pas convaincus de ça ». 
 

Armelle n'aura pas lâché des mains son biscuit du café. C'est en riant qu'on le lui fait remarquer, pour qu'elle reconnaisse ne pas s'en être rendue compte. La cause d'Armelle l'embrasse pour la révéler, la poussant à aller au delà de ses peurs. Se consacrer aux autres permet de s'accomplir soi-même...

Violette Goarant







1.Posté par fatima le 28/12/2012 17:45
merci madame amelle d'etre là

2.Posté par fatima le 28/12/2012 17:47
merci madame armelle pour tout ce que vous faites pour les autres

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Etouffant le ramdam, le Président a remballé le statut de Première Dame promis à sa mariée lors de sa chevauchée printanière vers le pouvoir. Brigitte (qui n'a d'ailleurs jamais prétendu au rôle d'un Philip d'Edimbourg, le grand consort anglais) va seulement voir sa Maison étoffée, plus de gens, un super standard peut-être. Pour un emploi familial, tapez 1. Un voisin bruyant, tapez 2. Un chat perdu, tapez 3. Etc. Mais pourquoi donc une Première Dame ? En Allemagne, l'époux d'Angela Merkel cultive un anonymat farouche : le rôle, il est vrai, n'est pas fait pour les hommes. Concrètement, la République n'a-t-elle pas ses médiateurs, ses serviteurs ? Pourquoi les Français, pour réveiller une administration parfois ensommeillée, devraient-ils compter sur l'oreiller de la Moitié ? En fait, il y a là, bien sûr, plus qu'un service rendu. Un symbole. Celui d'un peuple de sujets plus que de citoyens.

Michel Rouger

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