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Catherine Peix nous croque la magique histoire des pommiers kazakhs


30/08/2012

Fascinée par le combat d'un savant kazakh pour sauver les légendaires pommiers de son pays, Catherine Peix est remontée avec lui aux origines de la pomme. Autrement dit de l'humanité. Et celle-ci ferait bien de s'occuper aujourd'hui de ses pommiers : ils sont, aussi, son avenir...




Catherine Peix nous croque la magique histoire des pommiers kazakhs
Impériale, rocailleuse, sa voix l’a cueillie sur un bateau aux confins de l’Europe au milieu des années 2000. « Et j’ai dit oui tout de suite », rit-elle encore aujourd’hui. Sans même comprendre ce que le vieux savant kazakh lui murmurait à l’oreille. Depuis plusieurs semaines, Catherine Peix cherchait à joindre Aymak Djangaliev. « J’avais entendu parler de son combat pour sauver les pommiers du Kazakhstan. L’histoire me fascinait. » Plonger dans l’histoire de l’humanité pour remonter jusqu’aux dinosaures. Partir sur les traces du jardin d’Eden, là-bas, dans les montagnes du Tian Shan. Un parfum de rêve et d’aventure.
 

Almaty, « la ville des pommes »

La documentariste aime les pépins et la castagne. Les virées incertaines au bout du monde. Vous lui laissez un message. La réponse reste en attente plusieurs jours. Et finit par tomber un soir. « J’étais  en expé au fin fond des montagnes sans électricité. Conditions extrêmes. » Elle a  travaillé pendant vingt ans dans le cinéma comme chef monteuse et réalisatrice aux côtés de Pedro Almodovar, Tim Haines, Jean-Paul Rappeneau. Réalisé un documentaire sur le sida. Gardé de ses débuts dans l’enseignement comme prof de biologie le goût de la pédagogie et du partage. Depuis 2005 et sa rencontre avec Aymak Djangaliev disparu en 2009, elle se bat pour sauver les plus vieux pommiers du monde.

Pas de crédits ou si peu mais une énergie du diable. Une capacité à vous convaincre, vous aussi, de boucler un soir vos bagages pour traverser l’Europe et débarquer à 3 heures du matin à Almaty, « la  ville des pommes » en kazakh. L’hôtel est resté soviétique. D’immenses couloirs recouverts de moquette rouge. Une veilleuse de nuit en tablier sommnole derrière un comptoir à chaque étage. À l’aube, un grondement venu des entrailles de la terre vous sort, hébété, du sommeil. Réveil de fin du monde. Ici, la terre tremble et la vie est un chaos. Dans ce Far-Est aux frontières de la Chine, les matières premières donnent le ton. Uranium et pétrole font couler l’argent à flot. Des maisons hollywoodiennes sortent de terre dans des parcs nationaux.
 

Catherine Peix nous croque la magique histoire des pommiers kazakhs

Des pommiers de 300 ans et 30 m de haut

Toute sa vie, Aymak Djangaliev se sera battu pour préserver les Malus Siversii. Persuadé que ces pommiers étaient le premier chaînon d’une incroyable épopée débutée à l’aube de l’humanité lorsque les dinosaures peuplaient encore les forêts de feuillus de l’hémisphère Nord. Au début de l’ère tertiaire, le soulèvement de l’Himalaya et des montagnes d’Asie centrale vont « piéger dans leur relief » des arbres et des plantes qui fascinent désormais les chercheurs. Dans ces vallées isolées qui cascadent le long des massifs du Tian Shan, à la frontière chinoise, la nature est restée longtemps inviolée.
 
Et si ces forêts de pommiers étaient l’une des clés pour apprendre à se passer de pesticides? Catherine Peix en est persuadée. Elle n’est pas la seule. Des Américains ont, dès le démantèlement de l’Empire soviétique, flairé la bonne affaire. Organisant des expéditions en hélicoptère pour partir sur les traces des arbres les plus beaux. Herb Aldwinckle a ainsi créé à l’université de Geneva dans l’État de New-York un verger kazakh et avec la volonté de développer de nouvelles variétés puisées dans ce capital génétique. Non sans soulever quelques questions. 

Qui sera demain propriétaire de cette banque de gènes? Ces arbres, en se développant dans des conditions extrêmes pendant plusieurs milliers d’années, ont en effet développé des caractères qui rendent les résistants à la tavelure ou au feu bactérien. Des pommiers hors du commun. Dans le Djoungarky, « ils peuvent faire jusqu’à 30 mètres de haut et vivre 300 ans. » Offrant des fruits de tous calibres allant du vert pâle au rouge carmin.
 

La génétique, une science « bourgeoise »

Aymak Djangaliev leur avait consacré sa vie. Dessinant et cartographiant les plus beaux spécimen. Deux fois au moins, il dut reprendre son travail à zéro après avoir vu son verger conservatoire déraciné. Ses travaux n’étaient pas dans la ligne du parti. Flirtaient avec la génétique considérée comme une science . Plus qu’une faute, un crime. Épié, jalousé, dénoncé, il faillit être envoyé au goulag. Son maître Nikolaï Vavilov eut moins de chance. Condamné au terme d’un procès inique, il mourut de faim en prison en 1943.
 
L’homme qui avait sillonné la planète dans les années 1930, à la recherche des plantes plus rares, qui rêvait de sauver l’humanité du fléau de la faim en s’appuyant sur les ressources de la nature, mourut comme un pestiféré. La même malédiction semble avoir frappé Aymak Djangaliev. Le savant rebelle a dû affronter les humiliations. Repartir de zéro par deux fois au moins. Soutenu dans cette traversée du désert par sa femme, Tatiana, spécialiste des abricotiers. Car le Kazakhstant n’abrite pas seulement des forêts de pommiers mais aussi des forêts d’abricotiers.
 

Un film sur Arte

L’histoire de cette vie, ligne brisée par un siècle assassin, Catherine Peix l’a contée autant que racontée dans un documentaire diffusé sur Arte. Aujourd’hui, elle poursuit ce travail - presque une cause - en diffusant ce film et organisant des débats partout en France. Avec le soutien des autorités kazakhs? Le sujet n’est pas une pomme de discorde mais presque. Une terra incognita surtout. Perplexes, les autorités redécouvrent, à travers les travaux menés aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France, la richesse de leur patrimoine. Comme s’ils retrouvaient leurs racines. Non sans mal.
 
En septembre 2011, la ville de Rennes a fêté son jumelage avec Almaty. Discours et cadeaux de bienvenue, concert avec des musiciens kazakhs. La délégation kazakh a même offert un pommier kazakh qui faisait la fierté de Daniel Delaveau, le maire de Rennes. Pas de chance, c’était un voyageur clandestin, une variété d’importation. Plus rageant encore pour Catherine Peix, les pommes aujourd’hui vendues sur les marchés kazakhs sont désormais chinoises. Et les Malus siversii kazakhs (nom donné par le savant allemand J.A Carl Sievers) sont menacées de disparition.
 
Les choses peuvent changer, espère pourtant Catherine Peix qui, avec l’aide de l’association des Croqueurs de pommes sillonne la France pour faire partager sa passion. En novembre dernier, la ville de Paris a accueilli une exposition présentant ce travail. La Bretagne pourrait à son tour prendre le relais en 2013.

Patrice Moyon
 
 
 





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