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Vert dans le Vermont, un autre rêve américain


08/11/2010

Je gardais de Simon l’image d’un jeune "animateur nature" qui n’avait pas son pareil pour vous embarquer dans une randonnée onirique et écologique en forêt de Brocéliande (Bretagne, Ille et Vilaine). Mais pourquoi faisait-il souche, depuis trois ans, outre-Atlantique, dans le Vermont ?




Vert dans le Vermont, un autre rêve américain
Après quatre heures sur l’interstate 95 puis le 91 qui nous mènent de New York jusqu’au cœur du Vermont, nous découvrons Putney, village-rue bordé de coquets immeubles et cottages en bois, sur des terre-pleins engazonnés et boisés. 2500 habitants. Sa station service, son épicerie - une des plus anciennes « coop bio » aux États-Unis - ses lieux de cultes, quelques artisans… Village rural paisible dans un écrin de verdure. Trois ou quatre kilomètres plus loin, nous nous engageons sur le chemin qui monte vers la ferme qui emploie Simon comme ouvrier agricole et où, avec Dana sa femme, ils ont planté leur yourte, cocon familial. Dana et Simon ont le sens de l’hospitalité. Ils partageront ce soir le cochon de lait et une bonne bouteille de vin, mis en réserve pour les repas de fête.

A l’école de la « Permaculture »

« Notre installation ici il y a trois ans est l’aboutissement d’une longue histoire » m’explique d’emblée Simon. « Depuis longtemps, je recherchais un endroit où je pourrais vivre pleinement mes idéaux. Cela m’a d’abord emmené en Irlande, sur une ile de l'archipel d’Aran. J’y ai vécu trois ans ». Des amis Irlandais lui ont signalé l’existence en Oregon, sur la côte ouest des États-Unis d’un centre de formation enseignant la pensée de Bill Mollison l’inventeur de la Permaculture. « Un beau jour j’annonce donc aux copains et à la famille mon départ pour l'Oregon. Retour prévu dans un an pour construire, en Bretagne, ma maison en Bauge… pardon, en terre et botte de paille », se reprend-il.

Ce mode de construction avec des matériaux naturels - disponibles partout et peu onéreux - est une des pratiques associées à la permaculture. « On nous enseigne, poursuit Simon, qu’il n’est pas besoin d’argent pour réaliser ses rêves quand on sait valoriser ses ressources personnelles. Et trouver des propriétaires de terrains qui acceptent de vous laisser édifier votre maison en terre et paille ne posera pas de problème. Il suffit de conclure un arrangement d’usage sur cinq ou dix ans. Quand vous déciderez de partir vous laisserez la maison et pourrez en construire une autre ailleurs ». Cette idée est sans doute adaptée à la culture nord-américaine et à sa gestion extensive des grands espaces. Mais qu’en serait-il en France où maison et terrain ont d’abord valeur patrimoniale ? Simon ne se posera pas longtemps cette question. Au cours de la formation, il rencontre Dana venue suivre un stage court d’éco-construction. Un vrai « coup de foudre ». « L’idée de partager un habitat sain a été notre glue » explique Simon. C’est en Nouvelle-Angleterre, dont est originaire Dana, qu’ils projettent alors de s’installer. Explorant la région à la recherche du lieu idéal pour construire leur maison, ils découvrent Putney.

Une communauté villageoise très accueillante

Ici les contacts se nouent rapidement avec une communauté d’habitants, très ouverte, rassemblée autour de la coop bio (voir vidéo reportage). « Nous avons mis une annonce par laquelle nous informions de notre recherche d’un terrain pour construire notre maison en paille. Très vite une femme nous a contactés. Notre projet l’enthousiasmait et elle se proposait de nous loger chez elle le temps du chantier ». Daina et Simon s’installent donc. Simon fait des petit boulots et Dana devient permanente d’une association humanitaire : elle encadre des bénévoles prêtant assistance aux personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Hélas la cohabitation avec leur généreuse hôtesse est plus difficile que prévu. La rencontre avec un jeune fabricant de yourte allait apporter la solution.

« L’intérêt de la yourte c’est d’être un habitat mobile. On peut rapidement la dresser sur un terrain prêté ou loué et la replier aussi vite. Il y a un investissement financier initial mais qui n’est pas perdu si l’on doit s’en aller dans de cours délais » Aussitôt dit, aussitôt fait. Nouvelles annonces et de nombreuses propositions dont celle de John. « Contre un loyer modeste il accepte dans un premier temps que nous installions notre yourte sur sa propriété ». Plus tard, quand la confiance réciproque s’installe, Simon accepte de devenir l’ouvrier agricole chargé de l’entretien du domaine (voir le vidéo reportage ci dessous). Et voici le couple et le jeune fils de Dana à pieds d’œuvre.

Vivre dans la yourte

C’est dans leur grande yourte de 70 m² que Dana et Simon, avec leurs deux enfants – la famille s’est agrandie il y a 18 mois – nous accueillent en cette soirée un peu fraiche de fin août. Ils vivront là bientôt leur troisième hiver. La tente ronde en toile est installée sur une plate forme en bois sur pilotis en surplomb d’un petit vallon boisé. « Nous n’avons pas l’électricité ni l’eau courante. Nous récupérons l’eau de pluie et pour l’eau potable nous nous approvisionnons à la ferme en remplissant des bombonnes », me montre Simon en faisant le tour du propriétaire. Pas de problèmes pour s’éclairer avec des lampes à huile ou à gaz. Un imposant poêle à bois assure un bon confort, par des températures qui peuvent descendre à moins 30° l’hiver. « A condition d’être là en permanence pour alimenter la chaudière », précise d’un air entendu Simon. Ici le bois de chauffe est abondant. « Finalement on a plus de difficulté avec la chaleur d’été : le dôme en plastique au sommet de la yourte laisse trop entrer le soleil ».

L’intérieur de la yourte est agréable, esthétique, tout en rondeur. Des tissus drapés cloisonnent trois espaces de vie : la grande salle commune, le coin couchage, le coin pour la toilette avec une grande bassine en guise de baignoire. Dehors, des toilettes sèches. Ici tout paraît évident, en place. L’ambiance feutrée est apaisante. C’est la résultante d’un processus pensé et maîtrisé qu’illustre Dana avec une tranquille conviction : « Au début nous ne possédions rien. Nous pensons que c'est ce qui est vraiment utile qui est important. Et cela se découvre à mesure. Ainsi pour cuire nous avons d’abord pensé fabriquer un four en terre, dehors. La première semaine on a fait plein de gâteau, dit elle en riant. Mais à l’usage, on a vite vu qu'une cuisinière à gaz serait plus pratique.

De même nous nous passons très bien de l’électricité à l’intérieur de la maison. Cela évite les ondes. L'air est plus clair et c’est meilleur pour le bébé. Mais on ne s'en prive pas totalement
 », précise Dana. Il est  en effet des usages nécessaires de l’électricité, par exemple, pour le congélateur ou pour recharger l'ordinateur et le téléphone portable, « deux outils formidables pour être reliés au monde ». Alors ils profitent de l'électricité de la grange qui est à 500 m de la yourte. « En fait, nous ne sommes pas contre l’alimentation électrique de la yourte, ajoute Simon, mais cela coûte cher de tirer la ligne. Tant que nous ne savions pas combien de temps nous resterions, ce n’était pas utile. Pour l’eau c’est pareil ». Et Dana de conclure : « Ce qui est bien c’est de prendre le temps d’agir. Ainsi, nous apprécions d’avantage l’utilité et le plaisir des choses ». Et de donner un exemple :  «Je ne peux pas utiliser le mixer pour faire la soupe dans la yourte mais j’apprécie de porter tout le matériel et de prendre le temps de monter à la grange pour le faire... Ça ralentit le temps ! ». La démarche de Simon et Dana ne peut être réduite à la contestation de la modernité. Ils pratiquent une ascèse hédoniste et ne se satisfont en aucun cas de voir perdurer des situations d’inconfort. Cela s’inscrit dans un projet de vie à dimension autant spirituelle que sociétale.

Un projet global

Simon et Dana entrent dans une nouvelle phase de ce projet de vie. « On examine avec John comment mieux exploiter nos ressources personnelles et celles de la ferme, voire y associer d’autres personnes ». Simon me parle de l’aide apportée à un jeune passionné par l’agriculture bio qui pourrait s’essayer sur trois ou quatre hectares. Un autre a besoin d’être épaulé pour mettre en œuvre une activité de récupération et recyclage d’urine humaine. « Il part des conclusions d’une étude suédoise: il n’y a pas meilleur engrais naturel que l’urine ». Dana de son côté, après s’être consacrée entièrement aux premiers temps de la vie de son bébé, né dans la yourte, veut se former et lancer un studio de tapissier décorateur. Plus qu’en fermier, Simon se projette en animateur de développement communautaire. Et tous deux se veulent intégrés à la communauté des « activistes » du produire local à Putney (voir le vidéo reportage ci dessous). Dana se réjouit à l’avance du stand de crêpes qu’ils tiendront ensemble sur le micro marché des producteurs locaux qui sera inauguré dans une semaine.

Le nouveau rêve américain

Dana et Simon aujourd’hui se projettent à quatre ou cinq ans et envisagent de s’investir dans une installation plus durable. La yourte devrait s’intégrer bientôt dans un ensemble plus vaste et confortable en structure bois qui offrira à toute la famille les espaces d’intimité et de concentration « C’est ce qui aujourd’hui nous manque le plus » remarque Simon.

L’histoire de Simon et Dana nous apprend quelque chose sur ce que pourrait être, pour la jeune génération, l’émergence d’un « nouveau rêve américain ». Ils se voient en pionnier d’une nouvelle manière d’être et de vivre : « Je ne peux parler que pour une petite partie de ma génération, s’enhardit à penser Simon. Nous sommes nés au début du choc pétrolier ; nous avons toujours entendu parler de crise et du changement climatique. Ça peut-être effrayant, non ? Alors, poursuit-il, notre Amérique à nous est un territoire où nous pouvons, en mobilisant nos ressources personnelles, en symbiose avec l'environnementcréer un foisonnement extraordinaire. Nous voulons être "successfull" : faire des choses qui marchent ; pouvoir croire en nous et en la force du lien, du réseau ».

Alain JAUNAULT

Vidéo reportage : Simon, vert dans le Vermont


Vidéo reportage : Simon ouvrier agricole







1.Posté par legouic arlette le 19/11/2010 11:00
Je me réjouis du choix de vie de Dana et Simon. Ce qu'ils vivent au quotidien c'est une belle résistance au modèle quasiment terroriste du " consumérisme" dont on commence à percevoir les aspects destructeurs et sclérosants..
Il me semble que ce choix de vie "communautaire" évolutif et non communautariste, est plus facile à développer dans un Etat des Etats- Unis qu'en France ! ( Le Vermont n'est-il pas l'état bulle écologique des américains?)
Je connais des jeunes investis dans cette même démarche dans le secteur de Plomeur en Finistère qui sont limités par l'accès à des espaces, et plus récemment freinés par ce projet de loi Loppsi (liberticide). Cette dernière s'attaquant aussi aux habitats alternatifs tels que les yourtes ...
Il est vrai que ces jeunes affichent un refus de rentrer dans le moule de la" normalité " qui consiste à s'endetter pour acheter une maison, et courber l'échine en travaillant "toujours"plus... Ce n'est pas bon pour la "croissance" telle qu'elle nous est proposée....
En tout cas "le Nouveau rêve américain est en marche". Et comme diraient certains "un autre monde est possible"

2.Posté par Nathinphoenix le 02/12/2010 23:48
Bonjour,
Oui un autre rêve américain est possible, mais combien de temps mettra-t-il a émerger ?

Le systeme, pourtant à bout de souffle, a la vie dure et peu de gens le remettent en cause. Partout autour de moi les gens "walk away", puis refont des crédits à 30 voire 50 % d'interêt... Et je me prends tous les jours des " va dans ta communauté", restes-y et ne la ramène pas...

J'essaye du fond de mon Arizona de croire encore que des choses sont possibles, sauf que s'ils n'ont pas compris maintenant, alors ils ne comprendront jamais.
En tout cas ce type d'expérience fait plaisir a voir... à bientot - Nath

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