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Paul Houée, l'éveilleur d'un territoire pionnier


14/03/2013

Dans le pays gallo, en Haute-Bretagne, on distingue les "disous" des "faisous". Sauf qu'il y a des disous qui sont aussi des faisous. C'est le cas de Paul Houée. Sa parole a entraîné vers la vie "un pays qui ne voulait pas mourir". Toute sa vie professionnelle et militante a été un engagement solidaire avec les compatriotes de sa terre natale, le Mené.




Paul Houée chez lui à St Gilles du Mené
Paul Houée chez lui à St Gilles du Mené
La veille de Noël 2012, Paul Houée vient chez des amis de la Côte armoricaine leur présenter les épreuves de son nouveau livre : « Le Mené, Territoire pionnier ». Dans ces pages, alors qu'il a maintenant passé les 80 ans, défilent l’œuvre et la vie de cet homme aux allures de paysan breton, attentif aux gens mais résolu et déterminé sur la base de ses racines et de ses convictions.
 
L'actuel président du syndicat mixte du Mené, Pierre Norée, un agriculteur en retraite, compagnon de route de longue date, le dit en préambule : « Cet ouvrage qui fait découvrir la démarche créatrice et l’aventure partagée du Mené est écrit par celui qui nous a fait croire en cette espérance d’un développement possible sur les landes du Mené à travers un cheminement inimaginable. »

Une belle aventure 
 
En effet, il y a 50 ans, ce secteur de Bretagne centrale regroupant quelques bourgades - Merdrignac, Collinée et Plémet – « était une zone anonyme, à l’écart de tout… de terres pauvres… un pays en voie de développement, ne survivant que par une économie essentiellement paysanne… dans une production peu élaborée…et n’ayant comme horizon que ses clochers, avec au ventre la constante hantise de la misère et de la faim »

Le Mené aujourd'hui

 Aujourd’hui, ce pays qui a une identité – le Mené – met en œuvre tout un programme d’autonomie énergétique à l’horizon 2030 en combinant diverses sources : bois, vent, soleil et méthanisation du lisier et autres déchets…qui n’est qu’un volet des nombreuses facettes (agricole, agroalimentaire, touristique, culturelle, artisanale…) de 50 ans de coopération et de détermination collective. 

Paul Houée, l'éveilleur d'un territoire pionnier

L’éveilleur

1965. Jeune prof de sociologie, originaire de St Gilles-du-Mené, Paul Houée, un bosseur, déjà grand voyageur avide de connaître le monde, mais proche des gens de son canton d’origine, avec lesquels il est toujours prêt à partager une bolée,  sans se prendre au sérieux, publie sa thèse : « Développement et coopération agricole en Bretagne centrale ». Cette année-là, aussi, il  participe sous la conduite d’Henri Desroche professeur à l’EHESS de Paris à un colloque en Israël sur l’éducation coopérative. Il se dit : « Ce qu’ils ont fait dans le désert, pourquoi ne pourrait-on pas le faire dans les landes de mon pays, le Mené ? »
 
C’est dans cet état d’esprit qu’il rend compte de son travail à base d’enquêtes participatives, à ses compatriotes au cours de l’été 1965 : près de 8 000 d’entre eux viennent en débattre. « Surprise ! » dit-il. Mais le mot est faible si on essaie de s’imaginer ce que représente un tel évènement pour ces jeunes ruraux. Jusqu’ici personne ne les écoute. Maintenant on entend leurs idées et leurs propositions sont prises au sérieux. Ça pourrait passer pour de l’action subversive mais telle n’est pas l’intention de Paul Houée : « Mes propos, sans doute, rejoignent « les nappes phréatiques » de l’histoire et de la sensibilité de cette population ».
 
Et de ce fait,  « le Mené prend la parole ». L’un des anciens, d’ajouter : « Sans être du même bord politique, on a pu abattre les barrières et travailler ensemble. » À la longue, Paul Houée en tire cet enseignement : « Les hommes et les groupes qui trouvent dans l’intelligence de leur passé, la signification de leur présent, sont mieux armés que d’autres pour inventer leur avenir. »
 
Il aime aussi rappeler que les maires de ces communes concernées démarrent leur engagement en décidant « de verser chaque année l’équivalent d’un paquet de cigarettes par habitant pour sauver le Mené – ce pays qui ne veut pas mourir ! » Et de demander : « A-t-on jamais vu une marmite commencer à bouillir par le couvercle ? Non, mais toujours par le fond ! » C’est ainsi que se crée le Comité d’Expansion du Mené (CEM), qui  « constitue la structure la plus ancienne d’un « Pays en développement »  aux dires de Georges Gontcharoff, grand penseur et défenseur des politiques territoriales.
 
 En bref, il s’agit « d’un groupe humain qui ose imaginer d’autres chemins passant d’une identité dépressive et résignée à une identité prospective… » en unissant collectivement ses énergies autour de 3 grands domaines : « L'agriculture à moderniser, l’agroalimentaire comme vivier d’emplois, et le tourisme comme levier d’animation culturelle. »

Signature de la charte intercommunale entre les élus et le ministre René Souchon le 29 nov 1985
Signature de la charte intercommunale entre les élus et le ministre René Souchon le 29 nov 1985

« Un serviteur éclairé » :

C’est peut être cela la caractéristique essentielle qui définit Paul Houée, ce jeune enseignant devenu formateur à la Chambre d’agriculture et ensuite chargé de recherche en sociologie du développement rural, d’abord au CNRS puis à l’INRA de Rennes. Comme il le dit, « je reste avant tout animé par l’audace et l’énergie des militants de la J.A.C. » : ce mouvement d’action catholique de jeunesse en milieu rural qui  forme à travers son « Voir, juger, agir » bien des responsables locaux et nationaux durant cette période d’après-guerre.
 
Comme eux, « je veux servir mes frères paysans » et il  décide d’y parvenir à travers la prêtrise, s’identifiant aux aumôniers de la J.A.C. qu’il fréquente : « Éveiller, susciter, encourager, accompagner, donner confiance, faire espérer et coopérer… » sont quelques-uns des maîtres-mots qui expliquent son action.
 
Rien d’étonnant qu’il soit propulsé à la fonction de maire de sa commune pendant trois mandats, puis à celle de « personne qualifiée » au Conseil Economique et Social de Bretagne, toujours avec les encouragements de son évêque.
 
Parallèlement à ses engagements de chercheur, d’enseignant et de militant, il écrit et participe à des expertises internationales notamment via le centre Lebret, du nom de ce dominicain fondateur de la revue « Economie et humanisme », qu’il a rencontré lors d'une session à l’Arbresle en 1963.
 
Lui qui ne sera jamais « recteur » d'une paroisse, sert autrement ses frères de milieu rural, avec le souci de donner corps à une foi chrétienne à visage humain unissant confiance en l’homme et confiance au Christ. Cette Espérance solide comme un roc lui permet de conclure : « J’ai ouvert cette réflexion par un appel à la patience et à la confiance en la vie d’un paysan de chez nous. Je l’achève par la citation de Arundhati Roy, jeune romancière indienne : ¨Un autre monde est en marche. Beaucoup d’entre nous ne seront pas là pour assister à son avènement. Mais quand tout est calme, si je prête une oreille attentive, je l’entends déjà respirer !¨»
 
 
Jacques Bruneau
 

Paul Houée présentant « Le Mené, Territoire pionnier » en décembre 2012
Paul Houée présentant « Le Mené, Territoire pionnier » en décembre 2012
Une quinzaine d'ouvrages
 
« Le Mené, Territoire pionnier » est le dernier des ouvrages de Paul Houée. Il est édité par l'Office de Développement Culturel du Mené, 1 rue de la fontaine, 22330 St Gilles du Mené, 2013, 148 p.
 
Ouvrages écrits précédemment :
 
« Développement et coopération agricole en Bretagne centrale » Thèse de doctorat Poitiers 1965, 434 p.
 
« Coopération et organisation agricoles françaises » Paris, Cujas, 1967, 2 tomes 127 & 222 p. – Prix de la Coopération
 
« Les étapes du développement rural » Paris, Ed de l’Atelier, 1972 – 2 tomes, 191 & 295 p. – Prix Olivier de Serres
 
« Quel avenir pour les ruraux ? » Paris, Ed de l’Atelier, 1974, 248 p.
 
« Bretagne en mutation » Rennes, INRA, 1979 – 2 tomes 100 & 315 p.
 
«  Les chemins creux de l’Espérance » Paris, Cana, 1982, 250 p.
 
« Pays de Bretagne » Rennes, ARIC, 1982, 250 p.
 
« Régionalisation à l’essai ; Les politiques de l’E.P.R. de Bretagne de 1974 à 1983 » Rennes, INRA, 1984, 293 p.
 
« La décentralisation, territoires ruraux et développement » Paris, Syros, 1992, 235 p.
 
« Les politiques de développement rural, des années de croissance au temps d’incertitude » Paris, Economica, 2° ed, 1996, 324 p.
 
« Louis Joseph Lebret, un éveilleur d’humanité » Paris, Ed de l’Atelier, 1997, 224 p.
 
« Le développement local au défi de la mondialisation » Paris, L’Harmattan, 2003, 250 p.
 
« Repères pour un développement humain et solidaire » Paris, Ed de l’Atelier, 2009, 254 p.
 
 





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