Rebelles non-violents

Les fusillés pour l'exemple de 14/18

Lundi 11 Novembre 2013


Maudite soit la guerre
Maudite soit la guerre
François Hollande s'était engagé pendant la campagne présidentielle à faire du centenaire de la Grande Guerre un temps fort de son quinquennat. Question gênante :  que faire des soldats français fusillés entre 1914 et 1918 après avoir été condamnés par la justice militaire pour désertion, mutinerie, refus d'obéissance, espionnage ou crime de droit commun ?

Pour le seul mois d'octobre 1914, 600 à 700 soldats sont fusillés après jugement: le commandement de l'armée française, avec l'accord du gouvernement, souhaite maintenir dans les rangs une discipline rendue fragile par les difficultés rencontrées par l'armée. C'est un véritable mouvement d'insoumission dont il s'agit et il n'est pas isolé: les cas les plus nombreux de « fusillés pour l'exemple » interviennent d'ailleurs lors de la retraite de 1914.

Derrière ces "fusillés pour l'exemple", allons au-delà des préconisations sur leur réhabilitation ou non, discutons vraiment sur ce qui est un vrai débat contemporain : le lien entre l'armée et la Nation, la place de l'individu dans les enjeux collectifs, la résistance de celui-ci face à la violence de masse de la guerre moderne.

Lettre d'un soldat de la 5e Compagnie (3e RI, 5e DI) à sa femme (1917)

« Je vais vous dire que nous avons refusé de monter en ligne mardi soir, nous n'avons pas voulu marcher. nous nous sommes mis presque en grève, et beaucoup d'autres régiments ont fait comme nous Quand j'irai en " perm "je vous raconterai cela mieux Ils nous prennent pour des bêtes, nous font marcher comme cela et pas grand chose à manger, et encore se faire casser la figure pour rien, on aurait monté à l'attaque, il en serait resté moitié et on n'aurait pas avancé pour cela. Peut-être que vous ne recevrez pas ma lettre, ils vont peut-être les ouvrir et celles où l'on raconte ce qui se passe, ils vont les garder ou les brûler Moi je m'en moque, j'en ai assez de leur guerre... »


Un tract datant de 1917, signé par des soldats appartenant à 10 régiments différents.

« Camarades, souvenez-vous de Craonne, Verdun, Somme, où nos frères sont restés. Camarades aux Armées ! Camarades ! Au nom de tous les camarades qui ont déjà signé pour obtenir la cessation des hostilités à la fin de juillet, nous venons vous prier de vous joindre à nous pour obtenir ce résultat et arrêter ce carnage, cette guerre qui a pour but premier d'enrichir le capitaliste et de détruire la classe ouvrière. Nous tiendrons les tranchées jusqu'à cette époque pour empêcher l'ennemi d'avancer. Passée cette date, nous déposerons les armes.

Transmettre aux RI dont vous avez l'adresse de leurs secteurs.

Camarades, unissons-nous tous pour aboutir à rétablir la classe ouvrière.

Debout ! L'heure est sonnée. Debout ! »

Témoignages cités par Guy Pedroncini, Les mutineries de 1917, Paris, P.U.F., 1967 (réed. 1999)


Pour en savoir plus sur le monument aux morts de Gentioux qui porte en exergue " Maudite soit la guerre", cliquer ici



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Marie-Anne Divet
Marie-Anne Divet
Ce qui m'a intéressée dans les idées de Gandhi, c'est le choix. Ou de réagir à la violence par la violence ou de répondre, en me creusant la tête, d'une autre manière, qui respecte l'être humain, comme un autre moi-même. J'aime cette obligation de faire autrement, d'une façon active et créative, une manière d'être à l'autre et non d'avoir l'autre.
Pédagogue de profession, j'aime cette idée que nous puissions collaborer, lecteurs/lectrices, expert/e/s, pour partager nos questions, mettre en commun nos réflexions et mutualiser nos ressources pour agir au quotidien là où nous vivons.

Marie-Anne Divet






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