Rebelles non-violents

L'engagement des femmes pour la paix

Jeudi 8 Mars 2012


L'engagement des femmes pour la paix

Les femmes sont-elles plus nonviolentes que les hommes ? Non, pas plus ni moins. Le coeur et le cerveau des femmes n'ont pas plus, ni moins de zones pacifistes, pacifiées, tolérantes, nonviolentes que les hommes. Les rôles que la société imposent à chaque sexe, l'expérience qui en découle modèlent les uns et les autres. 


Hommes et femmes au pouvoir

Les hommes ont l'habitude de l'exercice du pouvoir et le détiennent le plus souvent. Les femmes n'ont pas eu la possibilité de l'exercer ouvertement et ont dû pour cela au fil des siècles, selon leur mode de vie, déployer d'autres formes d'exercice du pouvoir : stratégie souterraine, recherche de consensus, appel au coeur autant qu'aux valeurs, recherche de solutions nonviolentes pour l'efficacité et souvent seule marge de manoeuvre.

Madame Ellen Johnson Sirleaf, première femme africaine démocratiquement élue chef d'état après quatorze ans de guerre civile au Liberia, coauteure d'une évaluation indépendante sur « Les femmes, la guerre et la paix », réalisée pour l'UNIFEM  ( Fonds de développement  des  Nations Unies pour les femmes), note que si les hommes recherchent le pouvoir politique afin de gouverner, les femmes sont généralement tenues à l'écart des cercles de pouvoir et voient le pouvoir comme le moyen de parvenir à d'autres fins et non comme une fin en soi. « Les femmes se préoccupent davantage des êtres humains. Elles sont mères. Elles grandissent avec des enfants. (...) Cette expérience donne aux femmes une sensibilité, un sens pratique qui leur permettent de bâtir la paix. »

« Comment se fait-il que nous invitons les seigneurs de guerre à la table des négociations et pas les femmes?  »

La phrase de Noelen Heyzer, ancienne directrice de l'UNIFEM, fait mouche. C'est seulement en 2000 que le Conseil de sécurité prend conscience du rôle et de l'expérience des femmes en matière de conflit, de maintien et consolidation de la paix.

La réunion du 23 et 24 octobre de la même année fait ressortir deux axes :«  la nécessité urgente de prendre des mesures plus énergiques pour protéger les femmes en période de conflits et le fait qu'une paix durable ne peut être instaurée sans une participation complète et égale des femmes à tous les niveaux et à toutes les étapes. »

Avec la résolution 1325 du 31 octobre 2000, le Conseil de sécurité exige que les femmes et les filles soient mieux protégées en temps de guerre, que les actes de violence commis contre les femmes fassent l'objet de poursuites judiciaires, que davantage de femmes soient affectées aux opérations de maintien de la paix et aux missions sur le terrain organisées par l'ONU, et que les gouvernements et tous les organismes des Nations Unies veillent à ce que davantage de femmes participent à la prise de décisions visant à mettre fin aux conflits et à édifier la paix aux niveaux national, régional et international.

« Dans les situations de guerre et de conflit, la sous-représentation des femmes dans la prise de décisions à tous les niveaux est l'un des principaux problèmes », souligne à cette époque M. Leutlwetse Mmualefe, Ambassadeur par intérim du Botswana. « Dans la plupart des cas, ce sont les mêmes hommes qui participent à la guerre et qui prennent ensuite la décision de mettre fin au conflit, et pourtant ce sont les femmes qui doivent dispenser des soins aux victimes de la guerre, sur les plans tant psychologique que physique. »


Prix Nobel de la Paix 2011
Prix Nobel de la Paix 2011
Où en est-on aujourd'hui ?

Les femmes continuent d’être prises pour cible dans les pays en conflit, surtout lorsqu’elles prennent la parole pour défendre leurs droits, 
« Les efforts pour engager les femmes dans la prise de décisions publiques ne réussiront pas si les femmes sont toujours exposées à la violence quand elles assument des fonctions publiques, et elles ne peuvent espérer être des acteurs publics efficaces si elles n’ont aucun moyen de subsistance. Ce que le Fond de développement des Nations unies pour les femmes constate sur le terrain, c’est que l’espace public se réduit pour les femmes dans ces situations » répète inlassablement Noeleen Heyzer. « Les femmes sont des cibles d’assassinats quand elles osent défendre leurs droits en matière de prise de décisions publiques. »

 Le sous-secrétaire général au maintien de la paix, Jean-Marie Guehenno, note cependant les progrès réalisés dans certains pays, comme la création au Liberia, d'un poste pour la réconciliation nationale « non basée sur des considérations liées à la tribu, à la région, la religion ou l'ethnie mais sur l'égalité des chances et d'un meilleur avenir pour tous les libériens » comme l'a défini la présidente Ellen Johnson Sirleaf.

Mais les femmes sont toujours confrontées à une grande insécurité lorsque les conflits prennent fin, et, dans beaucoup de sociétés, la violence est toujours utilisée comme un moyen de contrôler le rôle des femmes dans les efforts de reconstruction. 

A l'occasion de la journée internationale des femmes - ce 8 mars que nous souhaitons voir disparaître un jour -  saluons le courage des femmes de paix à travers le monde, écoutons attentivement leurs propositions et faisons-les connaître largement. 
 

Jane Addams
Jane Addams
Pour en savoir plus

Un point d'histoire

Le 15 avril 1915, en pleine guerre, malgré les difficultés du voyage et l'opposition de leur gouvernement, 1136 femmes de 12 pays différents se réunissent en congrès à La Haye, sous la présidence de Jane Adams. Il réunit des femmes de pays ennemis et pose les jalons pour l'organisation de l'après-guerre, avec en autres, un programme qui prévoit la création de la Société des Nations (SDN). Ce programme inspirera le Président Wilson  dans l'élaboration de ses 14 points  et l'influencera dans la création de la SDN. Du 12 au 17 mai 1919, des femmes de 17 pays se réunissent à Zürich pour rédiger une série de résolutions pour le renforcement des principes de la paix dans le pacte de la SDN. Nait la Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté à Genève. ( Women'sInternational League for Peace and Freedom )



Reconnaissance

Trois femmes, prix Nobel de la Paix en 2011,«  un Nobel pour les femmes en général   » ( Libération ): Ellen Johnson-Sirleaf , la présidente du Libéria, Leymah Gbowee , militante libérienne, la "guerrière de la paix" qui, à l'aide de la grève du sexe, a contribué à mettre fin à la guerre civile en 2003 et Tawakkol Karman , une journaliste yéménite, militante du droit des femmes, figure emblématique du soulèvement populaire contre le président Ali Abdallah Saleh.

Il faut savoir que seulement 12 femmes ont reçu un prix Nobel de la Paix en 110 ans.

La dernière à avoir reçu le prix Nobel de la Paix était l'écologiste kényane Wangari Maathai   en 2004, décédée le 25 septembre 2011 dernier. En 1977, elle crée le Mouvement de la ceinture verte qui défend les forêts, moyen pédagogique d'apprentissage de la démocratie. Elle se bat pour le droit des femmes. Elle mène des actions nonviolentes et se retrouve à de nombreuses reprises en prison. Son mouvement le Green Belt Movement  a planté près de 77 millions d'arbres sur le continent africain.


A lire A voir

Le rôle de la femme pour une paix durable en Afrique de Claudine Akakpo
La liste des 15 femmes prix Nobel de la Paix   de Kocila Makdeche
L'exposition 1000 femmes de Paix autour du Monde, de l'association Femmes de Paix autour du Monde. Sur ce site, on peut consulter la biographie de 1000 femmes  qui sont actives pour la paix à partir d'actions concrètes, comme ce travail de la comédienne Zarina Khan avec un groupe d'enfants « L'histoire d'une goutte d'eau ou le cycle de la vie » présenté dans la vidéo.


1.Posté par Brigitte CASSIGNEUL le 12/02/2015 22:44
merci de parler de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté qui fête ses 100 ANS en avril (27-29) 2015 à la Haye (Pays Bas- avec un congrès international

Nouveau commentaire :




Pourquoi ce blog
Marie-Anne Divet
Marie-Anne Divet
Ce qui m'a intéressée dans les idées de Gandhi, c'est le choix. Ou de réagir à la violence par la violence ou de répondre, en me creusant la tête, d'une autre manière, qui respecte l'être humain, comme un autre moi-même. J'aime cette obligation de faire autrement, d'une façon active et créative, une manière d'être à l'autre et non d'avoir l'autre.
Pédagogue de profession, j'aime cette idée que nous puissions collaborer, lecteurs/lectrices, expert/e/s, pour partager nos questions, mettre en commun nos réflexions et mutualiser nos ressources pour agir au quotidien là où nous vivons.

Marie-Anne Divet






Cette semaine sur Histoires Ordinaires