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Kune, un collectif de femmes d'ailleurs et d'ici


2 Février 2021

Tout jeune collectif, pas encore constitué en association, Kune réunit des femmes d'ailleurs et d'ici dans le quartier de Villejean à Rennes. Il a déjà quelques réalisations à son actif, seul ou en coopération avec d'autres associations et structures du quartier : fabrication de masques, espace cadeaux solidaires... Avec plein de projets et de l'énergie à revendre, elles veulent donner confiance aux femmes du quartier ! Trois d'entre elles racontent.


Martine Beaujouan,  Fatima Afrah, Régine Komokoli, trois des initiatrices du collectif Kune : «nous voulons montrer que les femmes venues d'ailleurs ont des savoir-faire». Pour la photo, elles ont accepté de tomber le masque.
Martine Beaujouan, Fatima Afrah, Régine Komokoli, trois des initiatrices du collectif Kune : «nous voulons montrer que les femmes venues d'ailleurs ont des savoir-faire». Pour la photo, elles ont accepté de tomber le masque.
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Elles ont démarré un atelier masques sur la Dalle Kennedy le 12 octobre dernier : « C'est une activité pour tous , des jeunes, des personnes âgées, des personnes qui savent coudre, des gens qui passent, le tout dans une bonne ambiance », raconte Fatima Afrah. Avec le soutien du Centre social, de Mosaïque, de la Direction de Quartier. Elles sont fières de démontrer que des alternatives existent. « On a fabriqué des masques chez nous, mais ça n'est pas pareil. Ici, il y a l'ambiance.  Avec le confinement, on n'avait pas le droit d'être dans un espace fermé : alors, on a posé les machines à coudre sur la dalle. » Les femmes de Kune veulent occuper l'espace public. Elles n'ont pas de lieu fixe, de local, mais peuvent, malgré tout monter des actions. « On aime bien rester dehors et partager cet espace. Avec les enfants notre vie est dehors », insiste Régine Komokoli.

Fatima Afrah : Au delà des cadeaux, la rencontre est essentielle «Certaines femmes sont seulement venues voir comment l'espace cadeaux était organisé»
Fatima Afrah : Au delà des cadeaux, la rencontre est essentielle «Certaines femmes sont seulement venues voir comment l'espace cadeaux était organisé»
Malgré les contraintes sanitaires
 
Entre elles, au départ, elles imaginent un troc de cadeaux. Par le Centre social, elles découvrent une autre initiative. A l'Espace parents de l’École Andrée Chedid, dans le cadre du programme de réussite éducative de la Ville de Rennes, Laure Guyot avait déjà organisé un espace cadeaux solidaires. Alors les deux projets se sont rejoints. Puis, en relation avec d'autres associations, l'initiative a pris de l'ampleur. Il a été mis en place rapidement, en moins de trois semaines. Une cinquantaine d'associations rennaises se sont mobilisées.

Au delà du quartier, avec un collectif de Montgermont elles ont porté des jouets à des familles hébergées dans un hôtel. Dès le premier jour, 200 familles en ont bénéficié : le 18 décembre les cadeaux récupérés sont distribués aux familles du quartier, gratuitement ou contre une modeste contribution. Tout n'a pas pu être partagé. Une seconde distribution a été organisée mi-janvier, à la Maison de Quartier, avec la participation de jeunes de la Maison Verte.
 
Elles envisagent  un nouvel espace cadeaux solidaires, peut-être en début de l'été, « malgré les contraintes sanitaires, il faut le faire. » Il y a des jouets, mais aussi des vêtements. Les rencontres aussi sont très importantes. « "Ce sont des femmes de Villejean, donc on peut venir", se sont dit des habitantes du quartier. Certaines sont venues voir comment c'est organisé. Pour elles, c'est une sortie ! »
 
Lors d'une rencontre avec des professionnels du quartier (1), elles ont présenté leurs projets : « Tous ont vu d'un très bon œil la création de notre association». Ils ont quelques fois des difficultés à entrer en contact avec les familles qui ne parlent pas français.
 
En organisant une déchetterie mobile, le 19 septembre 2020, elles ont ramassé les déchets dans les rues du quartier : 50 kg de déchets ramassés sur la voie publique dont 18 kg de bouteilles en plastique et 2 kg de mégots de cigarettes. Ce fut leur première action avec une quinzaine de personnes.
 
 
Kune lui a permis de trouver un logement

Étudiante, elle a fini sa formation de master 2 en Génie Civil à l'Université de Rennes2. Elle travaillait à mi temps dans un restaurant du quartier, mais il n'a plus besoin de temps partiels. Elle cherchait un logement et un emploi dans ses compétences. Après une rencontre au restaurant, des membres de Kune activent leurs réseaux pour lui trouver un logement. Aujourd'hui elle a une chambre pour quelques temps. Et elle cherche toujours un emploi dans une entreprise de conception de bâtiments, de travaux publics ou chez un architecte. Pour la contacter écrire à Histoires ordinaires.
Face aux difficultés de renouvellement de papiers à la Préfecture, Régine précise : « Kune peut apporter un plus pour les gens qui  passent à côté du filet. »

Régine Komokoli : "nous voulons donner envie de se rencontrer, peu importe d'où l'on vient».
Régine Komokoli : "nous voulons donner envie de se rencontrer, peu importe d'où l'on vient».
Donner envie de se rencontrer
 
A l'initiative de cinq d'entre elles (Fatima, Régine, Martine, Marie,  Nathalie), elles ont créé en septembre 2020 ce collectif de femmes d'ailleurs et d'ici sur Villejean. D'Afrique noire, d'Afrique blanche, des Normandes, des Bretonnes il y a même une Marseillaise. Précaires ou sans emploi, elles veulent « donner envie de se rencontrer, peu importe d'où l'on vient. » Elles cherchent à redonner confiance aux femmes du quartier qui n'osent pas sortir de chez elles. Entre femmes c'est plus facile, pour libérer la parole, insistent-elles.

Mi-janvier,  elles réunissent 16 membres déjà actives. Certaines sont membres d'autres associations. Le collectif Kune, «Ensemble», en Espéranto, est cogéré par des femmes, mais ouverte à tous, hommes et femmes. Elles veulent montrer ce qu'elles sont capables de faire. « Dans la région parisienne, le femmes de partout se mettent ensemble pour monter des projets dans les quartiers », raconte Régine.

Sur le quartier il existe de nombreuses associations, Kune a l'ambition de les connecter. Elles veulent se mettre ensemble, avec d'autres associations, sur de gros projets pour avoir plus de force, plus d'énergie, et des partages de savoir.

On enlève tous les freins

Elles ont bénéficié d'une formation (2) pour les aider à structurer leurs très nombreux projets. Régine raconte : « Nous voulons montrer que les femmes qui viennent d'ailleurs ont un savoir-faire. Face aux différentes situations, nous sommes capables de trouver une solution. » Elles n'ont pas de local, mais ça ne les empêche pas d'agir : « On ne veut pas attendre d'avoir un lieu. On travaille d'abord », insiste Fatima.  « On enlève tous les freins. On ne veut que des solutions. »
 
Pour faciliter les démarches administratives, elles font appel à leur réseau. «Nous orientons les gens vers d'autres  associations et nous continuons à les accompagner quand on a créé une relation de confiance. Notre rôle c'est de rassurer ! ». Et Régine raconte : « Nous sommes des ambassadrices de Kune vers des femmes venues d'ailleurs. Pour chaque événement chacune lance une bouteille à la mer et on a du monde. »
 
Kune a permis de rassembler lors des rencontres entre des habitantes, des membres de diverses associations du quartier. « Avec la crise sanitaire beaucoup n'ont plus envie. » Alors, elles font du porte à porte pour donner envie aux femmes de participer à leurs activités, de mettre leurs compétences en commun.

Martine Beaujouan: «nous organiserons une soirée de gala en mai (ou septembre) pour soutenir le projet de crèche du Bougainvillier»
Martine Beaujouan: «nous organiserons une soirée de gala en mai (ou septembre) pour soutenir le projet de crèche du Bougainvillier»
Cuisine des cheffes, soirée de gala,...

Elles prévoient d'organiser une « cuisine des cheffes solidaires », le vendredi 19 février. Fatima, Hasna et d'autres cheffes (et d'autres chefs si intéressés) avec leurs amies se préparent à cuisiner des plats de qualité : «Il y aura notamment du couscous mais on aimerait bien aussi du cassoulet. » Elles vont d'abord faire un inventaire des produits disponibles à la fin du marché de Villejean « pour lutter contre le gaspillage ».

Elles insistent : « On peut manger du bon, même si on est pauvre », à partir de légumes récupérés Elles prévoient notamment de distribuer une centaine de plats à emporter, d'abord à des étudiants pour « prendre soin d'eux » et aussi pour les habitants. « Même s'il y a une barrière avec l'Université, ils font partie du quartier. » Chacun.e vient avec son récipient : « Nous sommes tous des écologistes, contre le gaspillage,  par nécessité. » Et si l'opération marche, elle la renouvelleront.

Une soirée de gala sera organisée, en mai (ou septembre selon les conditions sanitaires),  pour soutenir le projet de crèche du Bougainvillier à la Maison de quartier, avec des associations du quartier.  Il y aura, par exemple, un défilé des mamans pour présenter leurs besoins de garde d'enfants. Des artistes viendront présenter un spectacle de chants et de danses. Ce projet de gala ambitionne de promouvoir les atouts de Villejean . Pour Martine Beaujouan «il y a de belles réalisations dont on ne parle pas beaucoup». C'est l'un des rôles de Kune : soutenir d'autres associations. 

Il n'y a pas de barrière de langue.

Chez Kune, il n'y a pas de barrière de langue : « Les gens viennent comme ils sont. Ils parlent leur langue. Et c'est à nous de nous débrouiller pour traduire. » Elles ont déjà assuré des traductions pour la vie quotidienne. Chacune parle plusieurs langues en plus du français. Régine parle le Lingala,(Congo) le Songo (Centre Afrique), Fatima, l'Arabe et le Berbère, Martine, le Yakuba (Côte d'Ivoire, Afrique de l'Ouest). D'autres adhérentes parlent d'autres langues : le maoré (Mayotte), par exemple...

Elles rappellent qu'il y a entre quarante et cinquante nationalités sur Villejean.
Elles prévoient d'organiser un atelier langue. Les cours de français existent déjà. Mais il y a une demande de femmes. C'est une française, Annick, qui va donner un cours de conversation, pas un cours académique. « Objectif : bien s'exprimer pour être comprise, et se donner confiance, pour donner envie de parler.» Une meilleure maîtrise du français permet aussi de suivre le travail scolaire des enfants.

Elles ont rencontré d'autres associations, mi-décembre  pour échanger sur des partenariats : Si on s'alliait, Mosaïques, Bougainvillier, Nous toutes 35... Pour elles, c'est important de décloisonner le quartier. Elles sont conscientes que seule Kune, ne peut pas tout faire. Elles ne veulent pas être cataloguées comme seulement des femmes venues d'ailleurs, elles accueillent aussi des « femmes d'ici » avec leur slogan «faire ensemble à Villejean»

Jean-François Bourblanc

(1) Direction de quartier Nord-Ouest, Maison de quartier, Centre social Ker Yann de Villejean, Centre départemental d'action sociale....
(2) Formation conduite par Renaud Layadi de la Maison de l'environnement à Nantes.
 

Pour suivre les activités de Kune, rendez vous sur leur page Facebook !


 
Une rencontre dans la bonne humeur

L'entretien s'est déroulé, le 21 janvier,  avec trois des membres du Collectif Kune, dans le local de l'association Mosaïque. L'ambiance était très  décontractée, ponctuée de rires, malgré les masques. Chacune s'est d'abord présentée.
Fatima Afrah est arrivée à Rennes en 2016 après avoir vécu dans le Nord. Pour l'aide au devoirs, elle a découvert Mosaïque dont elle est maintenant administratrice.  Elle a rencontré d'autres femmes grâce au sport, à la couture et aux sorties.
Martine Doua-Beaujouan, présidente de l'association « Le Bougainvillier » a résidé à Villejean de 1996 à 2008 et habite toujours à Rennes.
Régine Komokoli est la porte parole de Kune. En  demande de logement sur le quartier « je vis sur le quartier, mais, aujourd'hui, je ne dors pas dans le quartier ». Arrivée à Villejean grâce à Mosaïque, en octobre 2018. Elle  a été animatrice de couture puis de sport. Styliste et créatrice de mode, elle se définit comme féministe afro-écologiste.
 


 




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