29 Juillet 2013 - écrit par - Lu 1073 fois

Le Bono, dans l'échancrure du Sal, promenade avec Michel Demion.

Connaissez vous le Bono, tout près d'Auray dans le Morbihan. Michel DEMION, écrivain voyageur comme il se qualifie lui même, nous entraîne de sa plume élégante et sensible, dans une jolie balade. Idéale pour un bel été Breton.


Le Bono. Un village vaguement clandestin caché dans l’échancrure du Sal, un bout de rivière qui s’étale à son embouchure en se prenant pour un fleuve. C’est un port minuscule, balisé par le golfe du Morbihan, chahuté par le rythme des marées. 

J’ai cherché dans les méandres d’aujourd’hui et d’hier des lieux où l’imagination construit du rêve. En réalité, j’aime les endroits où l’esprit s’embrase pour inventer des songes dorés. Et, Le Bono se trouve dans un fabuleux triangle nourrissant mes rêves chimériques : Le Tumulus de Kernous, Notre Dame de Bequerel, Le Port et la capitainerie.

Le Tumulus de Kernous. 

Butte sous l’ombre des pins. Prodige de durée, elle se tient en équilibre, indifférente. C’est un tertre de pierre recouvert de terre battue ayant la forme d’une pyramide arrondie. Jadis, solides et régulières ses arrêtes se sont polies mais demeurent mesurables.
 
Ce Tertre est vénérable par la puissance ancienne qu’il porte en lui. Posé dans un coin, le plus souvent les regards l’oublient. Les enfants jouent au toboggan sur ses pentes, à cache cache dans son couloir. Les aiguilles sèches des pins d’alentour lui font une seconde peau craquante. 

Loin d’aujourd’hui, ici, dans le tréfonds de leurs âmes, les hommes d’hier se connectaient avec le ciel pour des parties d’échecs cosmiques. Un calendrier fragile roulait sous les dés des magiciens pour tenter de comprendre la mort, le rythme des saisons, la courbure du temps. 

Ombres bleues et noires du passé, les calculs des prêtres conduisaient à l’infini. Ils cherchaient l’ajustement précaire des étoiles, les yeux grands ouverts sur le monde sidéral. Assis dans l’herbe, face au tumulus de Kernous, ma raison s’enfuie pour se diluer entre ciel et terre pour flotter au dessus des nuages, très haut et très loin et très proche du tumulus de Kernous.


Notre Dame de Bequerel

On y arrive par un chemin de terre bordé de chênes et de pins, débouchant sur une riante prairie entourée par des bosquets de châtaigniers. Un bassin de pavés de granite poli se laisse séduire par le gouleyant glouglou d’une fontaine d’eau vive.
 

Regardez l’intérieur, la charpente est ornée de têtes de crocodile et d’une série de sculptures étonnantes : Deux porcs jouent de la bombarde et du biniou, un ivrogne se vautre, un archer sort d’un coquillage, un autre personnage coiffé d’un bonnet de meunier se roule par terre. 

J’ai souvent regardé le porc musicien. Ce n’est pas un porc ordinaire, son nez en trompette, son museau allongé le fait plus chien sauvage que cochon. La bouche ouverte sur le sutel laisse apparaitre des dents pointues. La patte de devant devient doigts pour jouer sur le chalumeau. L’étonnement n’est pas là. Plongez dans le regard égrillard de la sculpture, elle vous fait un clin d’œil pour vous inviter à la suivre : Je suis le diable dit-elle, écoutez ma musique, vous allez vous damner pour l’éternité sans vous en rendre compte !

Mais, est-ce le diable ou dieu qui a voulu remettre la chapelle en état ? Je ne sais. Les nouveaux ravaudeurs des antiques chefs-d’œuvre vont bientôt être là pour redonner un respectueux lustre à l’ancienne chapelle vieille de plus de cinq siècles. 

Le port et la capitainerie

Le vieux chalet venu des montagnes lointaines a fait son temps, étonné qu’il était d’être échoué à deux doigts de la mer. Au dessus du port se fabrique l’esquisse d’un nouveau havre sous le rabot des mains ouvrières. Un modelage fécond pour donner forme et vie aux escales. 
La surface est franchie. Nous sommes bientôt de l’autre côté du temps. Victor Hugo qui aimait tant la mer, a trouvé sur sa rue le refuge nouveau des hommes de l’océan. 
Hommes rugueux et fiers écrivant d’escale en escale, le roman de vos vies. 
Hommes du vent et de la brise votre domaine s’accomplit.
L’aube point sur le port. Les yeux ivres de clarté vous vous élancez sur les quais chaotiques gesticulant, cherchant à mesurer la richesse du jour. Vous partez du port de la grande nostalgie. 
La fin est dans le départ. Vous vagabondez déjà sur le miroir transparent du golfe, tissé de courants fatidiques, foisonnant d’îles d’airain. Bientôt Mor-Bihan ouvre sa gueule pour boire jusqu'à plus soif l’océan Atlantique.
La mer du ciel vous offre alors le battement prodigieux d’ailes d’oiseaux blancs quand vous quittez la rade bienheureuse pour l’aventure proche ou lointaine. 

Voici votre territoire de partance coincé dans un triangle presqu’isocèle : Kernous, Bequerel, Le port. 
Voici le Bono, mon port d’attache, mon lieu d’envol, ma bauge et mon terrier.

Michel Demion- Kastel Logod Le 8 avril2013

Le Bono, dans l'échancrure du Sal, promenade avec Michel Demion.
Michel Demion, l'écrivain voyageur aux 15 ouvrages et 83 voyages

Breton de cœur et d'engagement, il a jeté l'ancre au Bono. D'abord prothésiste dentaire il a fait le plus long de sa carrière professionnelle comme directeur et développeur de foyers de jeunes travailleurs à Lorient puis en Picardie. Mais sa passion c'est l'écriture et les voyages. Dès qu'il le pouvait Michel taillait la route.En 83 voyages il a découvert 66 pays. En Asie centrale, en Chine, en Amérique Latine, plus récemment en Indonésie. A 66 ans il entreprit un tour du monde d'un an.

De ces découvertes et aventures il tire la matière et l'inspiration de ses ouvrages : des récits de voyages pour un bonne part. Mais aussi des romans à l'exemple de "La fondation du monde", un thriller dans l'univers des textes anciens ; ou le plus récent, "La brute et les Cloportes", roman noir dans la banlieu nord de Paris.

Michel Demion s'auto édite chez "mon petit éditeur "





              

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