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Villejean, les énergies d'un quartier

Chaque semaine, un nouveau portrait de citoyen engagé à Villejean

« Sur le ring, ils existent ! » dit le papy des boxeurs


Lundi 1 Octobre 2018


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«  J'adore voir ça », dit le vieux militant de l'éducation populaire en regardant les mômes, garçons et filles » s'affronter avec des gants plus gros que leurs têtes. Quand ils croisent Jean-Claude Guyard, 72 ans, sur la dalle Kennedy ou entre les tours de Villejean, les jeunes lui donnent du papy ou du chibani. La bonne école de la boxe.

Jean-Claude Guyard est un lutteur. Depuis toujours. Et Michelle aussi. Les murs de leur appartement aurait des milliers de combats à raconter ! Ils l'ont acheté il y a trente-deux ans maintenant, après avoir loué : au total, ça fait quarante-trois ans de fidélité à Villejean et à ses habitants qui ont beaucoup changé mais, pour Jean-Claude et Michelle, sont toujours les mêmes : à aider.

A la grande table, Jean-Claude a commencé à raconter. Le peintre en bâtiment, militant syndical et politique quasiment de naissance, s'est armé pour la vie en entrant à 16 ans à à l'Olympic Ring Rennais. Marié à vie avec la boxe, il a passé notamment dix-huit ans au Cercle Paul Bert. Aujourd'hui, depuis treize ans, c'est le Club Pugilistique Rennes Villejean (CPRV) qui occupe ses jours, ses soirées et ses week-ends.

« On a été débordés vite fait  »

« Arrivé en retraite, je croise un jour l'élu du quartier. "Alors, la boxe, pas à Villejean ?", me dit-il. "Si vous me trouvez une salle...", je réponds. Un mois après, on a eu une salle à l'école Sonia Delaunay, vite trop petite pour l'effectif ; il y avait sept filles et les filles amènent les garçons... On a été débordés vite fait. »

Jean-Claude Guyard vient de lancer la boxe éducative à Villejean. Une section amateurs naît ensuite logiquement. Puis les premiers succès en compétition. A la table, Jean-Claude, éducateur et aussi compétiteur, fait fièrement défiler noms et trophées, les Walid ou Ahmed, les championnats de Bretagne et de France. Michelle qui continuait à regarder la télé au salon, s'approche doucement pour préciser un nom, une date : si Jean-Claude est président du CPRV, elle en est la trésorière, elle ne rate guère les entraînements et championnats, sa petite caméra souvent en main : « Ils aiment bien visionner... », glisse-t-elle.

« Quand ils montent sur le ring, c'est pour montrer qu'ils existent »

Le CPRV compte aujourd'hui quelque 180 adhérents dont une cinquantaine de garçons et filles de 8 – 14 ans en boxe éducative. Le club bichonne ses amateurs, il vient de lancer l'aéroboxe et la boxe fitness mais « on préfère se concentrer sur les plus jeunes », souligne le président dont la passion, alors, s'allume davantage encore. 

« En boxe éducative, ils doivent toucher sans frapper, comme à l'escrime ; bien sûr, sourit-il, les amateurs peuvent appuyer... mais sans pour autant viser le K O ! » « Comme je dis toujours, on n'est pas une fabrique à champions. » Non, ce qui le fait vibrer, c'est le combat intérieur qu'il devine chez ces enfants et jeunes adolescents, où les filles, au passage, sont majoritaires (une trentaine) : « Tous, quand ils montent sur le ring, c'est pour montrer qu'ils existent. »

« C'est comme un rite : "T'as fait Erquy !" »

« Quand je vois un combat, poursuit-il, je vois tout de suite le parcours du gamin : "Celui-là, il revient de loin". »  Le président et les encadrants du CPRV, Hugues, Cédric, Ida, Maël, « travaillent beaucoup avec les éducateurs de rue et le collège. Walid, il bougeait pas mal : à l'école ça va mieux, les profs le disent. » Boxe et école même combat : « Il y a trois ans, cinq amateurs ont passé le bac, les cinq ont été reçus, ça m'a fait plaisir. »

« Ce ne sont pas des méchants, quand on peut les agripper, ils ont un bon fond. Ils sont écorchés vifs, en fait ils sont timides, continue Jean-Claude Guyard. Mehdi parlait peu, il était un peu cro-magnon, il a laissé tombé ses petites folies, il dit "Je n'ai plus peur". » Il y a aussi ce qui se révèle au camp boxe de Erquy. « Cette année, il y avait dix cadets et juniors, que des gamins qui ne partaient pas en vacances. On a responsabilisé un gars du quartier mal parti, un loulou... mais qu'est-ce qu'il est sympa ! Depuis le retour du camp, fin août, il a lâché ses fréquentations. En fait, Erquy, c'est un moment de passage, comme un rite : "T'as fait Erquy !" »

« Sur le ring, ils existent ! » dit le papy des boxeurs
« Plus on donne plus on reçoit ! »

« On en a eu des lascars mais le club apporte une cohésion, je tiens à ce qu'il y ait un esprit de famille,  ils s'encouragent entre eux », dit encore le président du CPRV. Un encouragement, une solidarité que l'on retrouve sous une autre forme : depuis trois ou quatre ans, des étudiants venant en boxe loisir aident les plus jeunes pour leurs devoirs : « Je me suis aperçu qu'ils le faisaient par mail ! »

Autant dire que le club de Jean-Claude Guyard est en harmonie avec le quartier melting pot qu'est devenu Villejean au fil des ans. Les jeunes sont issus de familles venues de vingt-neuf pays différents. Beaucoup sont nés en France, la plupart des jeunes musulmans sont européanisés mais c'est ce brassage qui plaisait à l'inoxydable militant de l'éducation populaire ce soir devant le ring quand il a soudain lâché : « J'adore voir ça. »

Que du bonheur tout cela pour Jean-Claude et Michelle qui ne sont sûrement pas sur le point de raccrocher. « J'ai jamais vu mon âge passer, on est tout le temps avec les jeunes ! Bien sûr, il faut être un peu militant, même un militant passionné, mais plus on donne plus on reçoit ! »

8 000 à 10 000 km par an à travers la France

 Alors ils viennent quatre jours sur cinq aux entraînements à la salle de la rue de Lorraine, parcourent 8 000 à 10 000 km par an à travers la France, de tournois en tournois, au volant du mini bus payé par Jeunesse et Sports, sont à la manœuvre deux fois par an pour le gala de boxe, Jean-Claude est souvent là pour monter le ring... Une vie de bénévolat afin que la boxe, aussi, soit accessible à tous : 130 € l'année pour la boxe de loisirs et les amateurs, 90 € pour la boxe éducative, payables en plusieurs fois, « on fait des arrangements, pas question de les priver. »

Jean-Claude et Michelle sont payés en reconnaissance. Quand ils passent sur la Dalle, Jean-Claude reçoit des prévenants "papy" ou "chibani", des jeunes aident Michelle à porter le pack d'eau. Mais les plus beaux retours sont encore à la salle de boxe. « Hier soir, a dit Jean-Claude, on a vu un geste super. Un gars était fatigué, il a commencé à se poser, un autre l'a pris par la taille et les épaules et l'a soulevé : "Faut pas que tu t'asseois ". » Avec des gestes comme ça, on a gagné. » 

Michel Rouger
A VOIR : "MELTING BOXE, CHIBANI"

Durant l'année universitaire 2011-2012, des étudiants en études cinématographiques de Rennes 2 ont réalisé une trilogie sur le club de boxe de Villejean qu'ils ont intitulée "Melting Boxe". Ils ont consacré plus spécialement le premier volet à l'âme du club, Jean-Claude Guyard, sous le titre "Melting Boxe, Chibani".

Les deux autres chapitres :
Melting Boxe, vernis à ongle et gants de cuir 
Melting Boxe, Dernier round
guyard2.mp3 Guyard2.mp3  (886.71 Ko)






1.Posté par benberghout le 15/11/2018 13:03
Très beau reportage. La vie d'un vrai éducateur du quartier. Il lâche rien.

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