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Villejean, les énergies d'un quartier
Chaque semaine, un nouveau portrait de citoyen engagé à Villejean

Jean-Julien L'Azou, un rêveur, les pieds sur terre


Jeudi 18 Octobre 2018


Jean-Julien L'Azou, aujourd'hui retraité, habite Villejean. Il veut créer du lien entre les gens, plutôt au quotidien, des liens informels, même s'il s'est engagé dans des associations. Il imagine, sans langue de bois, une ville, un quartier plus agréables à vivre au quotidien, sans grande révolution. Rêveur ? Oui mais réaliste !
"Il faudrait avoir le courage de regarder les grandes orientations pour Villejean"
"Il faudrait avoir le courage de regarder les grandes orientations pour Villejean"

En 2010, il devient délégué du défenseur des droits : « J'ai démarré aux Champs Manceaux. Quand je suis revenu sur Rennes, j'ai demandé à faire une permanence ici, à Villejean. Je l'ai fait jusqu'à la fin de mon mandat, en 2015.  Au Centre social de Villejean , c'était encore plus intéressant. » Mais ce quasi temps plein lui pèse : « Les relations avec la Préfecture, pour les titres de séjour, étaient très compliquées. » 

« C'est là que j'ai remarqué qu'il y a une densité extraordinaire d'associations sur le quartier. » Il entre alors au Conseil de quartier. «  Je me suis investi à fond, avec enthousiasme ». Mais il est très vite déçu.  Sur les projets participatifs, certains  représentants d' associations considéraient leur projet comme acquis, sans discussion. « J'ai déjà vécu ça dans le cadre professionnel : il n'y avait pas de débat. » Pour lui, il  aurait fallu en discuter en commission, défendre le projet, et après seulement voter.  « Vu mon âge,  mon expérience, je me suis dit "ça suffit" et j'ai claqué la porte. »
 
Si l'on se parlait

Jean-Julien L'Azou aime engager la conversation dans les lieux publics. Il aime parler et écouter. «  Depuis trois ans à Rennes, je marche. Dans le bus et le métro, j'ai remarqué rapidement qu'il y a un lien possible avec les gens. » Il n'hésite pas à créer le contact : « Ça peut être un bébé dans sa poussette, ou bien je cède la place...  J'appuie un peu plus vers des gens dont je ne connais pas l'origine. Et je fais de belles rencontres qui ne durent pas longtemps : deux ou trois stations. Le truc, c'est de ne pas être rivé sur son portable, d'être un peu attentif à ce qui se passe. Ça commence par un "bonjour" ou "excusez-moi !".

A son avis ces contacts renforcent aussi la sécurité : « Suite à un problème dans le bus, je suis allé voir le chauffeur : "Je suis d'accord avec vous". Il était très affecté, c'était un jeune. Il m'a demandé mon numéro de téléphone : "si j'ai besoin d'un témoignage". »  Il poursuit l'objectif "mieux vivre ensemble", ou" vivre ensemble tout simplement", précise-t-il ? Il tente ainsi, modestement, de créer de la mixité sociale. « J'ai entendu des gens, lors d'une randonnée, qui disent  "il y a nous et eux". C'est un truc  contre lequel je lutte férocement depuis ma naissance. Il n'y a pas de "nous et eux" ! » 

« Il y a une densité extraordinaire d'associations sur Villejean »
« Il y a une densité extraordinaire d'associations sur Villejean »
« Il faudrait un parc »

Il imagine le quartier de Villejean plus agréable au quotidien. Pour mettre en œuvre ses rêves , la bonne volonté ne suffit pas. Les associations jouent un rôle. Mais la ville, par des aménagements du quartier, pourrait aussi améliorer la cohabitation de populations différentes. Il ne parle pas de ghetto dans les différentes parties du quartier mais on pourrait y arriver, rapidement : concentration des étudiants, des populations d'origine étrangère. Au delà d'une certaine concentration de population d'un même type, il y a exclusion des autres...

« Au début j'allais au parc de Villejean, derrière la rocade, raconte-t-il. J'avais été  choqué de voir si peu de mixité sociale. Moi, je ne m'y retrouve pas, entre ce parc excentré et le Thabor qui, heureusement, est devenu multi diversité, mais éloigné ». Pour éviter le tunnel d'accès, mal conçu, il avait proposé de construire une passerelle au dessus de la rocade, dans le cadre des projets participatifs. « On m'a dit : "C'est hors de prix, ça ne sera jamais fait". » Il insiste :  « Vous voyez les femmes aller là ? Quelques étudiantes y courent le matin. Vous n'y verrez jamais une femme après 17 h. Si c'était un parc ouvert, qui a tout son charme, je ferais l'effort d'y aller. Il faudrait un parc qui n'existe pas. »

Pourtant dans Villejean, il sait apprécier un parc :  « Le Berry, c'est super ! C'est une réussite. J'y vais souvent, systématiquement avec mes petits enfants. C'est bien qu'ils voient d'autres types de gamins. »
 
Ils colonisent le bd Gaston Berger
 
Il s'interroge sur l'évolution du peuplement du quartier depuis quelques années. Avec un  constat : il y a 30 000 étudiants sur Villejean avec des voitures partout. « Les étudiants ont colonisé tout le boulevard Gaston Berger. En plus des étudiants, Pontchaillou va ramener tout l'hôpital sud. » Il cite tel propriétaire qui transforme un logement pour davantage de rentabilité : cinq étudiants à 400 € par mois chacun, une famille ne peut pas suivre. Dans le cadre du Conseil de quartier, ils ont interpellé la municipalité.

Jean-Julien L'Azou commente : « Que Villejean se transforme peu à peu en dortoir  pour personnes immigrées ou fragiles et pour des étudiants, si c'est votre volonté, pas la peine d'essayer de le camoufler. Qu'est-ce que vous tirez comme conséquence ? Il faudrait avoir le courage de regarder si on est d'accord sur les grandes orientations pour Villejean. Quel avenir y a-t-il pour les couches moyennes ? Pour l'instant, la priorité va aux étudiants. » Il note aussi la localisation des maisons individuelles, toutes en périphérie du quartier.
 
Déçu par son passage au Conseil de quartier, il se consacre à la lecture pour des enfants, avec l'association "Lire et faire lire". « Je le fais avec une classe des Clôteaux. C'est une activité péri-scolaire, du CP au CM1 : on se voit pendant une heure. Je les fais lire par groupe de deux ou trois, des livres que je sélectionne avant, à la bibliothèque à côté. L'école c'est le lieu de la laïcité, là où tout le monde est : il y a des Noirs, des Chinois… J'aurais aimé faire cette activité à Villejean. Je l'ai proposé, mais pour l'instant, il n'y a pas de demande. »

Deux romans « Pour ne pas oublier... Fragments de vie » A Rennes, en Bretagne... mai 2017, et « J'aurais tant voulu y croire », un voyage entre Bruxelles et Cuba 4° trimestre 2017
Deux romans « Pour ne pas oublier... Fragments de vie » A Rennes, en Bretagne... mai 2017, et « J'aurais tant voulu y croire », un voyage entre Bruxelles et Cuba 4° trimestre 2017
Deux romans, bientôt trois
 
De la lecture à l'écriture il n'y a qu'un pas. Il écrit des romans. « J'ai toujours écrit. J'ai écrit deux romans et je termine un troisième. Le premier à compte d'auteur, le deuxième, à frais partagés. Pour le troisième, j'ai un éditeur qui ne me fait rien payer. Les ventes ne sont pas énormes mais ça progresse. L'écriture c'est un temps plein, et un très grand bonheur. J'avais écrit la première fois en 1987, une nouvelle familiale. J'en ai écrit trois ou quatre que je n'ai pas publiées. »

C'est une activité individuelle ?  «  Individuelle oui et non, précise-t-il, car il y a les lecteurs. Les lecteurs c'est du lien. J'ai fait plusieurs dédicaces et ça m'a beaucoup intéressé le contact avec les gens, d'une autre manière, dans différents endroits. »  C'est un moyen de débat aussi. Il raconte sa rencontre avec une lectrice : « L 'autre jour, j'ai été interpellé dans la rue, près du Centre des Champs Manceaux. Nous avons parlé une demi-heure du livre et on a glissé sur ce qu'elle voudrait elle-même faire... On est toujours dans le lien »
Il aime souligner son intérêt pour Villejean : ce n'est pas pareil d'y vivre et d'y travailler. « J'ai travaillé à l’École de la Santé. Je n'étais pas spécialement attiré par le quartier, mais après tout, pourquoi pas ? C'est un peu dans mes gènes . Je suis d'origine modeste. Je suis resté dans cette perspective toujours dans ma vie. Et à  Villejean, je ne me plais pas mal . » 

 « Mais je n'aime pas du tout le communautarisme. Je suis républicain dans l'âme, ajoute-t-il. Je suis pour la neutralité de l’État, pour favoriser la mobilité sociale, dont j'ai moi-même bénéficié, par l'armée notamment. Formation interne, concours internes... : je suis un vrai produit de la République. »

Jean-François Bourblanc

Quelques dates clés
1949 Naissance à Ploujean, près de Morlaix
1978 Servon sur Vilaine 
1982 Concours fonction publique : inspecteur des affaires sanitaires et sociales. 
1983 École de la Santé 
1985 Trente dernières années entre Direction départementales et régionales de l'action sanitaire et sociale. 
2010 Délégué du défenseur des droits (bénévole)
2015 Retraité 
2015 Villejean 




1.Posté par Raymond VALLEE le 29/10/2018 00:27
Jean Julien L'AZOU connait les atouts et les faiblesses du quartier Villejean.
Merci pour son analyse et son engagement citoyen.

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