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Maurepas au cœur Maurepas au cœur

Maurepas au cœur

Par des étudiant·es en journalisme de l'IEP de Rennes

Klervi Fatima Donot, une “bénévole à plein temps”


À 43 ans, Klervi Fatima Donot s’engage à plein temps dans la vie du quartier de Maurepas où elle lutte pour les droits et contre les discriminations.


Arrivée d'Inde à 18 mois, adoptée par une famille bretonne, Klervi Fatima apporte beaucoup aujourd'hui au quartier
Arrivée d'Inde à 18 mois, adoptée par une famille bretonne, Klervi Fatima apporte beaucoup aujourd'hui au quartier
Militante depuis ses 14 ans, Klervi Fatima Donot assume de nombreux engagements associatifs au sein du quartier de Maurepas. Avec son grand sourire et son caractère bien trempé, elle est connue comme étant une personne essentielle du quartier. 

En plein cœur de Maurepas, sur la place du Gros Chêne, s’entrouvre la porte de La Cohue, lieu de convivialité du quartier. Klervi a la voix douce et nous accueille avec un large sourire : “Tu veux boire quelque chose ?”  Klervi Fatima Donot, c’est cette jeune femme née à Bangalore, en Inde, et adoptée par une famille bretonne à l’âge de 18 mois. Après quelques allers-retours,  elle pose définitivement ses bagages en terre rennaise, à Maurepas, en 2015. À ce moment, elle est déjà mère de deux enfants, Vincent et Mariam.

Divorcée avec leurs pères respectifs, la jeune femme au teint mat s’occupe d’eux à plein temps. Cependant, cela fait cinq ans que Klervi est malade et souffre de douleurs musculaires et articulaires aiguës. À son arrivée dans le quartier, la douleur devient trop forte et elle ne parvient plus à assurer le quotidien de la famille. Son fils part alors vivre chez sa grand-mère tandis que sa fille est placée en famille d'accueil. Ce départ est un choc pour Klervi Fatima et marque le début d’un passage dépressif.

 

“Maurepas m’a redonné de la force et de la joie de vivre.”
“Maurepas m’a redonné de la force et de la joie de vivre.”
“Maurepas m’a redonné de la force et de la joie de vivre”

“En 2017, j’ai commencé à remonter la pente”, confie Klervi. En réalité, il lui faut du temps avant de reprendre goût à la vie. En 2019, Fatima sort de plus en plus de chez elle, la vie du quartier la fait renaître. “Je suis quelqu’un de sociable à la base, mais je me suis perdue pendant un temps.” Au départ, elle assistait au café convivial organisé par le Centre Social. Rapidement, elle se prête au jeu associatif et propose d’être bénévole pour y animer des ateliers de cuisine. À ce moment, Klervi effectue ses premiers pas dans la vie associative, qu’elle ne quittera plus par la suite. La jeune femme aux yeux ronds chaussés d’une paire de lunettes rose sort alors doucement la tête de l’eau :  “Maurepas m’a redonné de la force et de la joie de vivre.”

Le combat d’une féministe en colère

Dès lors, Klervi Fatima Donot est devenue ce qu’elle appelle une “bénévole à plein temps”’.   En 2021, elle s’engage chez Anime et Tisse, une association d’Éducation Populaire visant à l’émancipation de chacun par le biais de la défense de ses droits, la lutte contre les inégalités et les discriminations. Elle y prend en charge le projet “Rue Féminines” permettant à un groupe de femmes de Maurepas de s’exprimer par l’art pour défendre leur place dans l’espace public. En réalité, son engagement pour le droit des femmes et contre les violences perpétrées à leur égard est une lutte quotidienne : “J’ai été victime de tout ça moi, je ne veux pas que ça arrive à qui que ce soit.”

Depuis, enfilant son bonnet couverts de pin’s féministes, elle continue à participer régulièrement aux actions menées par le collectif féministe Noustoutes35 sans pour autant y être bénévole. Le 8 mars dernier, par exemple, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, Klervi Fatima dansait sur l’esplanade Charles de Gaulle avec d’autres membres du collectif et criait haut et fort : “Féministes en colère, on ne va pas se laisser faire.”

"C’est devenu mon rôle, de porter la parole des citoyens de Maurepas.”
"C’est devenu mon rôle, de porter la parole des citoyens de Maurepas.”
Citoyenne et mère

Mais pour la jeune femme, cela n’est encore qu’une partie de son engagement associatif. “C’est après le Covid que j’ai réellement commencé à m’investir dans la vie du quartier.” En 2022, elle devient administratrice du Centre Social, co-animatrice au conseil de quartier ainsi que membre du conseil citoyen du groupe territorial de Maurepas. Comme elle le résume : “C’est devenu mon rôle, de porter la parole des citoyens de Maurepas.” Par cette étiquette, elle fait le lien entre les habitants et les structures qui s’occupent d’eux afin de faciliter le dialogue et d’apaiser les tensions inhérentes au quartier.

Enfin, Klervi Fatima est devenue en mars 2023, co-présidente de l’association Front de mères 35. Pour la bénévole, l’enjeu est de lutter, avec d’autres parents, contre les discriminations et les violences que subissent les enfants dans les quartiers populaires. Mère de deux enfants, la jeune femme prend très à cœur cette mission : “En tant que mère, on ne peut pas ne pas se sentir concernée.” Le 6 juillet 2022, alors qu’elle était encore bénévole, Klervi avait organisé une marche blanche. Par cette action, il s’agissait de protester contre les violences du quartier de Maurepas suite aux fusillades ayant eu lieu un mois plus tôt.

Un engagement quotidien et créateur de lien

Avec ses multiples casquettes, cette quadragénaire engagée a un agenda bien rempli. Ses diverses actions se recoupent pourtant en un point cardinal : la lutte pour les droits et contre les discriminations. Habitante du quartier depuis seulement huit ans, Klervi Fatima est devenue une personne ressource pour celles et ceux qui auraient besoin de conseils, d’aide ou de soutien. Notre rencontre est régulièrement interrompue par celles et ceux qui la connaissent et la saluent : “Oh Fatima, comment tu vas?”  Le sourire toujours présent et la parole apaisante, elle a transformé son parcours de vie en un motif d’engagement quotidien au sein de son quartier.

Pour le futur de Maurepas, la jeune femme est positive. Malgré la violence apparente elle croît en la force de son quartier qu’elle définit en ces termes : “Maurepas c’est aussi le lien, la diversité des cultures et des gens.” Pour l’avenir, Klervi pense que “les associations doivent travailler ensemble sur des projets communs si elles veulent faire avancer les choses.” Un projet auquel elle compte bien participer.

Klervi Fatima Donot, c’est donc elle, une femme simple à l’engagement extra-ordinaire.
 
Camille Debaud




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